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Sous la bannière du samouraï

Film de Hiroshi Inagaki Action, guerre et historique 2 h 45 min 1 mars 1969

Recueilli par le seigneur Takeda, l'ancien ronin Yamamoto Kansuke ne tarde pas à gravir les échelons grâce à ses talents de stratège. Mais ses rêves et ambitions ne semblent pas avoir de limites...

Pour ce film, cette critique fait en quelques sortes office de plaidoyer. En effet, les rares analyses de “Fûrin Kazan” font en majorité état d’un film moyen, certaines le qualifiant même de “médiocre superproduction”. Des propos honteusement exagérés, principales sources de la mauvaise réputation du film et entachant encore un plus celle de son réalisateur, le trop souvent sous-estimé Hiroshi Inagaki.

“Fûrin Kazan” c’est avant tout une vaste leçon d’histoire nous replongeant dans cette époque troublée dite “des provinces en guerre”. Le film nous conte l’histoire romancée d’un personnage emblématique de l’histoire du Japon: le général Yamamoto Kansuke, homme boiteux et dieu de la guerre poursuivant un rêve, faire du petit clan Takeda celui qui unifiera le pays en s’étendant de la mer du Nord à celle du Sud. Celui que l’on nomme en France “Sous la bannière du samouraï" est considéré - à juste titre - comme l’un des meilleurs films historiques de samouraïs. En effet, le film nous laisse entrevoir la montée en puissance du clan Takeda à travers différents événements historiques comme l'assassinat du seigneur de Suwa ainsi que l'annexion de son fief par Takeda Shingen, ou encore les différentes batailles comme Kawanakajima en 1561. Chose inintéressante, le film nous laisse percevoir les les tensions politiques entre les différents clans et des cartes sont utilisées pour permettre au spectateur de suivre les manœuvres militaires. Enfin, Hiroshi Inagaki nous offre une reconstitution tout à fait remarquable avec de superbes costumes (kimonos, armures, bannières, armes...), infiniment variés et fidèles aux modèles d'époque (ce qui est loin d’être le cas de la plupart des films historiques français de la même époque). Ainsi la dimension historique du film est d’un détail, d’une beauté et d’une fidélité incroyable, la mise en scène est rigoureuse, les extérieurs sont magnifiques, le montage n'a à souffrir d'aucun reproche, pour ne rien gâcher Shinobu Hashimoto nous offre un scénario à la hauteur des attentes, et Masaru Sato une bande originale épique et empreint de douceur.

"Fûrin Kazan" représente également une oeuvre majeure dans la filmographie du grand Toshiro Mifune. Déjà producteur du film, Mifune nous offre - en plus de cela - une de ses interprétations les plus monumentales, celle d’un stratège boiteux, ambitieux voir rêveur, rusé et impitoyable. Ce dernier entretient une relation quasi paternelle avec la princesse Yu fille de Suwa, l’enfant Katsuyori (naît de l’union de la princesse et du seigneur Takeda Shingen) et même sur le jeune seigneur Takeda Shingen lui-même, tant l'influence qu'il exerce sur ce dernier est grande. Dans la peau de ce personnage complexe, Mifune éclabousse de son charisme, de sa classe et de son talent les 2 h 45 min du film. Mais traité cette période trouble de l’Histoire du Japon, nécessite de mettre en scène les grandes batailles du XVIe siècle, et c’est en cela que Inagaki peut choquer nos yeux d’occidentaux américanisés du XXIe siècle. En effet, ses reconstitutions militaires manquent quelque peu de crédibilité: les combats sont désorganisés, les luttes entre cavaliers paraissent maladroits, les charges de cavaleries manquent cruellement d’un accompagnement musical qui les rendraient épiques, enfin, il me semble que l’ennemi ainsi que les chevaux ne sont pas suffisamment mis en valeur. Par habitude du cinéma américain, il est évident que cette “inaptitude” à filmer correctement les batailles nous horripile, mais il est important je crois de rappeler la date de sortie du film: en 1969, “Fûrin Kazan” représente un ambitieux projet, car pour la première fois dans l’histoire du cinéma japonais, un réalisateur désire réunir plusieurs centaines de figurants dans le but de mettre en scène les guerres de l’époque Sengoku. A titre de comparaison, les deux épopées historiques de Akira Kurosawa: "Kagemusha" et "Ran" furent respectivement réalisées en 1980 et 1985 avec l'aide de capitaux occidentaux, ce qui implique inévitablement une forte influence américaine, une influence dont “Fûrin Kazan” n’a visiblement pas bénéficié (il est évident que je ne cherche pas à prouver la supériorité du cinéma de Inagaki sur celui de Kurosawa, ce dernier étant bien sûr hors concours). Cependant, si certains défauts nous sautent littéralement à la figure, il est évident que tout n’est pas à jeter aux oubliettes, comme par exemple l’utilisation du plan POV (qui nous place dans la peau du personnage principal), mais aussi des gros plans sur le visage de Yamamoto en plein combat (technique notamment utilisée dans “Le Seigneur des Anneaux”), ou encore les images de la cavalerie Takeda menée par Yamamoto et chargeant en direction de la caméra. Ces trois types de plans s’avèrent intéressants car restent fréquemment utilisés de nos jours.

“Fûrin Kazan” demeure néanmoins un excellent film historique, ambitieux pour son époque et encore trop rarement regardé à sa juste valeur. Avec "Fûrin Kazan", Hiroshi Inagaki compose l’une de ses plus belles œuvres et atteint le point culminant d'une longue et fructueuse carrière en nous offrant une épopée esthétiquement superbe relevant tout autant du roman que du documentaire historique et menée - pour ne rien gâcher - par un Toshiro Mifune monumental. Bref... un bon film qui mérite d'être sérieusement reconsidéré.

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