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Wall-E

Long-métrage d'animation de Andrew Stanton Animation, aventure et science-fiction 1 h 38 min 26 juin 2008

Wall-E est le dernier être sur Terre et s'avère être un petit robot. L'humanité a déserté notre planète, laissant cette machine nettoyer la Terre.

Pendant longtemps je me suis refusé à revoir Wall-E. Il y a des premières expériences avec un film qui tiennent de l’expérience mystique, une petite bulle privilégiée et fragile entre le métrage et nous. Les émotions ressenties devant et conservées précieusement depuis sont si fortes qu’on a peur de les perdre avec un deuxième visionnage. Je n’ai encore jamais revu le Godzilla de Roland Emerich et Cloverfield de Reeves depuis leurs sorties au cinéma car j’avais été littéralement fondu dans les films, sidéré par ces monstres de plusieurs dizaines de mètres autour de moi, malgré les faiblesses de leurs scénarios.

Pour Wall-E, ce fut bien sûr différent. Car son visionnage s’était fait dans un cadre domestique, seul, mais il m’avait bouleversé. En pleine rupture assez difficile, j’étais devant l’histoire d’amour la plus belle, la plus simple, la plus pure qu’il soit. C’est en tout cas comme ça que je l’ai ressenti. Ces deux robots avaient une histoire plus belle que moi. C’était beau, c’était émouvant, j’en étais renversé.

Du temps a passé, j’ai connu d’autres histoires et ma cinéphilie s’est progressivement affinée, plus question de m’avoir par les sentiments du coeur (même si ça peut encore m’arriver sans crier gare, comme récemment pour Lili à la découverte du monde sauvage). J’étais donc dans de meilleures conditions pour (re)découvrir Wall-E.

Cependant, une nouvelle fois, je persiste à penser que l’une des plus belles histoires d’amour du cinéma se joue dans Wall-E. Je peux maintenant le dire avec un peu moins de tremolo dans la voix, il y a dans cette relation entre le robot cabossé Wall-E et la sonde rutilante et efficace Eve une alchimie qui se crée progressivement, par des petites touches assez justes.

Il est assez incroyable d’avoir réussi à donner aussi bien la vie à deux créatures robotisées dont on perçoit bien un peu plus que de simples directives dans leurs programmes mais bien des sentiments parfois un peu contradictoires. L’empathie que veut faire passer le film passe d’ailleurs par une économie de moyens de communication verbaux, les deux robots ne pouvant à peine que prononcer leurs noms respectifs. Mais si Eve qui prononce un « Wall-E » agacé peut faire sourire, la même personne criant un « Wall-E » désespéré touche directement au coeur. Les bruitages de ces petites créatures sont parfaitement étudiées, exprimant avec quelques mots mais le plus souvent de simples bruits des émotions fortes.

Cela passe aussi par un sens du mouvement assez incroyable. Wall-E est pataud, Eve est vivace, mais avec leurs quelques possibilités techniques ils arrivent pourtant à exprimer bien plus. Rien qu’avec leur regard, l’un avec des morceaux technologique interchangeables, l’autre avec un affichage LED. Leurs différences de technologie les distinguent, mais en même temps ils arrivent à se rapprocher, Wall-E ne poursuivant qu’un objectif, celui de pouvoir serrer la main d’Eve. Malgré quelques traits anthropomorphiques, ils ont pourtant des allures robotiques, et pourtant dans l’expression de leurs gestes le spectateur arrive à les comprendre. Le film lui laisse deviner beaucoup d’éléments, rien qu’avec quelques bruits, quelques expressions, et une certaine mise en scène inventive et jamais trop compliquée à suivre.

Wall-E le film ne prend donc pas son public pour un imbécile, il peut appuyer certaines scènes, mais il n’usera jamais de voix off ou d’autres artifices trop faciles. Cependant, une fois que le film quitte la planète Terre pour le gigantesque vaisseau spatial, il utilise de nouveaux personnages, qui permettront d’attribuer un contexte à ce monde futuriste. C’est l’occasion de mieux comprendre toute la dureté de celui-ci, une donnée qui m’avait échappé à l’époque. Le film se montre même parfois assez féroce.

