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Seoul Station

Long-métrage d'animation de Yeon Sang-ho Épouvante-Horreur 1 h 32 min 17 août 2016

Avec Ryoo Seung-ryong, Shim Eun-kyung et Lee Joon

Une mystérieuse épidémie ronge Séoul alors qu'un père recherche désespérément sa fille disparue.

Que reste-t-il de nos Amours zombiesques depuis la création putride de Romero étalée sur trois décennies ? La série "The Walking dead" ? "World war Z" ? "L'Armée des morts"? "28 jours plus tard" ? Des propositions toutes séduisantes et aguicheuses dans leurs démonstrations de force. Entendons-là des SFX de qualité et les sempiternels regroupements de survivants dans un monde post-apo. Mais l'excitation du discours et la rage émanant du putréfié, à quoi riment-ils si rien ne s'articule réellement autour ? Le film de mort vivant est par définition un sacré piège à cons pour cinéphiles déviants. A n'en pas douter, peut-on créer une dystopie spectaculaire gosier à ras-bord de photogrammes sanglants, de créatures toujours plus décharnées, de CGI invisibles... Toutefois le manque demeure parce que le zombie sous sa forme déchirée est un symbol politique au même titre que le vampire respire la provocation sexuelle ou la créature de Mary Shelley le modernisme. Retirez une mamelle de la mythologie gothique et la bête perd toute sa signification... Hollywood a perdu le sens même de la contestation au profit de la performance et Romero reprenant les rênes de sa franchise, il y a plus de 10 ans, n'a pu remettre les pendules à l'heure malgré des expérimentations toutes personnelles.

La réponse vient de Corée. Elle est explicite, dense et s'apparente à un blockbuster moderne. En apparence seulement. Parce que l'exercice du "Dernier train pour Busan" repose sur de faux clichés dont on se gausserait presque si seulement les personnages ne fonctionnaient pas en miroir constant. Le père boursicoteur et sa fille en opposition totale avec le couple de Coréen moyen dont la femme enceinte renvoie le bonheur oublié. Le père toujours et son reflet capitaliste intraitable et ordurier incarné par un PDG foireux en costard trois pièces. Busan est une réussite dans son mouvement, sa dynamique déjouant sans cesse les arguments clichéesques dont le film semble s'amuser à chaque détour.

Le dernier long de Yeon Sang-Ho n'est pourtant que l'excroissance de son métrage d'animation : "Seoul Station". Ce que ce dernier perd en espace scénique et en amplitude visuelle, il le gagne en rage et en destruction permanente de l'humain dans sa classe sociale. Sang-Ho vise juste. En première ligne le réalisateur aligne une ex-prostituée brimée sans un kopeck à nouveau destinée au trottoir via un compagnon peu scrupuleux et un père à la recherche "de son bien". En seconde ligne, des sans-abris en pleine mutation, moteur de la panique et subissant le regard et les propos condescendants de la middle class. Une révolution se prépare. Une colère du premier barreau de l'échelle incarnée par les rebuts de la société. Sang-Ho l'a compris. Ce qui est important, ce n'est pas "l'infecté" mais son incarnation métaphorique toute puissante. Sa révolution par le sang et la maladie. Cette envie toute particulière d'inoculée la pauvreté par la morsure pour finir en tas de chair puante informe. Seoul et la Corée, édifice sans grâce dominé par la réussite sociale affichant du "product placement" à chaque coin de rue obligé de plier parce qu'une vague d'ex-humains la submerge.

Si le mal prend place dans une station c'est aussi parce les lieux publics sont les seuls endroits pouvant accepter les différentes classes. Un virus naissant d'une plaie béante d'un sans-abris bientôt aidé par un clochard céleste naviguant entre empathie et auto-protection. Ce clochard cristallise toutes les peurs de la société moderne. Plus que la perte du logis, c'est la perte de la communication avec autrui et le dédain qu'on lui accorde qui creuse ce sillon de l'oubli. Seul lien matériel, une poignée de centimes qui pourrait éventuellement contribuer à l'achat de médicament pour son seul "ami" agonisant. Tout le coeur de "Seoul Station" est là. Le cri d'une gauche radicale émanant des tripes d'un cinéaste marchant dans les pas d'un certain Carpenter libéré des studios dessinant une toile de fond capitaliste rapidement cramé pour "Invasion Los Angeles". Quand la série B fauchée revêt ses plus beaux atours thématiques et que son envie de baiser le système inscrit l'oeuvre dans le chaos je dis : Cinéma je t'aime.

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