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Don't Breathe

Film de Fede Alvarez Épouvante-Horreur et thriller 1 h 28 min 25 août 2016

Avec Stephen Lang, Jane Levy, Dylan Minnette

Pour échapper à la violence de sa mère et sauver sa jeune sœur d’une existence sans avenir, Rocky est prête à tout. Avec ses amis Alex et Money, elle a déjà commis quelques cambriolages, mais rien qui leur rapporte assez pour enfin quitter Détroit. Lorsque le trio entend parler d’un aveugle qui...

Ce nouveau rendez-vous donné à "Evil dead" version 2013 fut le bon. Soyons honnête, le visionnage en DVD trois ans après la découverte en salle gomme le premier visionnage un peu rêche du remake du classique de Raimi. "Don't breathe" est donc passé par là et les motivations de Fede Alvarez remettent sur le devant de la scène le film de Sam Raimi. Une thématique lie les deux métrages mais la note d'intention diffère complètement. "Evil dead" ne se traduit jamais par son écriture. Il en évacue systématiquement la caractérisation des personnages au profit de son décors unique celui d'une cabane en bois. Le lieu sacrificiel n'a qu'une raison d'être : Offrir la gratuité d'un ride sanglant à son spectateur. L' efficacité du projet n'est jamais à remettre en cause tant finalement la relecture s'avérera identique au classique des eighties. "Evil dead" est un film laboratoire pour Alvarez (à l'instar de Raimi) où le sens du cadre, le mouvement de caméra et la lumière volumétrique occupent une place à part entière. Tout y est à peu près utilisé de l'effet de distorsion jusqu'aux angles à ras du sol. L'espace scénique constamment délimité par un scope adroit est une invitation au plaisir de la souffrance. Alvarez réfléchit son film comme un appel aux retrouvailles du corps et de la matière en milieu naturel : La sensation de l'humidité à travers le bois, le métal et l'oxydation d'une lame, la chaleur des flammes, la froideur de la boue, le goût du sang, l'odeur de la putréfaction. Autant de sensations épidermiques, olfactives ou visuelles qui transpercent le filtre cinématographique pour en faire une expérience à part entière pour le spectateur : Ici l'esthétisme du sang et des corps entaillés s'affichent sans timidité dans un film qui ose le retour à un gore realiste."Evil dead" est un retour à l'état primitif dicté par un cinéaste dont le second long conservera l'essence visuel du premier en y incorporant une armature scénaristique autrement plus développé.

"Don't breathe" s'enracine au plus profond du désarroi américain. Detroit, ville autrefois active mais aujourd'hui sacrifiée fait naître une nouvelle race de délinquants. A peine la vingtaine, Rocky, Alex et Money détroussent les baraques pour leurs propres comptes, jusqu'au jour où l'un de leurs amis leur fourni un tuyau : Un aveugle conserverait de l'argent dans sa maison. Alvarez ne recidivera pas dans la pirouette d'écriture. Ici, pas de potes rameutés dans le but de sevrer une copine des drogues dures (Evil dead) mais il est plutôt question de construire un collectif sans foi ni lois sur une terre délabrée. La misère sociale et ce qu'elle peut engendrer comme victimes réduites à de menus larcins. La fable urbaine, on la connait et Wes Craven en a fait un joli portrait avec "Le sous-sol de la peur". Ce qui excite le cinéaste c'est la notion de "punition" et le rite sanglant du passage en lieu clos. En ce sens, "Evil dead" et "Don't breathe" fonctionnent en binôme. L'actrice "Jane Levy" incarne le lien entre les deux films. Tour à tour victime, tentatrice et leader l' épicentre féminin entraîne dans sa chute ses semblables. Il existe "un avant" où se joue l'avenir des protagonistes, "un après" qui résulte de la conséquence de leurs actes et "le pendant " où la souffrance physique ramène à l'état primitif. La notion de punition chez Alvarez et le passage obligé dans une habitation vermoulue constituent la fin de la course. Il est étonnant de constater que chez ce réalisateur, le portrait brossé des jeunes adultes n'est jamais caricatural. Pas d'appel au sexe et des comportements assez platoniques entre les couples. A peine pourrait on évoquer la prise de substances illicites pour une personne. Pourtant la chasteté n'exclura pas les futurs châtiments corporels. La sexualité y est profanée comme une tombe. Les viols de Mia par le rendu boisé d'un demon et bien entendu la poire à lavements gorgée de sperme pour Rocky. La démarche d'Alvarez n'est pas celle d'un slasher dont le but très conservateur est celui de tuer pour la pratique d'un vice. Une question se pose : Qu'est-ce qui anime le cinéaste ?

L'apport de symboles connotant à coup sûr celui des enfers se traduit dans les deux films par une descente dans les sous-sols. Le mal ronge les étages mais le point névralgique se trouve en bas dans la cave. Absence de lumière, secrets enfouis au plus profond, la démarche est de quitter une forme d'humanité et d'y découvrir le point culminant de l'horreur. Des pèlerins en terre païenne en quelque sorte. La découverte du "Necronomicon" ainsi que les cadavres d'animaux pour l'un, la victime harnachée et inséminée pour l'autre. "Evil Dead" a pour unique but de retranscrire littéralement l'Ancien testament dans son portrait religieux et caricatural sur d'éventuels présences de démons s'opposant à une vision très urbaine et réaliste de l'horreur pour "Don't breathe". Ce dernier baignant au coeur de récits mythologiques : Un boogeyman aveugle protégeant un magot / Le cyclope dans l'odyssée. Littéralement, le gardien atteint de cessité protégeant un trésor. L'idée de base est finalement très proche puisqu'elle consiste à faire fusionner l'univers d'un être monstrueux avec le genre humain. Mais la comparaison ne s'arrête pas là puisque "Evil Dead" fait naître un démon sortant de la boue sous une pluie de sang alors que "Don't breathe" mise sur un rottweiller trapu et massif. Le cerbère, l'animal accompagnateur, celui qui se distingue de l'humain et qui constitue une entité destructrice et définitive achève de faire de ce voyage un cauchemar bigger than life. Que les récits s'inspirent de fantasmes mythologiques ou de textes apocryphes, le réalisateur les applique littéralement au coeur de ses films faisant ressortir l'idée d'une forme d'apocalypse en milieu naturel ou urbain.

Tiraillé entre ses sources évidentes (Panic room et Wait until dark) le dernier né de Fede Alvarez est peut-être plus le prolongement des classiques de l'horreur urbaine tels que "Candyman" et "It follows"dont il partage le sentiment d'abandon et de désœuvrement. Sur les terres abandonnées par l'homme naît une nouvelle race de monstres victimes d'une société en déliquescence. Contrairement aux sempiternels ectoplasmes, ceux-là, sont bien réels.

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