La découverte de cette Terre ravagée par les déchets dans les premières minutes fait froid dans le dos. Les immondices s’accumulent dans des pyramides que Wall-E, notre petit robot, semble être le seul à encore faire. Il semble bien seul, comme le prouve les carcasses d’autres modèles sont bien présentes, lui assurant en contrepartie un certain nombre de pièces détachés. Est-ce à cause de cette longévité exceptionnelle qu’il semble avoir développé une sorte de conscience ? En tout cas les exemplaires les plus remarquables des déchets sont conservés dans son abri, du moins ceux qui lui semblent les plus intéressants. Les pièces choisies de Wall-E ont perdu de leur contexte, de leur sens, mais il faut malgré tout en garder une certaine fierté, le progrès technique a été là pour créer, tandis que la culture a permis d’éveiller notre petit robot, grâce à cette cassette de Hello Dolly qu’il aime tant. Mais ce ne sont que des petits restes de notre monde. Notre civilisation est ainsi capable du meilleur comme du pire, mais c’est surtout le pire qui prédomine, dans cette escalade à la pollution qui a ravagé la Terre.

Seul le retour de la nature pourrait faire revenir l’homme, et c’est ce que va découvrir Wall-E puis Eve avec cette petite pousse bien fragile, mais d’un si beau vert dans ce monde ravagé. La Terre dévastée est ainsi rapidement délaissée, et c’est peut-être mieux ainsi : il n’y a plus rien d’autre à redire que l’échec passé de l’homme, la poursuite de l’histoire se fera en sa compagnie, dans ce vaisseau géant.

La première rencontre décontenancera le spectateur, l’homme du futur est gros, toujours allongé, toujours assisté par toute la technologie à son service (ou du moins le croit-il). Il est devenu le partisan du moindre effort, le nez rivé sur son écran, trompant l’ennui dans des activités virtuelles et dans des discussions sans intérêt. Bien malgré lui, Wall-E le forcera à se regarder en face, à comprendre ses erreurs, à accepter de faire les efforts nécessaires. Les premières ébauches étaient d’ailleurs plus féroces, l’humanité ne devait plus être composée que de blogs vaguement humanoïdes, sans masse osseuse. La décision d’en faire de gros bébés adoucit la réception. Mais l’avertissement est bien présent, gare à nous.

Un autre avertissement, c’est celui de la prédominance de la société BNL, ou plutôt Buy-N-large, dont le nom représente bien la folie de la consommation américaine, mais pas que. Cette vaste compagnie se retrouve à la fois dans les enseignes de la Terre dévastée et dans celles de ce vaisseau, démontrant évidemment ses responsabilités dans ce cataclysme. 700 ans après le début de l’exode humain, la compagnie arrive toujours à « endormir » les humains dont elle a la charge. Le confort proposé étant bien pratique, mais les activités proposées le sont parfois au détriment d’autres. Il suffit d’une panne d’écran, toujours omniprésent devant ces humains du futur, causée par Wall-E pour qu’un couple découvre le monde qu’ils ne voyaient pas avant.

Une autre astuce dans la mise en scène démontre l’avertissement, à savoir que les plus vieilles vidéos de la BNL sont jouées par des humains, des vrais en prises de vues réelles, une première chez Pixar et qui a évidemment son sens. Les humains du futur sont de la fiction, ils peuvent être animés numériquement. Mais ces humains réels peuvent être nous, ou ces dirigeants de grands groupes avec leurs grands discours, et tout ces gens autour de nous qui cherchent à nous manipuler en nous convaincant qu’ils n’existent que pour nous.

D’ailleurs, certes Wall-E est un film positif, dont les évènements entraineront une prise de conscience, tandis que la relation entre le petit robot et Eve trouveront une douce et tendre conclusion. La fin se conclue dans un beau et encourageant message d’espoir, à la fois beau mais tout de même un peu trop forcé, un peu trop facile. Mais une fois le générique défilé, un dernier segment se joue, celui du jingle de BnL. Dans ce nouveau monde, il reste encore cette compagnie, avec toutes les dérives qu’elle peut créer à nouveau.

D’un point de vue de cinéphile, le film est une réussite, démontrant le savoir-faire d’un Pixar innovant, aussi bien à l’aise sur la technique que sur les moyens de l’utiliser. Le réalisateur et scénariste Andrew Stanton signe ici son premier film, mais il avait participé à l’écriture de nombreux autres films du studio, on sent ici sa maturité, prêt à proposer autre chose. D’un point de vue émotionnel, cette maitrise sert à merveille toute l’empathie que veut créer ce film, une direction qu’il arrive à suivre avec une folle audace. Cette histoire d’amour entre Wall-E et Eve est simple et belle, assurément touchante. Mais le film est aussi un des plus engagés de Pixar, ses thèmes de réflexion sont nombreux et brillants, suffisamment présents pour ne pas être survolés, mais qui pour autant n’étouffent en rien le rythme du film. Wall-E est un des meilleurs films du studio, et puis merde, franchement, un chef d’oeuvre, qui atteint tous ses buts avec une justesse assez incroyable.

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