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La Dame de Shanghai

Film de Orson Welles Film noir 1 h 27 min 24 décembre 1947

Avec Rita Hayworth, Orson Welles, Everett Sloane

A Cuba, Michael, marin irlandais en quête d'un emploi, sauve d'une agression une jeune femme, Elsa. Le mari d'Elsa, avocat célèbre, offre à Michael d'embarquer sur son yacht pour une croisière vers San Francisco. Elsa et Michael tombent amoureux et Grisby, l'associé de Bannister, s’aperçoit de cet...

Encore un film qui ne serait pas grand-chose sans le génie d'Orson Welles.

Dans sa première moitié, ce film s'inscrit dans les canons du film à star de l'époque. Les deux vedettes du casting, Orson Welles et Rita Hayworth, forment le couple hollywoodien par excellence ; la bluette se développe entre le sexe faible et le sexe fort, la dame éplorée et le colosse stoïque, la demoiselle en détresse et le good bad guy, la belle et la bête... Fort heureusement, on nous sort de cette torpeur dans le dernier tiers du film où l'on découvre l'aspect trompeur de ces apparences construites sur les codes du genre.

Dans ce dernier tiers, tout s'emballe vers un crescendo, à la fois dans le scénario et dans la réalisation. La première partie du film est marquée par le visage diabolique à l'excès de Grisby, presque toujours filmé en gros plan, figure diabolique et agacante à cet égard, qui s'avère en fait être un mirage... L'histoire prend en consistance et en subtilité après sa disparition, avec des retournements de situation de plus en plus nombreux, s'enchainant graduellement, progressivement, à un rythme de plus en plus soutenu. C'est dans ces 40 dernières minutes que le film gagne en profondeur. Jusqu'alors, la réalisation était assez tranquille, bien que l'on reconnaisse assez facilement, dès les premiers instants, la patte de Welles.

La maestria du cinéaste s'emballe à partir de la scène du procès. Courte scène, mais l'une des meilleures jamais tourné à propos d'un jugement. Loin de l'habituel gigantisme des films de procès, soutenant par leur réalisation les idées de rationalité, de calme et de rigueur géométriques, Welles soutient ici l'idée du désordre, de la folie humaine dans une parodie de justice spectacle. Le cadre est resséré, donnant du relief à cette foule grouillante, aux expressions et réactions collectives, mais aussi aux débordements individuels : ricanements perdus, éternuements... On est à mille lieu de l'archétype de la justice austère, machine surhumaine où personne n'ose lever un sourcil. Ici, c'est le vivant, l'animalité des hommes qui prévaut, dans cette ambiance humide.

On retrouve dès lors tout le génie de Welles réalisateur : travail sur la profondeur de champ, compositions jouant sur l'arrière et l'avant plan, gros plans sur des visages torturés et suintants, plans aériens, jeu sur les reflets... La réalisation prend en envergure, crescendo, jusqu'au mythique final de la « salle des miroirs », certainement l'une des plus géniales de toute l'histoire du cinéma.

Ce film est ainsi à l'image de ses têtes d'affiche : Orson Welles et Rita Hayworth, la rencontre de deux univers a priori irréconciliables mais dont la collaboration s'impose. D'un côté, le génie d'un auteur, d'un créateur visionnaire, et de l'autre, une poupée de cire dont le visage symbolise le star system, Hollywood et son maniérisme.

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