Download in HD

Lupin III : La Brume de sang de Goemon Ishikawa

Moyen-métrage d'animation de Takeshi Koike 54 min 4 février 2017

Avec Daisuke Namikawa, Kan'ichi Kurita, Kiyoshi Kobayashi

Suite de Lupin the Third: Jigen's Gravestone centré sur le personnage de Goemon Ishikawa.

Etant un grand fan de cette licence si irrégulière qu'est Lupin, chaque nouveau film, téléfilm, animé est pour moi autant une attente difficilement contrôlable qu'une peur de la déception. D'autant plus que Lupin a eu le droit à un sacré lifting depuis l'animé Mine Fujiko To Iu Onna qui s'est poursuivi à travers le film Daisuke Jigen`s Gravestone et l'animé Avventura Italiana repoussant encore plus loin mes attentes artistiques vis-à-vis de la licence.

Koike, le réaliseur avait déjà travaillé sur les deux premières oeuvres citées et avait fait un travail magnifique. Travail qu'il a encore plus magnifié avec ce métrage qui disons-le est une franche réussite artistique. Il signe ici le film le plus beau de l'année à mes yeux et le plus intéressant. La première chose qui frappe dès le début du film, c'est sa beauté. Les graphismes sont superbes avec un effet crayonné juste sublime. Inutile de chercher un trait de travers, une mauvaise teinte de couleur, un élément mal dessiné. Tout est fait avec une maîtrise et une harmonie totale comme Koike a déjà su le faire sur d'autres productions.

Mais ce qui interpelle le plus quand on recherche plus loin et qui prouve le travail et l'amour du design de Koike: ce sont les véhicules. La "japanimation" souffre depuis un bon bout de temps d'un usage excessif de la 3D qui en plus de ruiner un savoir-faire d'animation bien spécifique, est globalement hideux tant soit elle est mal utilisée soit tout simplement moche. Ce sont les véhicules (mécha, voiture etc) qui en souffrent le plus malheureusement... Koike ne cède pas à cette bassesse technique. Il dessine et anime dignement les véhicules à la main comme il se doit, nous offrant un spectacle et une mise en avant de ceux-ci de toute splendeur. Plus que cela, il en fait presque des personnages à l'écran tant ils sont bien mis en avant dans les scènes, à l'écran qu'ils soient outils de l'action à travers des courses-poursuites jouissives (La licence étant maîtresse en la matière) ou bien simplement intégrés au décor. Avec un design tout en élégance, tout en beauté, ils crèvent l'écran.

L'animation quant à elle est comme prévue une grande réussite. Koike est un excellent animateur, il avait déjà prouvé bien avant et le reprouve encore. Les courses-poursuites sont un délice, les combats ultra-violents -les plus violents de la licence au passage-, sont d'une chorégraphie et d'une fluidité exemplaire. Chaque détail est autant un nouveau coup de pinceau de maître d'un tableau général qu'est l'animation du film. Magnifique et magnifié à l'extrême, la seule chose qui arrive à la gâcher ce sont deux trois scènes en 3D plus ou moins "discrètes" (une barrière qui s'ouvre par-ci, une explosion qui survient par-là) qui sont étonnamment correctes par rapport à ce qui se fait en général dans la "japanimation" actuellement, mais dénote complètement avec la direction artistique et font figure de gribouillage sur le tableau de maître. La composition sonore n'est pas en reste. Le doublage est parfaitement réussi, la musique se fond bien dans les scènes, les bruitages sont une réussite. La réalisation globalement de Koike est magnifique au signe d'une mise en scène pointue et resplendissante..

Cependant la grosse ombre au tableau reste l'écriture. Si avec cette licence, l'écriture est plus que secondaire et qu'il ne faut pas en attendre une parfaite maîtrise, le film laisse malgré tout trop sur la faim. J'ai un sentiment de vide, pas parce que le film est en très grande majorité constitué d'action, mais à cause d'un scénario qui laisse beaucoup trop d'ombre au tableau et qui se révèle sans but ou finalité, pour peu qu'on ne considère pas l'action comme tels... Si on accepte complètement sans aucun regret de faire avec le fait que le film nous balance de suite dans le feu de l'action, on peut regretter que justement derrière le background est incomplet. L'intrigue branlante est inintéressante de fait. Elle échoue à capter l'intérêt du spectateur et encore plus à aboutir à ne serait-ce que quelque chose de concret. On est face à un pur spectacle sanglant où l'action prime sur tout.

Heureusement que ce qui a rendu cette licence aussi plaisante et mythique, ses personnages, reste d'une grande qualité. Ici Goemon, notre chère samouraï coupant tant de chose inutilement comme il le dit si bien tout au long de ses péripéties animées, figure centrale, le personnage crève complètement l'écran et nous livre une prestation à la fois superbe et digne de lui. Prestation ponctuée par les apparitions de la troupe avec Lupin et Goemon qui sauront être au centre du récit sans en voler à la vedette. Je regrette quand même le rôle un trop mineur et artificiel de la sexy Fujiko qui au moins, ne finira pas inutilement nue à l'inverse du précédent film... Zenigata y offre ici aussi une grande prestation rentrant dans un aspect bien plus sérieux que comique. Mais si il y a une autre figure exceptionnelle dans le film à part Goemon, il s'agit bien évidemment de Hawk, l'antagoniste. Avec son style de combat brutal, sa relative quasi-invincibilité, vraie machine de guerre et bête de combat le personnage livre une prestation entièrement dédiée à l'action et quelle action ! L'antagoniste semble-t-il légèrement inspiré du Requin de James Bond livre ici une prestation ultra-plaisante et assurera non sans difficulté le divertissement.

Divertissement et artistique. Voilà à quoi se résume ce film. Et on pourrait aussi y ajouter violence et action tant ce sont deux éléments centraux du métrage.Voilà dans quelle optique il faut le voir, et s'y on regrettera un scénario au rabais, on oublie bien vite sur le moment pour se laisser subjuguer et emporter au coeur de ce bain sanglant. Ce n'est qu'à la fin, qu'on a ce goût amer regrettable et qu'on peut se dire "C'est tout ?".... Mais en tant qu'amoureux d'animation et fan de la licence, je ne peux qu'adorer une telle oeuvre d'autant plus que Koike y signe le film d'animation m'ayant le plus plu cette année. -Sous réserve du futur visionnage des deux films du studio Saru bien évidemment que je guette avec impatience.-

Oeuvre artistique de toute splendeur, classe et élégante à souhait, Koike et son style si particulier ont encore de bons jours devant eux. Et ce autant en tant qu'objet filmique de la licence, qu'en tant que témoignage artistique d'un savoir-faire et d'une maîtrise époustouflante dans une industrie malheureusement agonisante.

(7.5)

streaming film complet