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Les Négriers

Film de Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi Drame 2 h 03 min 30 septembre 1971

Avec Stefano Sibaldi, Dick Gregory, Gualtiero Jacopetti

"Les Négriers" est un « documentaire de l'histoire » qui se déroule aux États Unis sous la période esclavagiste du XIXe siècle, filmée par les deux auteurs modernes à partir d'un hélicoptère, projetés dans le passé et aux prises avec des étranges personnages tous concernés par le trafic d'hommes...

Bon, c'était une idée un peu saugrenue de lancer ça pour accompagner mon petit dej'. Mais pour ma défense, je ne pensais pas me retrouver devant un film/faux docu aussi trash. Inutile de vous dire que je n'ai pas terminé toutes mes tartines.

Parce que Addio Zio Tom, c'est une grosse mandale dans la tronche, un rafraîchissement des mémoires sur ce que fut la traite des noirs d'une violence frontale qui fait mal au bide. Je ne sais honnêtement pas trop quoi penser de la mise en scène putassière des deux réalisateurs, sans doute parce que je me dis qu'aussi atroces que puissent me paraître toutes les séquences les plus horribles du film, elles sont sans doute à des années lumières de ce que fut la réalité. Du coup, j'ai passé la projection à me poser des questions, ce qui, en un sens, joue plutôt en la faveur des deux metteurs en scène. Surtout que les bougres ne reculent devant rien, et parviennent, alors que tu crois avoir vu le pire, à te remettre un violent coup derrière la nuque qui te déstabilise encore plus.

Les deux sadiques commencent leur film par le premier maillon d'une chaîne sordide, à savoir le transport de millions d'Africains vers un paradis à deux vitesses dans des négriers tout droit sortis des enfers. Puis c'est direction les champs de coton où les esclaves aspirent à différents destins qui se jouent la plupart du temps sans vêtement ni conscience de soi. Petit détour ensuite dans un camp de reproduction (comprenez qu'on y parque avec amour des mères payées 1 dollar par bébé enfanté et des reproducteurs choisis pour leur capacité à fertiliser en continu toute la journée) où la parole est donnée à un éleveur dodu très fier de son cheptel -sic-. Puis, c'est le coup de grâce : la caméra s'invite dans des chambres glauques où l'on finit de préparer des esclaves sexuels de tout âge. L'horreur est à son comble, sortez la bassine, j'étais personnellement pas loin de rendre le miel que j'avais rajouté en début de projection à mon thé au lait.

Point intéressant du film, et qui permet finalement à l'insoutenable d'être toléré, c'est le parallèle qui se joue à l'écran entre les temps de l'esclavage et la réalité des années 60-70 (Malcom X, Black Panther), même si ça reste à mon sens traité un peu trop en surface. C'est sans doute ce qui me gêne le plus dans ce film. Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi se targuent de rétablir l'histoire (même si on n'est pas dupe quant à leurs véritables intentions) mais quand ils évoquent le retour de bâton et la révolte menée par des hommes de la trempe de Malcom X ou Martin Luther King, c'est effleuré, voire délaissé au profit de scènes plus typées exploitation comme la vengeance finale qui consiste à massacrer des familles de blancs par exemple. D'ailleurs, pendant ces scènes plus typées bis, on est tenté de se dire qu'il y a peut-être un peu de second degré qui se planque dans tout ça (c'est plus sensible dans la dernière scène notamment avec le face à face avec le gamin qui joue au ballon ou bien avec le moustachu qui se fait laver par une servante en fumant un cigare démesurément grand), mais c'est assez furtif, ne vous y trompez pas ... on pleure plus qu'on ne rit devant Les négriers :'(

Bref, pas évident de savoir quoi penser de Addio Zio Tom. Je ne sais pas si c'est un film nécessaire, mais il remet tout de même en perspective une horrible phase de l'histoire de l'humanité, dont on est conscient mais que l'on connaît assez mal. Et en tant qu'objet filmique à proprement parler, c'est bien gaulé, Gualtiero Jacopetti et Franco Prosperi sont loin d'être manchots, on ressent leur maîtrise dans le montage notamment. On pourrait leur reprocher de multiplier les paires de sein à l'image et de se laisser aller volontier à montrer l'horreur sans jamais détourner leurs optiques, quitte à parfois favoriser la nausée à la réflexion à proprement parler.

Mais n'est-ce pas, finalement, la seule manière plausible de traiter cette période de l'histoire en dépeignant l'horreur par l'horreur, l'impensable par une mise en image si frontale qu'on ne peut plus l'imaginer adoucie. La question reste posée, pour ma part, même si j'ai souffert, je crois sincèrement que ce ne fut pas vain.

Par contre, je ne recommande ce film à personne. Vous tenterez le visionnage de votre plein gré ! :D

Quelques captures ici pour ceux que ça intéresse.

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