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L'Homme aux yeux d'argent

Film de Pierre Granier-Deferre Policier 1 h 37 min 13 novembre 1985

Le hold-up tourne mal. Thierry abat un policier, sa complice meurt dans ses bras et lui-meme se fait arreter un peu plus tard. Douze ans apres, a sa sortie de prison, il regagne son village natal qui a bien change et retrouve l'arbre au pied duquel il avait enterre l'argent du hold-up.

J'aime bien Pierre Granier-Deferre - ses adaptations de Simenon notamment sont remarquables - mais il faut reconnaître que sur sa fin de carrière, le réalisateur décline nettement. Cet "Homme aux yeux d'argent" en est l'illustration, au même titre que "Cours privé" par exemple.

Sans être foncièrement désagréable, cet étrange polar psychologique s'avère décevant, et on se demande où Granier-Deferre a voulu en venir, au regard notamment de la fin expéditive (bâclée). C'est le portrait de deux anti-héros solitaires et désabusés, traqués par un flic psychotique aux allures d'homme d'église (viscéralement attaché à la Loi, qu'il contourne pourtant sans vergogne).

Ce n'est pas la moindre des contradictions présentes dans cette histoire bancale, qui souffre en outre d'un rythme incertain, à l'image de son premier quart d'heure, l'un des moins accrocheurs que j'aie pu voir. Le tempo s'accélère heureusement par la suite, et "L'homme aux yeux d'argent" offre même quelques bons passages, où le suspense parvient à s'inviter, grâce à quelques trouvailles de mise en scène : l'irruption brutale du flashback, l'effondrement de la voiture dans le tunnel...

Par ailleurs, la réalisation n'apparaît guère soignée, avec une photo grise et insipide, qui vient souligner la banalité des lieux. Ce décor ordinaire de lotissement de banlieue, souvent désert (voir la séquence WTF où le jeune flic traque la gamine), constitue paradoxalement l'un des atouts du film, parvenant à rendre le quotidien anxiogène (on pense à la ville-nouvelle des "Chiens" d'Alain Jessua). Dommage que la topographie des lieux ne soit pas mieux gérée par la mise en scène.

D'autre part, l'interprétation a tendance à tirer le film vers le bas : Souchon en ancien taulard, ce n'est pas l'idée du siècle, et Tanya Lopert ne fait vraiment pas rêver, même si c'est le sens de son rôle (elle le dira elle-même, "je ne suis pas belle"). Leur look respectif, triste à mourir, renforce l'absence totale de glamour de ces deux marginaux.

Le contraste est saisissant avec Trintignant, qui en fait des caisses dans la peau son personnage sadique. Pas son meilleur rôle, loin s'en faut. Lambert Wilson complète cette distribution hétéroclite sans démériter, insufflant l'ambigüité requise à ce jeune flic à la mèche blonde et au sourire cynique.

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