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The Beatles : Eight Days a Week

Documentaire de Ron Howard Biopic et musique 1 h 46 min 15 septembre 2016

Avec Paul McCartney, Ringo Starr, John Lennon

The Beatles : Eight Days A Week - The Touring Years retrace les premières années de la carrière des Beatles de 1962 à 1966, marquées par les tournées incessantes à travers le monde. Des centaines de dates, des milliers de fans, des heures de concerts ont permis aux Beatles d’entrer dans la...

A leurs débuts, les Beatles se foutaient de leurs textes. N'importe quelle connerie autour du thème de l'amour, et c'était bon, Lennon/Mc Cartney tenaient de quoi pondre un de leurs hymnes à la joie. Mais quand la connerie était signée John Lennon, elle était rarement totalement in-signifiante. Ce mec ne pouvait pas s'empêcher de s'exprimer. C'est pourquoi il mit tant d'énergie par la suite à (se) démontrer que ses paroles n'avaient absolument aucun sens et qu'il était du dernier ridicule de leur en trouver.

Eight days a week est un des titres-phares de Beatles For Sale, album au titre amèrement ironique ("Beatles à vendre") enregistré à la va-vite entre deux tournées monstres et folles furieuses par un groupe lessivé et essoré. Ce n'est pas pour rien que Ron Howard en a fait le titre de son documentaire sur les 5 années d'amour fou entre les Beatles et le monde qu'on baptisa alors la "beatlemania", mais qu'il se contente d'appeler "les années de tournées". Voici ce que dit le refrain à la con de John Lennon :

Huit jours par semaine, je t'aime Huit jours par semaine, ce n'est pas assez pour te le montrer

Les Beatles avaient parfaitement conscience d'être pressés comme des citrons stakhanovistes par un système bien décidé à les pomper tant que "ça" durerait jusqu'à la dernière goutte, mais ils y consentaient. Pourquoi ? It's only love, autre titre à la con de John Lennon (qu'il n'aimait pas).

Mais "ça", c'était quoi ? A l'époque on était surtout frappé, et souvent excédé par le côté excessif et obsessionnel de l'engouement (passager, forcément passager) pour ces quatre petits cons délicieusement insolents. C'est ce qu'il y a dans le terme de "mania", et c'est ce que montre Ron Howard à travers le témoignage de Larry Kane, journaliste à la station de radio WFUN qui ne les appréciait pas spécialement, mais fut invité à les accompagner en tournée et finit par assister à une cinquantaine de concerts. Aujourd'hui, c'est le caractère sans précédent et quasi-miraculeux du phénomène que retient prioritairement le réalisateur : sans Internet, avec des moyens d'information primitifs, les fans s'arrangeaient pour savoir où et quand à travers toute la planète, et des conneries, des vraies, et séculaires, s'effaçaient sur leur passage. Whoopi Goldberg dit simplement : "Ce n'était pas des Blancs... c'était les Beatles." Et en écho, les Beatles, scandalisés par le système de ségrégation dans les salles aux USA, refusent de jouer à moins qu'il soit aboli et prévoient une clause d'intégration des spectateurs dans leurs contrats suivants.

It's only love, and that is all, why should I feel the way I do ? Les Beatles donnent et donnent, de l'amour, de l'excitation, de l'amour, des interviews, de l'amour, de la joie, et en retour les "maniaques" leur renvoient de l'excitation, de la joie, et de l'amour, de l'amour, de l'amour, et en retour les Beatles donnent et donnent et donnent. C'est ce que Ron Howard appelle "le cercle vertueux".

But it's so hard loving you. Tant qu'ils sont l'objet de cet amour sans mélange, les Beatles font bonne figure et ne laissent rien transparaître de leur lassitude de leur condition stakhanoviste, ni de la légère inquiétude qu'ils éprouvent à attirer des foules de 50 000 personnes qui hurlent si fort qu'ils ne s'entendent plus jouer. Mais la logique de l'amour fou est cruelle. Elle veut qu'on idéalise l'objet de sa passion au point qu'on ne supporte pas la moindre éraflure à l'image qu'on se fait de l'être aimé, et qu'on en vienne fatalement à brûler, littéralement, ce qu'on a adoré.

Je ne parle pas seulement du risible et terrible autodafé des disques des Beatles chez les rednecks fondamentalistes en 1966 pour une malheureuse phrase (et non une phrase malheureuse) de John Lennon, qui ne peut s'empêcher de s'exprimer, perdue dans une interview où elle n'a même pas fait un intertitre. Les mauvaises vibrations ont commencé avant. Sans qu'on sache trop pourquoi, la presse n'aime plus les Beatles et les accuse d'être désagréables. Paul répond, la voix hésitante et le visage grave : "On ne peut pas répondre gentiment à des questions agressives." John, de son côté, s'empêtre et s'enferre en essayant de s'excuser pour la connerie des autres.

Puis viennent les menaces de mort.

Alors les Beatles ne jouent plus, au sens propre comme au sens figuré. Etre stakhanoviste quand on n'est même plus considéré comme le meilleur ouvrier, c'est vraiment un deal trop pourri. C'est la fin de la "beatlemania". La fin de l'amour fou. Le divorce par consentement mutuel. Entre les fans et les Beatles, mais aussi entre les Beatles et les Beatles : ils en ont tellement marre d'eux-mêmes qu'ils se réincarneront sous le nom de Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, modeste fanfare de village et simples accompagnateurs du "seul et unique Billy Shears", peut-être un souvenir de Tony Sheridan et des jours de Hambourg. Tabula rasa. Et chef d'oeuvre.

L'amour fou mais le stakhanovisme ? Le chef d'oeuvre mais la fin de l'innocence ? Qu'est-ce qui est mieux ? A chacun sa réponse. Dans Eight days a week : The touring years, Ron Howard a du moins eu le grand mérite de réévaluer ce qui fut si sottement baptisé beatlemania, avec toute la lucidité que permet le recul, et toute l'empathie que permet l'intelligence du coeur.

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