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Une sale histoire de sardines

Film de Marie-Claude Treilhou 56 min 1983

Marcel, gardien-veilleur de nuit dans une station, reçoit les visites d'habitués noctambules qui se confient leurs histoires. Dans la série 'Télévision de Chambre'.

Trop peu de films nous embarquent encore aujourd’hui dans le sentiment de joyeuse nonchalance que procure "Une sale histoire de sardines", sinon les oeuvres de ces quelques francs-tireurs et artisans du cinéma que sont Patricia Mazuy, Paul Vecchiali ou autrefois Jean-François Stévenin, justement frères d’armes de Marie-Claude Treilhou.

À la différence qu’ici, le plaisir de conter ne provient pas tant de l’histoire en elle-même, limitée à un unique décor — selon les exigences de l’INA, qui commande le film — mais bien des « sales histoires de sardines », du désir de déplier par le geste et la langue une oralité tortueuse, qui constitue la vraie aventure du film. C’est que chez Treilhou le travail du langage n’est pas qu’affaire de caractérisation : il n’est pas la curiosité sociale qui anime aujourd’hui les dialogues idiomatiques d’un certain cinéma français. Plutôt l’exploration d’une gouaille poétique, avec ce qu’elle brasse d’icônes et de métaphores triviales. Le titre est ainsi un bel hommage adressé à "Une sale histoire" de Eustache, film animé par un même désir de la pérégrination orale, mais du côté d’une bourgeoisie retorse que Treilhou bascule ici dans un cercle populaire.

Des femmes et des hommes — enseignante, dramaturge, ouvriers, bourgeois — entrent dans un garage, s’attablent, évoquent leurs projets autour d’un repas. Le film, par son vaste registre de citations, champs lexicaux, tessitures et inflexions, déploie en son sein une temporalité propre, conduite par la seule puissance de l’échange de mots. La seule « action » du film étant ce moment où Marcel, maître de cérémonie de ces paroles convoquées, quitte son garage pour apporter, à un chat affamé, la fameuse boîte de sardines qui titre le film. Conclusion sublime qu’est ce gros plan sur un matou affamé, qui constitue à la fois le projet du garagiste de « tout faire pour les chats vivent comme ça leur convient », et une sorte de connivence dramatique avec le spectateur, énoncée en début de film, et qui trouve ici son aboutissement. Parachèvement final du « dire » en un geste de pur altruisme.

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