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Kabukichô Love Hotel

Film de Ryuichi Hiroki Drame 2 h 15 min 24 janvier 2015

Avec Atsuko Maeda, Yutaka Matsushige, Kaho Minami

Toru rêve de travailler dans un hôtel 5 étoiles mais travaille comme manager pour un love hotel à Kabukicho dans Tokyo. Pendant ce temps, sa copine, Saya, lutte pour devenir une musicienne reconnue. Toru et Saya finissent par se lasser de vivre ensemble.

Kabukicho Love Hotel (2015) - さよなら歌舞伎町 / 135 min. Titre littéral : Adieu Kabukicho Réalisateur : Ryuichi Hiroki - 廣木隆一 Acteurs principaux : Atsuko Maeda - 前田敦子 ; Shota Someya - 染谷将太 ; Kaho Minami - 南果歩 ; Lee Eun-Woo - 이은우 ; Mots-clefs : Japon ; Drame ; Prostitution.

Le pitch : Toru est gérant dans un love hotel de Kabukicho, d'un quartier des plaisirs à Tokyo. Il ment à son entourage, prétendant travailler dans un palace. Le temps d’une journée, l’hôtel devient le théâtre des rêves et des désirs de cinq couples qui s’y croisent, à la recherche d’une vie meilleure. Un portrait doux-amer du Japon moderne.

Premières impressions : Manque d'envie ou de motivation, Kabukicho Love Hotel est le seul film que j'ai vu au festival Kinotayo* de 2015. Comme à mon habitude en festival, j'ai vu ce film sans rien n'en savoir ou presque. Selon le producteur qui était présent lors de ma séance, le film représente peu ou prou ce qui se passe aujourd'hui au sein du "Kabukicho", le quartier rouge de la capitale nippone.

Le film nous emmène donc à la rencontre de coréens et de japonais, qui (sur)vivent dans ce milieu de perversité glauque. Nous rencontrons ainsi tours à tour des membres du staff d'un love hotel, des jeunes femmes qui se prostituent ou qui deviennent actrice porno, une jeune chanteuse qui doit passer par la case promotion canapé, ou encore des amants infidèles qui se rejoignent en toute discrétion. Le film aurait pu être dérangeant mais grandiose. Il aurait pu être un magnifique film sociologique. Il aurait pu...

Pourtant, je suis entré immédiatement dans le film. La jeune Atsuko Maeda crève l'écran. L'actrice de 24 ans a longtemps été chanteuse dans un girls-band japonais (AKB48) et le rôle de future starlette lui va comme un gant. D'ailleurs, les héroïnes du film sont plutôt bien campées et ont réveillé en moi le syndrome "Princesse Sarah", cette envie pressante voire oppressante d'entrer dans la pellicule et de sauver les demoiselles en difficultés.

Hélas, je suis peu à peu sorti du film, faute à un scénario bien trop invraisemblable pour qu'on puisse y croire. Ce scénario rocambolesque est prétexte à de nombreuses scènes comiques afin de dédramatiser les situations. Cependant, cet humour trop présent et mal dosé a amené la salle à rire aux éclats lors de scènes tragiques. Ce décalage de ton a eut sur moi l'effet d'une bombe, et cela m'a remué intérieurement encore plus. Clairement, le réalisateur a voulu tabler sur un film doux-amer, mais hélas le film est soit trop amer, soit pas assez doux.

A force de sortir du film, je me suis mis à beaucoup réfléchir sur ce qu'il se déroulait sous mes yeux. J'ai en permanence fait le parallèle entre ce qu'il se passait pour les personnages et ce qui a dû se passer pour les actrices, particulièrement pour Lee Eun-Woo (2013 - Moebius de Kim Ki-Duk). Cette actrice coréenne avait été choisie à l'origine pour être l'héroïne principale car "elle se déshabille facilement devant la caméra" selon le producteur. Cependant, les financeurs japonais ont refusé que Lee Eun-Woo soit la tête de gondole et celle-ci a été déplacée sur un rôle de prostituée, histoire de profiter de son "habileté". Atsuko Maeda qui prit le rôle principal, aura été bien mieux protégée par ses agents qui refusèrent catégoriquement toute scène de nu.

Peut-être est-ce mon ressenti, mais j'ai eu l'impression que le film transpirait un petit racisme ordinaire envers les coréens. Une scène met d'ailleurs une prostitué coréenne (jouée par Lee Eun-Woo) face à une manifestation d'extrémistes japonais qui demandent aux coréens de quitter le pays à grand renfort de slogans nauséabonds. Cette scène a l'air purement gratuite. L'héroïne se contente de cacher son visage sans que cela n'amène de réel message, sans montrer l'affect que cela occasionne. Et c'est ce qui m'a le plus dérangé dans ce film, l'absence de message, de morale. Le film se contente de montrer une certaine réalité, en atténuant la souffrance par de l'humour, et sans dénoncer ce Japon xénophobe et pervers qui vit sa débauche sur le dos de pauvres jeunes filles.

Ainsi, si je ne veux pas vraiment condamner le film, je pense que le sujet aurait mérité un bien meilleur traitement. J'ai eu le sentiment que le réalisateur âgé de 57 ans avait bien du mal à se montrer empathique face à ces jeunes broyés par le système et que lui, comme le producteur, devaient se trouver plus souvent du côté des clients bourreaux qu'autre-chose. A moins que cette impression soit due à la vitesse du tournage (trois semaines) et a un manque de travail... Bref, je vous invite à vous faire une idée sur ce film atypique qui a au moins le mérite de mettre en lumière les malheureux protagonistes de tout un pan de l'économie.

*Le festival Kinotayo est un festival du film japonais contemporain.

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