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Blue Velvet

Film de David Lynch Drame, thriller et film noir 2 h 19 septembre 1986

Avec Kyle MacLachlan, Laura Dern, Isabella Rossellini

A Lumberton, petite ville vivant de l'exploitation forestière, tout est calme. Alors qu'il tond sa pelouse, un homme est frappé d'une crise cardiaque. Jeffrey, son fils, va lui rendre visite à l'hôpital. En chemin, il découvre une oreille humaine dans un terrain vague. Il apporte immédiatement sa...

Blue velvet signifie "Velours bleu".

Ici, c'est une matière autant qu'une idée de cinéma. On pourrait représenter le film comme quelque chose de doux (le velours), et intriguant (comme ce rideau bleu qui masquerait des secrets, présent dans le générique). C'est un peu l'objectif ultime du cinéma en tant qu'art, c'est-à-dire dépasser le statut d'objet ou de produit culturel, sortir de l'écran pour envelopper le spectateur, délimiter autour de lui le cadre de son confort et/ou de son inconfort.

Initialement, l'intrigue du film se manifeste grâce à une très bonne astuce scénaristique. Un jeune homme revient dans son quartier et découvre sur le sol une oreille humaine. A qui appartient-elle ? Quelle est son histoire ? Que fait-elle ici dans le cadre formaté et bucolique d'une ville américaine type ? Belle utilisation d'un "objet" pour concentrer rapidement en une image toutes les pistes et le potentiel de l'histoire.

Cette ambiance feutrée, maitrisée par la musique jazzy de Badalamendi, domine le film jusqu'à la fin, et donne l'impression que les maisons et les pièces du quartier résidentiel sont comme des sortes de compartiments secrets donnant accès à une autre dimension que celle qui nous est montrée, avec sa violence confidentielle, ses intrigues crapuleuses à dénouer, ses drames qui se profilent et ses fantasmes privés.

Le film agit comme s'il dévoilait la face cachée d'une jolie vignette de collection des années 50.

La sensualité lente et agonisante d'Isabella Rosselini succède aux crises d'ego d'un Dennis Hopper libre et survolté. Certaines scènes et plans jouissent d'un charme rétro particulièrement efficace, comme pendant l'apparition à la fois soudaine et progressive de Sandy dans le noir, avec ce "jingle" qui mélange nappe de synthé et bruit de vent (Lynch dira de cette scène qu'il a essayé de donner l'impression que le vent s'invite dans la nuit) ou, peu après, lorsque Jeffrey et Sandy en ballade nocturne dans le quartier commencent, sans trop s'en rendre compte, à initier une enquête.

Au final, "Blue velvet" a le goût d'un film de détective (sans être une ode au voyeurisme) porté par le dynamisme et la jeunesse de Kyle Maclachlan, qui jouera plus tard un rôle dans la série "Desperate Housewives" (série qui fait étrangement penser à "Blue Velvet" sur bien des aspects.)

On est sans doute face à un des meilleurs films du réalisateur, qui était parvenu à se retrouver après avoir été dépassé par "Dune", un gros film de studio. Le maître a réussi son procédé d'immersion : nous faire ressentir la matière "velours".

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