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The Rise of the Synths

Documentaire de Iván Castell 1 h 22 min 15 février 2020

The Rise of the Synths est un documentaire et un voyage dans le temps au sujet de la scène Synthwave, un genre musical mélangeant la musique électronique moderne, la nostalgie et les sonorités de la culture 80s.

The Rise of the Synths est un documentaire en demi-teinte. Ne sachant pas trop ce qu’il est en train de raconter, ne sachant pas réellement où il va. Le documentaire ne convainc pas et perd de sa substance au fil des minutes, à l’image de ses alternances entre fiction et documentaire, de ses passages narrés par John Carpenter himself et des interstices de son Synth Rider. Un personnage fonction, qui n’est d’ailleurs présent que pour introduire une DeLorean DMC-12 pour voyager entre les différentes destinations (Angleterre, France, Espagne, Etats-Unis, Belgique...), entre les décennies et remonter aux prémisses de la Synthwave à travers ses influences. Une structure narrative qui sur le papier fonctionnait, sur la forme et le fond, mais l'intention et le résultat escomptés ne sont guère au rendez-vous. Un schéma qui n’est pas sans rappeler le dispositif d’un certain clip de GUNSHIP, Tech Noir, (où John Carpenter intervient de nouveau en narrateur qui plus est), mais The Rise of the Synths se perd et confère une impression de déception globale tout au long du métrage malgré l’atmosphère qui s’en dégage et ses ambitions qu’il laisse entrevoir, sans pourtant les amener et les appuyer.

Il faut rappeler que The Rise of the Synths avait su décevoir avant même de voir le jour dû aux aléas et déboires que peut faire apparaître un financement participatif en terme de promesses. Annonçant une palette d’artistes et d’intervenants variés, sollicitant leur communauté respective dans ce financement, un bon nombre d’entre-eux se sont retrouvés exclus dudit documentaire... Betamaxx, Vincenzo Salvia, Stellar Dreams, Com Truise, DARKEST, Futurecop!, Mitch Murder, Kristine, Lazerhawk, Jordan F, Timecop1983 sont aux abonnés absents. Le film ne partait pas de bon augure, pourtant The Rise of the Synths est enfin là, quatre ans après, avec des artistes phares issus de la scène : The Midnight, Perturbator, 80s Stallone, Carpenter Brut, GUNSHIP, NINA, Dance with the Dead, le collectif Valérie et j’en passe.

Souci majeur et pas des moindres, le documentaire, s’il ne sait pas sur quel pied danser autour de sa narration, se vautre dans son point de vue et la manière dont il tente de raconter quelque chose sur ce qu’est la Synthwave, jusqu’à convaincre le premier quidam que certaines influences de la Synthwave étaient d’ores et déjà à l’époque... de la Synthwave. La faute à la présence de John Carpenter en tant que narrateur, se plaçant dès les premières minutes, comme axe de lecture pour le spectateur. Un John Carpenter, un référent, dont l’aura transpire à chaque interview, jusqu’à ce que GUNSHIP annonce que la passerelle pour écouter de la Synthwave, c’est de regarder les films de John Carpenter, et là on y est. C'est scellé.

Certes, son imagerie, sa musique minimaliste aux synthétiseurs et son côté anar' vis-à-vis du médium cinématographique ont contribué à la naissance de la Synthwave en tant que contre-culture et dans ses sonorités, notamment du côté Darksynth. Néanmoins, en faire des caisses sur Carpenter, quitte à obnubiler un peu d’autres artistes pourtant phares et dont la présence et l’influence semblent sous-évaluées par rapport à Big John : Giorgio Moroder, Jean-Michel Jarre, Tangerine Dream, Jan Hammer, Goblin, Vangelis… C’est gros. La Synthwave ne s’arrête pas qu’à la Darksynth, la Synthwave c’est aussi des influences du côté Disco, Synthpop, French-Touch… Pas vraiment la came du Master of Horror et il aurait été louable de les mettre dans le même panier, au même niveau.

