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Cold Skin

Film de Xavier Gens Aventure, Épouvante-horreur, science-fiction 1 h 45 min 10 septembre 2017

Avec Ray Stevenson, David Oakes, Aura Garrido

Sur un îlot perdu de l'Atlantique sud, deux hommes barricadés dans un phare repoussent les assauts de créatures à la peau froide. Ils sont frères par la seule force de la mitraille, tant l'extravagante culture humaniste de l'un le dispute au pragmatisme obtus de l'autre. Mais une sirène aux yeux...

Le cinéma c'est comme un Tupperware. Faut faire gaffe à l'ouverture, pour pas tout foutre par terre tout de suite, et puis faut s'appliquer sur la fermeture pour pas gâcher.

La différence étant tout de même qu'on pardonnera à un film sa fermeture ouverte. Certains même encouragent cette ouverture. À la différence de la betterave, on aime les films quand ils germent.

Ici dans Cold Skin (ai-je besoin de préciser que je vais spoiler) on part sur une ouverture alléchante, comme le petit reflux d'air à l'ouverture du couvercle, le petit fumet de l'aliment cru ou juste froid, le petit pschit plein d'espoir qui nous rassure au passage sur la qualité de ce qu'on va baffrer (des abats frais parfois, parfois à bas frais).

C'est des restes souvent, va falloir réchauffer, on ne s'attend pas à ce que ce soit aussi bon que le plat de base. Quoiqu'avec les bolognaises, étonnamment, c'est meilleur la seconde fois. Le plaisir n'a pas de règles.

L'ouverture d'un film, comme pour un Tupperware, c'est le moment de la séduction, et de la méfiance. On sait qu'il y a séduction au départ, il y a recette aux odeurs étonnantes, voir même peut-être apéritives, dans l'ouverture pour que le spectateur adhère, et peut-être même pour qu'il soit indulgent. Surtout pour qu'il soit indulgent parfois, et ça c'est agaçant. L'ouverture parfois nous suggère une qualité qui ne vient pas, mais que par suggestion justement nous croyons voir.

C'est le cas de Cold Skin. La réalisation et les images au départ sont vraiment réussies. On a l'impression d'être dans l'envers du décor de ce tableau.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/b9/Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog.jpg/1200px-Caspar_David_Friedrich_-_Wanderer_above_the_sea_of_fog.jpg

Les plans d'ailleurs sont comme des tableaux. Des beaux tableaux romantiques, au sein desquelles l'homme se confronte à la nature sauvage et abrupte. Les paysages escarpés et les vagues qui s'écroulent et qui nous roulent. On a envie de se lover dans le froid en grelottant. On est porté par des sentiments contradictoires, d'empathie et de dégoût, de peur et d'amour, de confort et de rigueur, de beauté et de cruauté. C'est un paysage hybride, aux prises duquel sont les hommes que l'expérience et la connaissance en s'accumulant tiraillent... c'est tout à fait romantique. Et les monstres rendent tout cela presque gothique.

Nous voilà donc conquis dès les vingt premières minutes. Les paysages naturels sont un poil merveilleux, c'est le brouillard du scientifique errant. Le décor est posé et nous a séduit.

Mais c'est alors que commence la trahison, puisque le développement du point de vue de la réalisation se perd dans le conformisme hollywoodien. On oublie les jolis tableaux. Place aux plans en intérieur, aux scènes du phare qui shlinguent le studio, aux effets spéciaux numériques, et aux musiques trop appuyées qui préviennent à l'avance.

(Une scène de scaphandre au beau milieu, comme une tentative échouée de résurrection)

Disons que la betterave n'est pas dégueux, mais que la vinaigrette manque d'échalotes. Ou alors une bonne mayonnaise, à la limite, ça aurait probablement fait une autre sorte d'affaire. Mais ça l'aurait fait, l'affaire.

Le propos intéresse. On se doute qu'il y aura à tirer de ce film quelque chose de sublime (et en effet) que Kant appelle le plaisir négatif. Mais globalement le plaisir immédiat n'y est pas du tout. Persuadé même d'avoir été un peu manipulé, comme si la séduction du départ avait plutôt cherché à nous endormir.

Cet endormissement on n'y pense pas en vrai, pas sur le coup, puisqu'on dort un peu. Mais la fermeture, les deux derniers plans un peu séquences (le deuxième plus que le premier), nous réveillent en sursaut. C'est le dessert : le moment où on secoue les invités plus que jamais pour leur laisser l'arrière-goût qu'il faut. Pour faire oublier le plat de résistance en betterave un peu fade. Sans échalotes, j'insiste.

L'hôte nous secoue pour que l'on se concentre un peu le temps de le remercier, et de lui dire un peu vaseux que nous avons passé un agréable moment. Et c'est ce qu'on lui dit pendant le générique, mais déjà la petite bête refait chemin inverse vers le milieu du film, et puisque nous sommes enfin aux aguets ça nous saute aux yeux. La lucidité reprend ses droits sur l'apéritif qui nous avait rendu un peu mou. Et l'on se dit, même si l'on apprécie le sorbet citron sur son lit d'alcool de coing, que le dessert deus ex machina a tout de même quelque chose de vulgaire. C'est pas honnête.

Beaucoup de réalisateurs abusent je crois de l'ouverture de séduction et de la fermeture qui marque au fer rouge. Lars von Trier par exemple (Antichrist, Melancholia...), mais faut avouer dans son cas que c'est presque des moments de répit, tellement le large centre n'a rien de plat, et mérite amplement la subordonnée prépositionnelle « de résistance ».

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