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Raging Bull

Film de Martin Scorsese Biopic, drame et sport 2 h 09 min 14 novembre 1980

Jake LaMotta est un boxeur américain surnommé « le taureau du Bronx ». Issu d'un milieu modeste, il atteint les sommets grâce à des combats mythiques.

Après le splendide répit initial d’un champion seul, au ralenti, sur un ring vaporeux, le premier combat qui ouvre le film donne le ton : d’un point névralgique, la furie qui focalise les regards va se propager à toute la salle : les chaises volent, la foule tangue, une femme se fait piétiner. De ce chaos programmatique, Scorsese déroule la dynamique d’un biopic hors norme. C’est bien d’un homme qu’il s’agit : Jake, incontrôlable, et qui semble devoir tout son talent de boxeur à l’irrépressible hargne qui pourrit sa vie intime. Dans une confusion constante entre le ring et l’extérieur, le duo de Niro/Pesci, fusionnel, fluide, d’une intensité hallucinante, dresse le portrait de deux gamins jouant dans une cour dont ils ne maîtrisent pas tous les codes, mais dotés d’une puissance de frappe redoutable. La relation amoureuse subira les mêmes déboires. La force et l’originalité du film, outre l’immensité de ses comédiens et la puissance romanesque de son sujet, sont à définir dans le traitement que leur fait subir Scorsese par sa gestion du rythme, étonnamment et volontairement déséquilibré. Le cœur du film, les combats, est une pulsation d’une densité sensationnelle. Tout a été dit sur la contribution du cinéaste au renouvellement du regard sur la boxe. Force est de constater que cette rage, cette immersion du spectateur à l’intérieur du ring, à hauteur de poing, est d’une efficacité ravageuse. La frénésie du montage, le travail du son, la chorégraphie et l’épaisseur du noir et blanc (si belle que Scorsese n’hésite pas à figer quelques screenshots pour en révéler toute la consistance) sont fusionnés à la perfection, dans une antinomie absolue de la retransmission télévisuelle, affirmant la singularité absolue du cinéma – du cinéaste – sur le sujet. Autour de ces atomes nerveux, par un contraste saisissant, la vie de Jake se dilate dans une rythmique qui lui est propre, celle de l’épuisement : les dialogues à rallonge, la litanie des questions du paranoïaque, jusqu’à l’insupportable et la consternation de ses proches. A la tension explosive des combats répond, en écho, le lent crescendo vers l’irréversible. Les gifles, les insultes, les têtes dans les portières de voitures, et les éclats verbaux. Jake, handicapé intime, ne sait dialoguer qu’avec un type de personne, l’adversaire ; et n’a pour arguments que son jeu de jambes et ses poings serrés. La vie intime est un champ de bataille, une spirale d’autodestruction que seules les archives vidéo en couleurs peuvent temporairement mystifier. Plus le récit avance, plus cette antithèse rythmique se renforce : la brièveté des combats, les anticipations qui annoncent la déchéance, et la dilatation : des ellipses croissantes, du corps, par le poids, de l’échec généralisé. Maitrise parfaite qui permet le surgissement d’une émotion incandescente : celle des coups encaissés, celle aussi de la pitié démesurée ressentie face au colosse boursouflé tentant de glaner, après la clameur de la foule des jours anciens, les rires des clients d’un bar miteux. Le divertissement, gras dans tous les sens du terme, achève la chute d’un enfant teigneux enfermé dans un corps, un temps champion, désormais débordant. La confession face au miroir, écho émouvant à l’auto-confrontation de Travis dans Taxi Driver, clôt sur un thème qui gangrenait tout ce précédent chef-d’œuvre : la solitude ; à la différence près que c’est ici un adieu au monde et un constat d’échec auquel seule une citation biblique finale peut, éventuellement, apporter le salut.

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