Et ce n’est finalement pas un hasard si The Rise of the Synths se prend les pieds dans le tapis à ce niveau là, tant il a dû mal à mettre les choses au clair sur son sujet. On apprendra donc par association et maladresse que Kraftwerk a influencé le genre et que c’est de la Synthwave “avant l’heure”. Kraftwerk est une pierre angulaire de la musique électronique, une grande influence notamment dans les courants New Wave et Techno. C’est une influence auprès de quelques artistes certes, mais cela concerne la musique électronique dans son entièreté. De même, côté films récents, Drive est bien sûr cité, et à juste titre, la musique Outrun de Kavinsky et l’esthétique du film ayant énormément contribuées à l’imagerie du mouvement, puis Stranger Things a repris le relais, mais entre-deux... rien. Du moins le documentaire laisse penser qu'il n'y a rien eu d'autres et c'est un oubli de taille disons-le. Pas d’Hotline Miami, pas de Far Cry 3 : Blood Dragon, pas de Turbo Kid, pas de Kung Fury... Le médium vidéo-ludique n’intervient pas en tant qu’influence, ni même en tant que tremplin à la découverte et popularisation du genre. Pourtant, c’est bien à travers ce médium que des artistes sont désormais au plus haut, Perturbator et Power Glove notamment.

Des approximations comme celles-ci il y en a beaucoup dans The Rise of the Synths. Tablant sur une présentation et une retranscription de la genèse de la Synthwave, le film se positionne et s’adresse aux novices, aux curieux et aux amateurs. Les interviews se marient et s’enchaînent plutôt bien entre-elles, les différents axes abordés se construisent fluidement. L’histoire et le corps de la Synthwave y sont détaillés à travers le vécu et les influences des différents artistes et intervenants : un mouvement musical underground né par le biais d’internet qui sentait la mode aux débuts des années 2010, des influences de la fin des 70’ aux débuts des 90’, un retour nostalgique à l'insouciance et le charme des années 80, une contre-culture qui se popularise jusqu’à en perdre son essence, un genre à part entière qui perdure encore et encore...

Cependant, le film introduit très mal les personnes interviewées : un nom, un lieu, un visage et c’est tout. Pas facile pour des non-connaisseurs de savoir qui est vraiment tel ou tel artiste vis-à-vis de la scène, la raison de sa présence dans un tel documentaire, son apport au mouvement Synthwave… Il font de la Synthwave et voilà ce qu'ils en pensent, c'est tout et démerde-toi. C’est compliqué, maladroit et complètement inabordable pour un simple curieux. D'un côté, le novice sera perdu, de l'autre, l'aficionados sera en partie déçu dû au manque de rigueur formelle et d'informations.

The Rise of the Synths déçoit, certes. De par ses maladresses, ses oublis, son fil conducteur découpé et sinueux, sa narration quelque peu trompeuse et sa partie fiction qui n’apporte rien hormis des ennuis et de l’ennui. L’exercice est compliqué, le genre est suffisamment complexe à aborder pour s’y perdre. Je m'y suis déjà attelé (ici), côtoyant la scène depuis plusieurs années déjà, et c’est long à détailler si on souhaite l’expliciter. D'une manière globale, c’est plutôt simple à faire comprendre, ce que réussit The Rise of the Synths, mais en creusant, la perte de repères se fait ressentir.

Ceci dit, cette perte de repères peut être compréhensible tant la Synthwave s’ancre à la fois dans les années 80 et les années 2010, tant elle arrive à réunir un public de la scène électronique et de la scène metal au sein d’une même salle, tant ce public rassemblé est celui ayant connu les années 80 et non, et qui pourtant a les mêmes références et le même amour culturel. The Rise of the Synths est peut-être finalement à l’image de ce qu’est la définition de la Synthwave, ce patchwork de plein de choses que l’on connaît, qui nous évoque une certaine mélancolie et nostalgie (une nostalgie par procuration même), qui ne vont pas forcément très bien ensemble une fois mis côte à côte et qui pourtant sont reliés. Ecouter The Midnight et Carpenter Brut, c’est le jour et la nuit, et pourtant ces deux-là se retrouvent sous la même bannière : Synthwave. Pas facile à saisir.

De The Rise of the Synths, il en reste cependant un documentaire plaisant pour toutes personnes s’intéressant de près comme de loin au genre et à son mouvement. Il s’agit d’une jolie porte d’entrée à la découverte de la Synthwave qui perdure et évolue malgré ce qu’on en dit. D’une contre-culture underground née aux débuts des années 2010 (même quelques années avant, mais on ne parlait pas de Synthwave à proprement dit), la scène persiste et a évolué, jusqu’à voir le retard de l’industrie populaire face au mouvement, reprenant aujourd’hui ce qui se faisait dix ans auparavant au sein du mouvement. "J'y étais" pourrait-on dire.

The Rise of the Synths peut se présenter tel un porte étendard de ce mouvement, avec ses défauts et ses qualités. Iván Castell, à sa manière, a voulu rendre hommage et déclarer son amour au genre et à tous ses artistes qui ont eux-mêmes, voulu rendre hommage à ce qu’ils aiment à travers leur musique. Et rien que pour ça, The Rise of the Synths vaut la peine d’être vu.

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