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Bigger, Stronger, Faster

Documentaire de Chris Bell Sport 1 h 45 min 2008

Avec Chris Bell, Hank Aaron, Lyle Alzado

Bell retrace l'histoire des stéroïdes, de leur découverte dans les années 30 aux scandales récents dans les milieux sportifs. Il apporte un point de vue intéressant et tout personnel, en brisant une des règles de base du journalisme qui est de ne pas interviewer sa propre famille, conflit...

Bigger, stronger, faster est un documentaire sur l'utilisation des stéroïdes aux Etats Unis. Rien de bien intéressant a priori ; sauf que le documentaire, par ce biais, opère la déconstruction de deux grands métadiscours américains : l'american dream et la propagande anti-drogue.

Pour ce qui est de la propagande anti-drogue, le réalisateur Chris Bell s'interroge sur le statut des stéroïdes : quels sont leurs véritables effets ? Leur consommation est elle un problème de santé publique ? En croisant les interviews de chercheurs, de politiciens et de sportifs, Bell nous montre à quel point cette interdiction est plus le fait d'une conjoncture politique et médiatique que de démonstrations scientifiques solides, dont l'aura sert pourtant à tout justifier. A ce titre, le réalisateur, à son niveau de vulgarisateur et d'entertaineur, fait un travail sur l'histoire des stéroïdes aux US comparable à celui du sociologue Becker sur la marijuana dans son ouvrage Outsider. Les préjugés largement diffusés dans la population via les médias sont complètement déconstruits, et Bell nous permet de réfléchir sur les critères moraux qui conditionnent certains scandales sportifs, tout en laissant dans l'ombre certaines pratiques pourtant autant voire plus dangereuses. Bell permet aussi de développer une réflexion sur l'opposition entre nature et culture sur le thème de la performance sportive : nous valorisons les réussites sportives « naturelles » : mais à partir de quel produit, de quelle aide, de quelle technique, une pratique sportive n'est plus naturelle ?

Mais la principale qualité du film n'est pas là : avec beaucoup d'humour, Bell opère une autre déconstruction, celle de la mythologie nationale dans laquelle il a grandi, et dont il cerne les contradictions. Bell nous raconte son enfance dans les années reaganiennes, où les grands héros américains étaient Rambo et Hulk Logan : « I never saw "Gone With the Wind" or "Casablanca, but I can tell you every line of every Arnold movie". Il observe l'effet de ce conditionnement culturel sur sa famille ; sur lui-même et sur ses deux frères, tous étant obsédés dès l'enfance par le bodybuilding, la force et la réussite. Il relève une véritable névrose américaine, liée à la contradiction que les américains subissent du fait de leurs deux injonctions suprêmes : « être le meilleur » et « faire le bien ». Ses frères sont obsédés par l'idée d'être un « average joe », un homme moyen, normal, sans renommée :

« What's the problem with just being a normal guy? There's nothing wrong with it. Well, actually, there is something wrong with it. the thing that's wrong with it is that I was born to attain greatness and I'm the only one that's holding myself back. And I need to attain greatness. I need to do it".

Le film déconstruit toute cette rhétorique de la réussite menant certains américains à la dépression. Il livre au passage une analyse très rafraichissante sur les mécanismes de simplification et de détournement des médias américains, qu'on connait déjà pourtant très bien. Le seul défaut du documentaire est justement son côté par moment un peu trop américain. Chris Bell se met en scène au sein de sa famille et l'on ne sait jamais trop à quel point certaines scènes sont scénarisées. Cela peut être bidonné complétement, ou alors entièrement véridique : malgré les effluves de sentiments familiaux déversés, cela reste possible, les américains n'ayant, je l'ai constaté à plusieurs reprises, vraiment pas les mêmes règles élémentaires de pudeur que nous autres français. On n'évite pas quelques moments pathos saupoudrés de fond musical au piano, ni quelques effets de manche un peu ampoulés à la Michael Moore, dans la cascades d'images qui défilent à l'écran... Mais dans l'ensemble, le ton est très juste, et Chris Bell porte vraiment un regard intéressant et rafraichissant sur la mythologie de son pays.

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