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Jardins de pierre

Film de Francis Ford Coppola Drame 1 h 51 min 8 mai 1987

1969 en Virginie. Dans le cimetière d'Arlington, immense « jardin de pierre », Jackie Willow est inhumé avec quinze de ses camarades. Le sergent Hazard, présent à la cérémonie, retrace l'histoire personnelle de ce soldat qu'il a jadis chaperonné.

La mesure et la modestie de Gardens of Stone sont d’autant plus étonnantes qu’on ne peut s’empêcher de comparer ce film à l’autre grande exploration de la guerre du Vietnam par Coppola, le monumental Apocalypse Now. Au chaos opératique, à la sauvagerie baroque succède une avancée dans un univers en tous points antinomique. Le récit suit la vie collective d’une armé de parade, entièrement dévouée au protocole, et notamment le plus douloureux d’entre eux, les funérailles militaires. Apparence, méticulosité, chorégraphie au cordeau réglemente cette assemblée qui donne de la guerre une vision corsetée, dans laquelle les armes tirent à blanc au rythme d’un mécanique savamment réglementée. C’est là le dilemme de ces faux soldats : s’enorgueillir d’appartenir à une forme d’élite, mais stérile, ou aller servir au front pour être de véritables héros. A travers la progression d’une jeune recrue, Coppola expose ce monde qui semble le fasciner, tout en apportant une déclinaison à ce thème si cher de l’adolescence qu’on retrouve dans bon nombre de ses films, d’Outsiders à Peggy Sue en passant par Rusty James.

La guerre n’est qu’un arrière-plan, une bande sonore ou quelques images d’archives : il semble que ce soit davantage par choix que par manque de moyens ; en découle un film assez proche du soap par moments, rivé à de longs dialogues en intérieurs, où deux générations devisent sur la guerre, l’engagement et la patrie. De ce point de vue, c’est presque à une tragédie respectant la bienséance que Coppola nous invite, valorisant de plus les aïeux et leurs figure paternaliste, mettant en valeur le jeu très attachant de James Caan et surtout de James Earl Jones.

C’est donc sous le sceau d’une tristesse compassée, d’une violence feutrée, mais bien réelle, que se construit, avec une discipline exemplaire, cet étrange petit monde, et ce d’autant plus que le spectateur sait dès le départ que le jeune premier qui l’intègre est condamné à rejoindre la séquence augurale de ses propres funérailles.

Entre fascination et distance, Coppola parvient à restituer un univers qui partage avec lui un talent indéniable pour la mise en scène du chaos : dans Apocalypse Now, c’était pour l’exacerber ; ici, pour tenter, en vain, de la rendre civilisée et acceptable.

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