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L'Armée des ombres

Film de Jean-Pierre Melville Drame et guerre 2 h 20 min 12 septembre 1969

En 1942, Gerbier, l'un des chefs de la Résistance, s'échappe du camp où il est emprisonné et tente de rejoindre son réseau à Marseille.

L'Armée des ombres, c'est donc la résistance. Et pendant les quelques 2h30 de ce film, nous suivrons quelques mois d'un réseau de résistance, avec ses personnages clés, Luc Jardié (Paul Meurisse), Gerbier (Lino), Mathilde (Simone Signoret). 2h30 qui vont nous montrer le travail quotidien de la résistance, les risques pris par ces hommes qui ne sont pas des militaires, qui ne savent rien de l'art du combat, qui rien ne préparaient à entrer dans ce conflit à la fois larvé et sans merci. L'amateurisme des résistants, loin de les rendre ridicules, grandit encore l'héroïsme de personnages qui sacrifient tout. Ancien résistant, Melville ne semble pas poser la question du pourquoi. Pour ses personnages non plus, cette interrogation ne s'impose pas. Et pourtant, on pourrait se demander au nom de quel idéal des hommes qui, pour certains, sont bien installés, décident de se sacrifier. Peut-être est-ce un effet dû à la différence entre les époques, mais il me semble que l'engagement de ces hommes serait peut-être moins évident actuellement. En tout cas, j'ai vécu ce film en me posant la question : qu'aurais-je fait ? Car l'engagement est total. Il est exclusif. Il nécessite que l'on donne tout à la cause, son temps, son talent, sa vie, sa liberté, et même sa morale. Quand il s'agit de tuer un traître de sang froid, il n'est pas question de tergiverser ou de dire que la conscience l'interdit.

Le film est marqué aussi par une absence de haine envers l'ennemi. Le petit Paul est un traître, certes, mais il fait surtout pitié. Ce n'est qu'un homme ordinaire, un gamin perdu dans une situation rare. Impossible de ne pas ressentir de la douleur lors de son exécution. Ce n'est pas par haine qu'on va le tuer, mais par nécessité. Et c'est une des scènes les plus éprouvantes du cinéma : loin de ces films où on abat des gens par paquets de dix, ici, on est dans la vraie vie, où chaque mort est une tragédie. Une tragédie, justement. C'est bien là que nous sommes. Une tragédie. Une tragédie encore renforcée par l'esthétique. La sobriété habituelle de Melville confine ici à l'épure et ne masque pas un travail esthétique précis et rigoureux. Il faut voir les jeux de cadrages, d'ombres et de lumières, etc. Dès la première scène, dans la fourgonnette de police, Gerbier dans l'ombre face au policier en pleine lumière. Tout ce travail minutieux sur l'image et le rythme donne au film son ampleur tragique. La mécanique est impeccable. Melville, dans ses dernières années, est un champion de la tragédie. Et, comme il se doit, les thèmes abordés sont ceux de la tragédie : noblesse, morale, vertu. Le cinéaste montre bien aussi qu'il n'y a pas que ses personnages qui sont des héros. Le barbier Reggiani fait aussi, par de menus actes du quotidien, sa part de résistance. Et, de personnage douteux (car c'est là le grand principe des états totalitaires, de rendre tout le monde douteux), il en devient sympathique.

On sait déjà que Melville échappe à tous les clichés des genres. ça se vérifie ici plus que jamais. Il suffit de voir le traitement de la bande-son pour comprendre le souci du détail, la volonté de refuser un sensationnalisme qui serait forcément déplacé. Mais rares sont les cinéastes capables de rendre un silence aussi percutant, aussi violent. La direction d'acteurs est au-delà de tous les superlatifs.

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