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We Are X

Documentaire de Stephen Kijak Comédie musicale 1 h 33 min 9 décembre 2016

Avec Gene Simmons, Wes Borland, SUGIZO

Le groupe X Japan a déclenché une révolution musicale, avec leur métal mélodique, au Japon à la fin des années 80. 20 ans après leur tragique séparation, le leader de X Japan, Yoshiki, se bat contre des démons physiques et spirituels comme des préjugés de l'Occident afin de partager leur musique...

Après avoir visionné le documentaire We are X, il est bon de se poser une question concernant le groupe : mais que diable visait X Japan avec ce film ?

Le succès ? Pas sur, dans la mesure où l’on nous répète inlassablement à quel point X pourrait être le plus grand groupe du monde et que visiblement ils n’ont besoin de personne pour remplir le Madison Square. Alors quoi ? Toucher un nouveau public ? Peut être, si l’on admet que c’est un peu la phrase passe-partout et que, vu la distribution du film (et le nombre de notes SC pour un doc du Sundance) ce n’est pas gagné. Redonner un nouveau souffle au groupe ? Très probablement, on ne cesse, dans le métrage, de nous parler d’ « ère », de mort, de vie… Mais, à mon sens, l’objectif est ailleurs. Ce que vise X, et j’entends par là Yoshiki (métonymie révélatrice du rapport mégalomaniaque du batteur à son groupe, quand bien même il dirait l’inverse), c’est avant tout une légitimité.

Ce n’est donc pas la célébrité qui est le but, mais bien la manière dont celle-ci se représente, et surtout dont elle se raconte. Car, We are X, n’est pas tant l’histoire du groupe, que le groupe en train de se raconter son histoire. Le documentaire nage en plein storytelling, tout y est : la mort du père qui façonne le jeune enfant, la batterie qui va canaliser sa haine, le groupe comme nouvel famille (premier acte), puis le succès fulgurant, l’ambition croissante, et là bim, la mort tragique du guitariste, la communion du public et des membres dans le chagrin (fin du deuxième acte), enfin, la résurrection, l’assaut d’un nouveau marché/monde : l’Europe et les Etats-Unis, et bien évidemment, le documentaire lui-même, comme consécration mythologique : un petit panthéon d’images (rideau). Et c’est bien cela qui est en jeu : une mythologie (au sens de Roland Barthes, le patron du bar du Mistral), un récit de soi capable de renouveler une image, du moins, de la légitimer, de la consacrer. Ce que le documentaire révèle également, c’est la dimension figurative de X Japan. Yoshiki et son groupe sont dans la représentation, les concerts sont comme au théâtre, des moments de performances cathartiques, et le batteur n’a de cesse de mettre sa vie en scène (p’tit selfie au calme devant la tombe à papa, champomy sur celle de Hide…). Et tout cela se retrouve servi dans une soupe de communication, servie par le chef Yoshiki en personne, à base d’interview larmoyantes, de mythes personnels, de démons intimes, d’évanouissement en plein concerts, de lutte contre la mort… On a même le droit à la crème de la crème du milieu qui vient nous expliquer à quel point X Japan c’est ouf : Gene Simmons (de Kiss), Marilyn Manson, Richard Fortus (des Guns), George Martin, Stan Lee (on sait pas trop pourquoi, mais il est là)… Ce qui révèle We are X, involontairement sans doute, c’est que Yoshiki est un businessman, un communicant en or, tentant de reproduire l’engouement qu’avait crée Searching for Sugar Man avant lui : à savoir, ressusciter les morts. Le documentaire est un rituel.

« X Japan is a big buiness » – Yoshiki

Relativisons toutefois, We are X est loin d’être le premier documentaire à tenter ce genre de pirouette communicationnelle, et on peut difficile lui reprocher de vouloir faire son beurre (quoique), l’essentiel aurait été de le faire discrètement (là c’est raté). Le documentaire à néanmoins le mérite de faire découvrir (au quatre du fond qui l’ignorait) l’existence d’un groupe culte, un véritable phénomène musical et générationnel, dont le parcours se révèle extrêmement instructif. L’occident a-t-il réellement méconnu le groupe japonais ? Ou l’a-t-il volontairement méprisé pour son piètre maniement de la langue, sa dimension mimétique, son look excessif ? Ce que je regrette le plus, c’est finalement que X Japan se soit détourné (s’il en a même fait partie) de la contre-culture pour lui préférer le marché, le style et l’apparence. Quand la subversion signe chez Sony, il est à craindre qu’elle y perde ses plumes, ou du moins ses mèches colorées.

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