Download in HD

Love

Film de Ken Russell Drame 2 h 04 min 13 novembre 1969

Avec Alan Bates, Oliver Reed, Glenda Jackson

Au début du siècle, en Grande-Bretagne, deux sœurs au fort caractère vivent libres en exerçant chacune le métier quelles ont choisi. Ursula est institutrice et Gudrun est artiste. Deux bourgeois, des industriels de la région, sont séduits par ces deux femmes. Mais cet ensemble de personnalités se...

Women in love nous transporte dans l'Angleterre des années 1920 et plante le décor de manière trompeuse. La scène introductive nous présente deux bourgeoises entourées de la plèbe minière locale. Les premiers dialogues insistent sur le conflit de classe : une scène amusante nous présente Hermione, caricature de la grande bourgeoise, déclarer l'égalité entre tous les hommes tandis que son homme feuillette un journal traitant des soulèvements grévistes des mineurs, le couple étant prélassé en maillot de bain au bord d'une luxueuse piscine. Une introduction trompeuse, oui, car il ne s'agit pas ici d'un film social mais, comme le titre l'indique, d'une œuvre sur l'amour, mais aussi sur le désir et la perversité.

Ce n'est pas un triangle mais bien un quadrilatère amoureux qu'on nous présente ici. Les sœurs Brangwen, Gundrun et Ursula, développent une relation amoureuse avec deux amis : Gundrun l'artiste aux velléités dissidentes s'accouple avec Gerald, le jeune patron des mines et Ursula, amoureuse possessive commence une relation avec Rupert, l'intellectuel exalté et rebelle. L'interaction ne s'arrête pas là, puisque Gerald et Rupert entretiennent une relation indéfinissable, entre amour et amitié. Avec beaucoup de piquant, Women in love, adapté du roman éponyme de DH Lawrence, nous dresse le portrait de cette « classe oisive » et dirigeante, cette société du loisir, qui se repait dans son égocentrisme et son narcissisme. Chacun laisse libre court à ses désirs et à ses accès émotifs.

Dans sa première partie, le film est très sensualiste, toutes les séquences font preuve d'un érotisme subtil. Les plans sont très travaillés, très composés et rappellent beaucoup la peinture française réaliste et impressionniste. Certaines scènes rappellent même clairement des compositions picturales connues ; la scène où les sœurs Brangwen sont couchées dans l'herbe lors d'un pique-nique (41e minute) reprend par exemple beaucoup de la composition du scandaleux tableau « Les Demoiselles des bords de la Seine » de Courbet. Cette qualité esthétique va en se renforçant, puisque la réalisation, dès le départ vive et fluide, gagne en audace au fur et à mesure de la progression de l'histoire. Les compositions se font de plus en plus élaborées (jeux de miroirs, angles travaillés) et les mouvements de caméra plus audacieux (travellings, caméra embarquée).

Le film est intéressant par la complexité des relations humaines qu'il met en scène : chaque personnage est torturé et complexe, les interactions n'en sont que plus difficiles. J'ai trouvé néanmoins que le film s'essoufflait dans sa seconde moitié, tant les personnages mis en scène sont bons pour une psychanalyse (cette pseudo-science pour nantis nombrilistes). Ils pérorent beaucoup et sont en permanente « self-absorption » comme disent les anglais. Ces personnages préfigurent d'ailleurs bien ce qui constituera la culture contestataire de la jeunesse d'après-guerre. Ils expérimentent les idées de transgression sociale et sexuelle qui feront les beaux jours de leurs petits-enfants : pas de hasard, le film a été tourné en 1969. Les membres du quatuor sont hédonistes, anticonformistes et voyageurs et développent une culture de jouissance qui est celle des ultras privilégiés, mais qui se démocratisera quelques décennies plus tard.

streaming film complet