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Le Seigneur des Anneaux

Long-métrage d'animation de Ralph Bakshi Animation, aventure et fantasy 2 h 12 min 15 novembre 1978

L'Anneau unique forgé par Sauron le maléfique pour dominer les hommes, les elfes et les nains est tombé dans les mains de Frodon, paisible hobbit.

Il est difficile de juger du film de Bakshi, tant le grotesque y côtoie quelques traits de génie. Cela devient évident à le comparer à l'essai globalement transformé de Jackson.

Les scène d'animation traditionnelles nous présentent des hobbits dans lesquels je peine à reconnaître les personnages du livre. Ils ont résolument des têtes de fermiers américains, et Sam y figure tellement le country bumpkin de bonne composition que je peine à ne pas me retrouver, à le voir gigoter, dans le Middle West. Sans compter qu'Aragorn me rappelle plus un vague Cow Boy légèrement prognathe qu'un Ranger of the North. Cela mis à part, l'animation est de facture correcte, quoique sans prétention.

Toute l'originalité de Bakshi est d'avoir dédié les figure du mal - Nazgûl, orcs, balrog - à des personnages filmés. Le moins que l'on puisse dire est que le résultat est inégal. Les orcs y sont plus inquiétant que ceux de Jackson, mais figurent plus des êtres hybrides des premiers récits de Lovecraft - issus de croisements répugnants entre homme et singe, par exemple - que des orcs. Mais insuffisamment nombreux, et se contentant de gesticuler devant des personnages animés que manifestement ils ne voient pas, ils restent en deça du potentiel de violence vicieuse, brutale et stupide que Tolkien leur attribue. Et dans ce registre, assurément, le balrog reste ce qu'il y a de plus... de plus... disons qu'il est à l'original ce que Foster Jenkins est à l'opéra ou Ed Woods à Matrix. On vous laisse découvrir, c'est savoureux.

Non. Pour moi le grand succès de Bakshi, et ce pourquoi je lui attribut un 6, malgré la qualité très très inégale de son travail, ce sont les Nazgûl, précisément là où Jackson a raté la marche. Pas une seule seconde les servant s de l'anneau, chez Jackson, ne m'ont ne fût-ce qu'inquiété. Ce sont des formes noires que nulle terreur n'habite. Un hobbit peut leur échapper alors même qu'ils e trouve sous les pieds de son cheval. Et une Eowyn a même le temps - grotesque - de retirer son casque pour hululer un "Because I am not a man" avant de tuer le plus puissant d'entre eux d'un simple coup d'épée dans la tronche - le dit Nazgûl ayant été immobilisé de looooongues secondes par un ptit coup de poignard dans l'mollet par un hobbit. On croit rêver. Bref.

S'agissant de Bakshi, pas de Jackson, les décisions artistiques font des Nazgûls des créatures inquiétantes, creepy. Et le passage dans le monde des spectres teinte l'univers de couleurs affreuses, de mouvements inquiétants, les chevaux y valsent comme en lisière de folie, bref, c'est très dérangeant - alors que c'est... joliment banal chez Jackson.

C'est ce point unique qui me retient chez Bakshi, cette vision d'auteur, les risques qu'il prend du fait du manque de moyens, là où Jackson réussit visuellement, mais, à mon sens, rate probablement à peu près _tout_ ce qu'il y a de subtil dans l'œuvre de Tolkien.

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