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Les requins de la colère

Documentaire de Jérôme Delafosse 1 avril 2015

Depuis le film "Les dents de la mer", les requins cristallisent les peurs les plus profondes dans la conscience collective. Pourtant, la plupart sont inoffensifs ; sur plus de 500 espèces recensées, à peine cinq représentent un danger pour l'homme. A cause de la pêche industrielle intensive,...

"Ca bouge? Ca se mange!" Non, ce n'est pas un requin qui parle, c'est un aphorisme chinois!

Ce documentaire tente de remettre le requin à sa véritable place: un élément essentiel dans la chaine alimentaire des océans, nécessaire à l'équilibre écologique de la planète. Très bien, nous sommes d'accords, mais c'est un film militant et comme pour toutes les œuvres militantes, l'auteur pousse le bouchon un peu loin (d'accord Maurice, c'est de bonne pêche de lancer le bouchon le plus loin possible...). Par exemple "sur plus de 500 espèces de requins recensés, seuls cinq sont dangereuses pour l'homme". Multiplie par deux ou trois, tu seras déjà plus crédible. C'est comme de vouloir comparer le nombre d'accidents dus aux requins avec ceux dus aux chiens domestiques. Quand il y aura un séla-chien dans chaque foyer, on fera les comptes.

Alors oui, il est scandaleux que ces espèces soient menacées parce que des gens sont prêts à payer 100 euros pour bouffer un aileron, parce qu'ils prêtent des vertus fantasmées aux requins comme ils en prêtent aux cornes de rhinocéros, aux os de tigres, etc...Parlez-leur du viagra, merde!

Si on voit dans ce reportage que les flottes asiatiques ciblent prioritairement les requins et pêchent indistinctement les autres espèces, on apprend que 40% des ailerons sont fournis par les flottes occidentales qui elles, ciblent les autres espèces et ne conservent les requins qu'incidemment. Imaginez le massacre sur les thons, les espadons, les marlins, les coryphènes etc...Ces espèces dont beaucoup sont menacées occupent la même niche écologique que les requins: les super-prédateurs de l'océan. Il ne faudrait pas que le requin cache la forêt des espèces marines menacées par la surpêche.

Et cela ne concerne pas que les super prédateurs...Il vous suffit d'aller faire vos courses pour vous rendre compte que les filets de cabillaud (morue) qu'on vous vend aujourd'hui ont la taille des filets de merlan il y a vingt ans. On pêche de plus en plus petit des poissons qui ont à peine eu le temps de se reproduire. Au XIXème siècle, les flétans passaient couramment les 300 kg, aujourd'hui les prises font difficilement 10 à 15 kg. On pêche de plus en plus loin et de plus en plus profond. Actuellement, le poisson surgelé le plus fréquent est le colin d'Alaska...pour combien de temps.

Dans le documentaire, on nous conseille de laisser les grands prédateurs tranquilles et de nous rabattre sur leur nourriture. Excellente idée! En Méditerranée, le thon rouge et l'espadon sont devenus si rares que c'est toute une économie touristique qui a disparu. Rabattons-nous sur les anchois! A Collioure dont c'est la spécialité, on se plaint de leur raréfaction...Ah ben merde...Ils y avaient déjà pensé! Et vous savez quoi? Pour préserver les thons rouges et continuer d'alimenter les japonais en sushis, on subventionne l'élevage dans des enclos en pleine mer alimentés avec des croquettes bourrées de produits qui les préservent des parasites (ben oui, comme les saumons, les bars, les daurades...). Mais savez-vous comment on se procure ces thons rouges qu'on élève avec nos sous? On pêche les alevins de 3 ou 4 kg en milieu naturel et on les engraisse jusqu'à 150 kg. Cherchez l'erreur! Il faudra qu'ils apprennent à se reproduire dans le congélateur.

Mais on va plus loin. Le saumon (rare en milieu naturel) et la morue (surpêchée) se nourrissaient essentiellement de krill, ces myriades de crevettes qui peuplent l'océan arctique. Eh bien maintenant, on les pêche massivement pour l'alimentation animale et bientôt la nôtre (le futur "soleil rouge", si vous vous rappelez du film "soleil vert"). De toutes façons, les saumons, morues et fletans n'en n'ont plus besoin...

Bon alors très bien de s'inquiéter pour ces "braves bêtes", mais le problème est beaucoup plus vaste et le massacre des requins ne doit pas faire oublier le pillage des océans. Pour faire plaisir à Jérôme Delafosse, j'achèterai une peluche de requin... en peau de bébé phoque.

Mais peut-être faudrait-il rechercher les causes réelles de tous nos problèmes écologiques dans la prolifération folle et incontrôlée de l'espèce humaine?

Si vous souhaitez regarder une BD sur un thème comparable, tout aussi partial, mais avec le talent en plus, regardez ici: http://penelope-jolicoeur.typepad.fr/.a/6a00e551dd382d8834019b014a3a33970d-pi

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