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L'Homme de l'Ouest

Film de Anthony Mann Drame, romance et western 1 h 40 min 1 octobre 1958

Après l'attaque du train dans lequel ils voyageaient, Link Jones, une chanteuse et un commis voyageur tombent aux mains d'une bande de pillards qui les contraignent à participer à l'attaque de la banque d'une ville fantôme.

Si l’on excepte La ruée vers l’Ouest qui ne resta pas vraiment dans les mémoires, on peut considérer L’homme de l’Ouest comme le dernier véritable western dans la carrière d’Anthony Mann, qui se dirigera ensuite vers des superproductions fleuves, dont l’inachevée et signée par Kubrick Spartacus.

On reconnait depuis ses débuts dans le genre un certain attrait pour l’âpreté, la violence et la noirceur, et cet opus semble les porter à leur sommet. Alors que bien souvent, le héros mannien tente de se débarrasser d’un passé obscur qui sera dévoilé par fragments, la destinée du personnage incarné par Gary Cooper (nommé Link, tout un programme) sera beaucoup plus abrupte : le récit lui réserve un véritable traquenard, un gouffre dans lequel macèrent tous ses vieux démons. Alors qu’il disait à tous ceux qui l’interrogeaient qu’il venait « from West », voici comment Mann qualifie ce terme générique : un groupe de criminels pervers et sanguinaires. La désertion, le changement de nom, le rachat, l’intégration par la fondation d’une famille : rien n’y fait, le retour tragique des origines est inévitable.

L’insistance de Mann dans le portrait des bandits, occasionnant quelques longueurs et lourdeurs (dans la durée des combats, dans le recours à une musique trop pesante) semble presque annoncer la jubilation d’un Leone dans sa galerie de salauds quelques années plus tard. Pour les affronter, Link devra se salir les mains, admettant qu’il était leur semblable. Ce désir de décaper le héros de l’ouest, et de mettre au jour la violence inhérente à cette période n’a donc rien de véritablement révolutionnaire, et apporte un nouvel argument pour échauder le concept de western « crépusculaire » qu’on tente de dessiner à partir du Nouvel Hollywood. Link est ainsi l’aïeul de Bill Muny, l’anti-héros d’Impitoyable.

La grandeur semble définitivement révolue : les conflits sont brutaux, les combats avilissent plus qu’ils ne prouvent une quelconque force, et s’achèvent le plus souvent par l’humiliation : d’un homme qu’on dénude, d’une femme qu’on viole, d’un rival qu’on cloue au sol. De retour dans le panier de crabe, Link entraîne une spirale qui aboutira au massacre généralisé, sans même qu’il l’ait véritable souhaité.

Dans Winchester 73, il fallait tuer le frère : ici, c’est l’oncle, une figure paternelle qui pour tout attachement rappelle : « You were my property. » Ce à quoi lui répond Link : « You’re a ghost. » Et Link de détisser les liens toxiques, dans un duel qui lui aussi rappelle celui de Stewart avec son double maléfique : dans une nature pierreuse et accidentée, où l’on joue des anfractuosités pour survivre ou donner la mort.

Car le paysage reste le grand personnage positif d’Anthony Mann : les superbes plans, notamment sur cette baraque dans la verdure éclatante, le découpage de l’espace sur des baraquements abandonnés ou les promesses, même modestes d’un vaste horizon lors du dénouement permettent toujours un contrepoint à la promiscuité violente des intérieurs. Le monde des hommes est délétère, on le voit dès l’ouverture avec cette innovation du train qui effraie le héros avant de l’enfermer dans un compartiment où la suspicion surgit d’emblée. La nature est une échappée, un terrain sur lequel la justice semble pouvoir tout de même advenir, même si le plus souvent, c’est au prix de la mort des uns et de la fuite des autres.

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