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Theeb : La Naissance d'un chef

Film de Naji Abu Nowar Aventure, drame et thriller 1 h 40 min 19 mars 2015

Avec Jacir Eid Al-Hwietat, Hassan Mutlag Al-Maraiyeh, Hussein Salameh Al-Sweilhiyeen

Péninsule Arabique, 1916, sous l'occupation britannique. Dans un campement bédouin, au coeur du désert, le jeune Theeb, 10 ans, vit avec son grand frère Hussein, qui lui transmet les traditions ancestrales. Une nuit, un officier britannique s'invite dans la communauté : Hussein accepte de le...

Theeb a été filmé dans le sud de la Jordanie, là où se déroule son intrigue, et il m'a rappelé assez vite, par la beauté extrême de son cadre, le Lawrence d'Arabie de David Lean (mais une beauté plus nue, moins rêvée, moins hollywoodienne). Il met principalement en scène les membres d'une tribu bédouine (des habitants du désert, donc). Le réalisateur a su garder au film un rare caractère d'authenticité. On est tout de suite saisis, transportés au milieu du désert, durant la Première guerre mondiale, quand les Bédouins, aidés des Anglais, se révoltent contre l'Empire ottoman (ça n'est pas explicitement formulé dans le film, mais les images et l'histoire nous le font comprendre peu à peu). Le chef respecté d'une tribu bédouine est mort il y a peu, laissant trois fils, deux adultes (l'un de 25 ans environ, l'autre de 20, nommé Hussein) et un enfant de 10 ans nommé Theeb ("loup" en bédouin). Arrivent un Anglais (agent secret ? le film étant raconté du point de vue de Theeb, cela reste assez peu clair jusqu'aux toutes dernières scènes du métrage) et son interprète bédouin qui doivent être conduits à travers le désert jusqu'à un puits (pour une mystérieuse raison, peut-être est-ce un lieu de rendez-vous). Il est alors convenu que Hussein sera leur guide. Mais Theeb aime beaucoup ce frère (qui désormais lui sert un peu de père de substitution) et ne peut se résoudre à ne pas l'accompagner, si bien qu'enfourchant son âne, il se met à suivre à distance la petite caravane formée de l'officier Anglais, son interprète bédouin et Hussein, eux-mêmes juchés sur des dromadaires méhara. La traversée du désert sud-jordanien (plus ou moins la route des pèlerins pour La Mecque) est particulièrement périlleuse, des bandits détrousseurs y pullulant. Mais pour le spectateur confortablement assis dans son fauteuil de cinéma, elle est franchement sublime (c'est le mot qui me vient spontanément sous la plume). Cette partie du désert est très accidentée, ce n'est pas une mer de sable à perte de vue, mais une alternance de dunes, de sol caillouteux et de montagnes très découpées où s'amoncellent des roches si dures qu'elles résistent à l'érosion des vents séculaires ; ces montagnes sont traversées de défilés particulièrement propices aux traquenards, et les détrousseurs gardent les puits... J'ai trouvé tout ça très bien filmé et rendu, notamment les dromadaires méhara, la finesse de leurs membres, l'élégance de leur marche, leur terrible denture, leurs blatèrements (grognements, cris). Je n'avais jamais vu un puits d'eau (en plein milieu du désert) aussi bien révélé par la caméra, aussi vrai (un puits d'eau qui existe vraiment et dont on se dit : oui, c'est comme ça, un puits d'eau au milieu du désert). L'intrigue du film est simple, concentrée, réduite à l'essentiel, mais compréhensible et prenante : on ne s'ennuie jamais. Jamais la moindre tentation de décrocher, somnoler. Et le scénario est ainsi conçu, qu'arrivé au milieu du métrage, on ne devine pas ce qui va se passer, on est suspendu au déroulement de l'histoire et cela jusqu'à la fin. Et c'est si naturellement joué qu'on en oublierait qu'il s'agit d'un film. Presque tous les acteurs sont des non-professionnels, en tout cas tous les Bédouins, tous excellents (Theeb, son frère Hussein, etc.).

Depuis David Lean, jamais la péninsule arabique et ses impressionnants déserts n'avaient été aussi bien photographiés. J'y serais bien resté une demi-heure de plus. Ne loupez pas ce film !

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