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Le Prince du Soleil

Long-métrage d'animation de Osamu Tezuka Animation, aventure et science-fiction 1 h 34 min 27 août 1978

Avec Masatô Ibu, Iemasa Kayumi, Kaneta Kimotsuki

Le jeune Vif Argent est recueilli par la famille royale d'une planète dont la population pacifiste est capable de se transformer en animal ou en végétal. Mais un jour, la planète est attaquée par des pirates qui l'emmènent de force avec la princesse Etoilia. Sauvé, le jeune Prince Vif Argent part...

Le travail de Osamu Tezuka est un océan dans lequel il est parfois difficile de s’y retrouver. Créateur compulsif passionné à la fois par le manga et l’animation, il a multiplié les productions et il n’est pas rare d’être surpris par ses œuvres les plus obscures. Deux ans avant la diffusion française de Nucléa 3000, son adaptation de Next World, c’est Le Prince du Soleil qui fut doublé par un casting des meilleurs voix françaises de l’époque, pour l’émission Récré A2. Une véritable curiosité.

Le Prince du Soleil est un téléfilm ; nous pourrions donc penser qu’il s’agit d’un produit bas-de-gamme, mais il n’en est rien. Certes, la technique d’animation ne casse pas trois pattes à un canard, même pour l’époque ; mais le studio tournant à l’économie, rares sont leurs productions qui brillent de ce côté. Ce téléfilm pèche par excès : Osamu Tezuka a voulu traiter trop de thèmes, inclure trop de rebondissements, faire passer de trop nombreux messages ; tout comme pour Next World, le résultat est loin d’être inintéressant, mais indigeste.

Le réalisateur essaye tant bien que mal de composer à la fois avec le scénario et les contraintes de format, et il en découle un film qui donne l’impression tantôt de passer du coq à l’âne, tantôt d’être extrêmement naïf, tant les événements s’enchainent avec facilité par la grâce d’un hasard qui fait trop bien les choses. Le Prince du Soleil va tellement vite qu’en enlever 5 minutes reviendrait presque obligatoirement à rater un événement indispensable de l’histoire. En 90 minutes, l’auteur nous fait découvrir les us et coutumes de peuplades extra-terrestres, décrit la Terre depuis ses origines, fait voyager ses personnages sur plusieurs planètes puis dans le temps, détruit une civilisation, le tout en dispensant des messages fatalistes sur la guerre, la pollution, le progrès galopant, etc…

Le pire, c’est que malgré sa piètre qualité d’animation et son scénario condensé, Le Prince du Soleil n’est en rien un échec. Ce téléfilm nous montre un bestiaire rare qui semble issue d’une énergie créatrice insatiable, et enchaine les trouvailles à une vitesse vertigineuse ; pour un simple téléfilm, il contient plus de bonnes idées que l’immense majorité des long-métrages d’animation japonais. Nous reconnaissons aussi le style habituel de Osamu Tezuka dans ses mimiques, son humour, ses personnages, son érotisme, et tout ce mélange donne un anime indescriptible mais captivant. Comme dans les autres films estampillés Osamu Tezuka, nous retrouvons nombre de saynètes laissant libre cours à l’imagination débridée des animateurs, de petites perles de folie.

Mine de rien, Le Prince du Soleil développe une atmosphère assez sombre même si entrecoupée d’espoir. C’est comme lire un manga de Osamu Tezuka, mais peut-être en un peu plus bordélique ; en contrepartie, nous profitons d’une animation aux allures expérimentales et d’une musique onirique. Le scénario, quoique trop dense par rapport au format de 90 minutes, propose une expérience passionnante même si la progression de son intrigue paraitra trop fortuite et naïve. Il s’agit d’une curiosité, qui ne ressemble à rien sinon peut-être aux autres long-métrages de Tezuka Productions sur lesquels a travaillé Osamu Tezuka. Les habitués de l’auteur y trouveront leur compte, du moins je l’espère, ainsi que les amateurs d’une animation un peu hors-norme, à la limite de l’expérimentale. Pour ma part, j’ai été séduit par cet anime unique en son genre.

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