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Le Fils de Joseph

Film de Eugène Green Drame 1 h 55 min 20 avril 2016

Avec Victor Ezenfis, Natacha Régnier, Fabrizio Rongione

Vincent, un adolescent, a été élevé avec amour par sa mère, Marie, mais elle a toujours refusé de lui révéler le nom de son père. Vincent découvre qu’il s’agit d’un éditeur parisien égoïste et cynique, Oscar Pormenor. Le jeune homme met au point un projet de vengeance, mais sa rencontre avec...

La vraie comédie est-elle évangélique ? C'est ce que semble prouver (ou vouloir montrer) le Fils de Joseph. En quoi ? En résistant à l'appel du meurtre, du règlement de compte. Comment ? Au lieu de tuer le père, en choisissant de s'en faire un - c'est, dit-il, le fils qui fait le père - et le film montre cette transsubstantiation. Comment le biologique s'incline par l'opération de l'esprit. Oui, miracle de la comédie qui a résisté à la tragédie. Dépaysement total de la parole et du style, du récit (Qui aujourd'hui tente ce genre de films depuis Au Hasard Balthasar, ou peut-être depuis Je vous salue Marie ?) Stratégie de dépaysements pour virginiser l'oreille et le regard. Dépaysement du récit également : disons pour amorcer le film que Vincent n'a pas le sens des affaires. C'est ce que dit son ami qui lui propose de participer à son petit commerce sur Internet, non il n'a pas le sens du commerce de sperme, d'ailleurs il n'a pas de père. Et voilà comment l'histoire commence, et voilà comment Eugene Green pourrait procéder et avancer, par bonds humoristiques et poétiques.

Dépaysement également de la langue, chantée, jouée ou parlée, dans la vie et en concert, comme un chant de l'esprit et qu'il suffit de prendre au vol pour entendre, ne serait-ce qu'un peu, l'ange parler (ou chanter). Celui dont a besoin le fils de Joseph pour être bon. Cette bonté tant relevée par Vincent, c'est le résultat du film lui-même, de cette simplicité retrouvée après un détour par la vengeance, et pour le film, tellement simple à l'arrivée qu'on en est bouleversé, par un détour par ces ailleurs que sont, entre autres, la mise en scène et la diction, dont on retrouve un moment, en préambule du concert, comme une origine possible, une langue perdue et retrouvée, vraie et théâtrale.

Sans oublier cet humour parfois redoutable (parfois un peu moins) et féroce à l'occasion; la peinture du milieu littéraire est une des plus acides que j'ai jamais vues, sans cesser jamais ni d'être drôle ni d'être humaine. Elle se doit de donner des envies de crime autant que possible, jusqu'à n'y plus pouvoir résister, pour que seule une porte blanche, une main invisible, soit le dernier rempart possible à l'irréparable et le chemin d'une nouvelle vie.

Sans oublier non plus cet ami revu, épuisé par le commerce de son propre sperme, perdu dans le mécanique, le biologique, et le visage d'une Natacha Régnier transfigurée.

Pour mémoire, les quatre parties I : Le sacrifice d'Abraham II : Le veau d'or III : Le sacrifice d'Isaac IV : La fuite en Égypte

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