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Bunny Lake a disparu

Film de Otto Preminger Thriller 1 h 47 min 3 octobre 1965

Ann vient d'emménager à Londres avec sa fille Bunny. Alors qu’elle va la chercher à l'école, Bunny est introuvable et personne ne se souvient d'elle.

Avec "Bunny Lake Is Missing", Otto Preminger revient à ses premières amours, à savoir le thriller psychologique pur et dur. Il s'éloigne donc d'Hollywood, et de ses prestigieuses productions, pour se rendre à Londres afin d'adapter l'ouvrage de Evelyn Piper avec un budget modeste et un casting dépourvu de nom ronflant. Le ton est ainsi donné d'entrée, avec "Bunny Lake Is Missing" on va être dans le simple, le sobre, l'intimiste. Ce qui ne veut pas dire que le film soit dénué d'intérêt, bien au contraire ! D'ailleurs le choix d'ancrer son histoire au cœur de la capitale Britannique n'est toutefois pas innocent... On entre sur les terres d'Alfred Hitchcock et Preminger semble prendre un malin plaisir à se réapproprier l'univers du maître du suspense : ambiance trouble et oppressante, noir et blanc fascinant, personnages ambivalents, thèmes de la folie et de la perversion sexuelle omniprésents ; rien ne semble manquer au tableau, on retrouve même la fameuse héroïne à la beauté glaciale !

L'originalité de ce film est de s'orner des apparats du film policier pour s'engouffrer, finalement, dans le pur thriller psychologique. En effet le début de l'histoire, d'une grande simplicité apparente, nous plonge dans, ce qui ressemble être, un banal film d'enquête : une fillette disparaît, la police débarque, les premiers témoins sont auditionnés, etc. Cependant, on se rend compte rapidement que l'enquête policière passe au second plan dans l'histoire et, après un virage scénaristique opéré en douceur, Preminger va se focaliser uniquement sur l'état mental d'Ann, la mère de Bunny. On va ainsi se demander si la fillette existe vraiment et si toute cette histoire n'est pas le fruit de l'esprit dérangé de la jeune femme. Indéniablement, Preminger a su façonner un impressionnant jeu de piste à travers duquel il va balader son spectateur avant de le faire succomber aux charmes d'une ambiance prenante, parfois même haletante. Seulement si la partie psychologique reste le point fort du film, on peut regretter que le papa de Laura délaisse un peu rapidement la rigueur du film d'enquête. En effet, pour apprécier "Bunny Lake" il ne faut pas être trop regardant sur la crédibilité de certaines situations (on imagine difficilement que la police britannique, au beau milieu des sixties, n'arrive pas à mettre la main sur un seul document attestant ou non de l'existence d'une fillette américaine ! S'il s'agissait d'un nouveau-né, la chose pourrait être envisageable par exemple...), tout comme on peut regretter que certaines fausses pistes soient un peu trop évidentes pour véritablement nous berner.

Seulement, il serait bien ingrat de ma part de ne pas reconnaître le talent de Preminger à construire un univers schizophrène dans lequel on perd peu à peu pied avec la réalité et qui va nous faire douter de tout, même du plus évident. Bunny existe-t-elle vraiment ? Pour répondre à cette question, ou pour nous empêcher d'y répondre, le Viennois élabore un univers qui n'est pas sans rappeler celui de Alice's adventures in wonderland ! Comme dans le célèbre ouvrage de Lewis Carroll, la recherche du lapin blanc, ou de Bunny, va nous conduire dans un monde où la frontière entre réalité et fiction est extrêmement ténue... Ainsi le récit, à la base fortement réaliste, va abriter de nombreuses références à l'univers onirique, comme si le cauchemar venait empiéter impunément sur le terrain du réel. À l'instar d'Alice, on va croiser toute une galerie de personnages étranges, singuliers, qui semblent sortis tout droit d'un asile de fous ! À moins que ce soit le monde tout entier qui soit devenu fou ? Que ce soit le proprio, alcoolique et pervers, l'institutrice qui s'interesse aux cauchemars des élèves ou cette cuisinière aux allures de tortionnaire Est-Allemande, personne ne semble à sa place ! Personne, pas même ce frère qui se confond avec la figure du mari. Plus rien n'a de sens, la démence se généralise et se répand comme la peste à travers toute la ville. D'ailleurs Ann, elle-même, n'hésitera pas à qualifier l'école de maison de fous ! En tout cas, ce qui est fou, c'est que Preminger, à partir de presque rien, arrive à nous faire douter du réel à ce point. Il faut dire que dès le générique il nous prend au piège, en représentant Bunny uniquement à travers une silhouette dessinée sur papier... Sans atteindre le niveau de perfection de ses plus grands films, Bunny Lake reste l'une des œuvres les plus originales et les plus fascinantes du maître Preminger.

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