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Le Mari de la femme à barbe

Film de Marco Ferreri Comédie 1 h 40 min 31 janvier 1964

Avec Eva Belami, Ermelinda De Felice, Filippo Pompa Marcelli

Antonio Facaccia, organisateur de spectacles forains, rencontre Maria par hasard. C'est une jeune femme velue comme un singe qui vit cachée au fond de la cuisine d'un couvent. Il aperçoit tout de suite le profit qu'il pourrait tirer en exhibant cette "femme-singe" dans une baraque. Pour mieux...

La férocité de Marco Ferreri se révèle au grand public en 1964 au Festival de Cannes avec ce film quelque peu provocateur et d'une extrême cruauté morale et humaine. Respectons son choix car au travers de cette œuvre, on peut assurément comprendre cette révolte face au profit, malheureusement tiré par certains, d'un handicap lourd.

Dans cette histoire, Antonio, malgré son apparence séduisante ou tout au moins "humaine", se trouve être un vrai monstre profitant de l'anomalie de Maria, innocente et inconsciente du danger qui la guette, pour la jeter en pâture à une nuée de voyeurs, citoyens au-dessus de tout soupçon. Tel King Kong déraciné de son île, Maria fait la une d'un cabaret parisien géré par un producteur crapuleux, lui faisant subir les pires outrages avec ce minable "strip-tease". Elle n'est plus qu'une jeune femme rongée par son anomalie et par la persistance des regards qu'on lui porte. L'exploitation des êtres en état de faiblesse étant d'autant plus facile que ces gens n'ont souvent plus rien à attendre d'une vie et d'une société qui leur tournent le dos. Maria est seule au monde, loin de cet ancien couvent qui la protégeait. Dans cette société corrompue par l'appât du gain, la rentabilité de Maria va croître avec un mariage savamment calculé dans le but de la faire procréer et tirer ainsi quelques substantiels profits. La mort ne sera même pas un apaisement pour cette malheureuse, on lui volera même ce moment, ce droit de reposer en paix au gré de sa croyance.

Comme à son habitude, Marco Ferreri ne fut pas le bienvenu à Cannes en 1964. Il est vrai qu'afin d'alerter le monde sur ses convictions, le réalisateur aime brusquer et presque agresser le spectateur afin de mieux le confondre dans ses travers. Sans être aussi difficile à digérer que "La grande bouffe", il n'en demeure pas moins que ce film est assez virulent pour en toucher certains se reconnaissant peut-être dans le personnage d'Antonio. Celui-ci est interprété par un Ugo Tognazzi calculateur, retors et révoltant qui signe là l'un de ses meilleurs rôles. Et que dire d'Annie Girardot dans le personnage complètement surprenant de Maria? Tout simplement qu'elle est émouvante en femme bafouée et humiliée à un tel point que ses tortures morales nous font oublier le personnage au physique monstrueux créé par un maquillage extraordinaire.

Ce film malheureusement détesté par certains fut réalisé en deux versions, l'une se terminant mal, c'est la version que je vous décris et l'autre moins choquante dans laquelle Maria retrouve sa dignité. De cette manière, le public peut appréhender ce film selon son goût et sa sensibilité. L'engouement ne fut pas flagrant à sa sortie, c'est bien dommage et c'est pourquoi je vous en parle avec enthousiasme car cette œuvre très particulière mérite tout l'intérêt des cinéphiles qui, soyons-en sûrs, ne resteront pas indifférents à cette détresse.

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