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Au fil du temps

Film de Wim Wenders Road movie et comédie dramatique 2 h 48 min 4 mars 1976

Solitaire et indépendant, Bruno est réparateur ambulant de matériel cinématographique. Dans son périple à travers l'Allemagne, il rencontre Robert, voyageant seul, une valise vide à la main. Les deux hommes vont faire route ensemble.

Quelques notes de guitare retentissent dans l'atmosphère, le vrombissement des moteurs se fait entendre, King of the Road et Kamikaze s'élancent vaillamment sur la route, au soleil couchant. Le bitume est à eux, l'avenir leur appartient... Du moins le croit-on ! Mais peut-on vraiment aller loin lorsqu'on ne sait pas d'où on vient ? Peut-on construire l'avenir lorsque le passé se dérobe sous nos pieds ? Et puis, peut-on aller au bout du chemin sans avoir pris conscience, au préalable, que nous étions paumés ? Croire en une telle chose serait illusoire. Et les illusions ne durent qu'un temps ! Ensuite, la sortie de route est inévitable et on finit forcément la tête sous l'eau.

Une nouvelle fois, Wim Wenders se réapproprie le road movie, malmène ses codes, bouscule ses fondamentaux, élabore une refonte en profondeur du genre pour accoucher d'une version typiquement germanique, bien éloignée du modèle ricain ! Im Lauf der Zeit poursuit la démarche initiée par Alice in den Städten et aborde finement la question de l'identité : celle de cette Allemagne de l'Ouest, tiraillée entre ce qu'elle fut et le séduisant modèle Américain. Et puis, également celle de cette génération post 45 "qui n'a pas eu de pères, seulement des grands-pères". Le road movie selon Wenders conjugue ainsi l'intime avec l'universel pour devenir quête existentielle, sur fond de perte des repères et de monde désenchanté. Im Lauf der Zeit nous propose de suivre le parcours de deux paumés, sans attaches, sans passé et sans projet, qui se contentaient, jusqu'alors, de vivre au présent une errance sans fin. De leur rencontre va naître une relecture toute particulière du "western", puisqu'ils vont partir à la conquête de l'Est, à la redécouverte d'eux-mêmes et de leur pays, en longeant l'Elbe, frontière naturelle entre RFA et RDA.

Cette traversée de l'Allemagne prend donc les allures d'un voyage initiatique pour nos deux accidentés de la vie, Bruno, le projectionniste dont la vie ressemble à une bobine vide, et Robert, l'écrivain/orthophoniste qui ne sait plus trouver les mots pour communiquer. Pour pouvoir réapprendre (à vivre), il faut commencer par se souvenir des choses apprises dans le passé, retrouver le chemin des gestes, des mots ou des sentiments que l'on pensait perdu à jamais. Regarder vers son passé, c'est aussi comprendre ses erreurs et son parcours, pour pouvoir accepter ce que l'on est devenu. La finalité du voyage sera donc, pour nos deux bonshommes, de reconnaître leur mal-être, condition sine qua non à toutes guérisons ! Wenders nous conte ainsi leur périple sous la forme d'une lente introspection, en adoptant un rythme suffisamment indolent pour remonter en douceur le fil du temps et de la mémoire. Bruno et Robert traversent donc des paysages aussi vides que leur propre vie jusqu'à ce qu'ils retrouvent le chemin de leur passé, de leur enfance. L'un va retrouver le sens des mots tandis que l'autre va retrouver celui des sentiments. Un même constat s'impose à eux avec violence, il faut changer pour vivre à nouveau. Ce constat qui se fait sur le plan individuel, Wenders le prolonge sur le plan national avec la vision d'un pays qui copie le modèle américain jusqu'à perdre sa propre culture. Musique, films, produits de consommation, le mythe américain est omniprésent, occultant l'identité allemande. Pourtant, nous dit Wenders, cette situation n'est pas une fatalité. Bien utilisé, le cinéma peut assurer la transmission du message culturel entre les générations. Un devoir de mémoire que le cinéma peut honorer, afin que l'histoire culturelle du pays ne se termine pas prématurément avec le mot "fin".

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