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Ace Ventura, détective chiens et chats

Film de Tom Shadyac Comédie 1 h 26 min 4 février 1994

Le dauphin "Flocon de Neige", mascotte de l'équipe de football de Miami, a été enlevé. Il a disparu de son bassin à quelques jours de la finale du championnat. La propriétaire de l'équipe, Melissa Robinson, fait appel à un détective privé spécialisé dans les animaux : Ace Ventura.

(Avant-propos : si vous souhaitez avoir une critique du film en question, inutile de lire ce qui suit)

1994 a connu son lot d'événements : génocide au Rwanda, catastrophe aérienne en Russie, séisme meurtrier à Los Angeles, disparition de Kurt Cobain et d’Ayrton Senna ou encore massacre de l’Ordre du Temple solaire … ça n’a pas toujours été la joie aux infos de 20h. Mais de tout ça, on s’en cogne. Aucune importance. Une goutte d’eau dans l’océan des news. Car 1994, c’est l’explosion. La révélation. La naissance d’un phénomène. Le monde a accouché d’un acteur exceptionnel au génie comique (quasi) inégalable et inégalé. 3 films parus cette année-là (The mask, Dumb & Dumber et Ace Ventura, Pet Detective) ont coulé les fondations de la légende du grand, du seul, de l’unique Jim Carrey.

Et je profite de cette occasion qui m’est donnée, ou plutôt que je m’octroie, pour te dire, ami abonné ou sens critiquien en vadrouille, qui te retrouves ici un peu par hasard, à la faveur de likes distribués gracieusement par quelques-uns de tes éclaireurs (merci à eux), faisant ainsi apparaître ce doux texte dans ton live et qui, piqué par une curiosité qui n’a d’égale que l’admiration que tu éprouves devant mon titre si original et pertinent, erre au cœur d’une prose, qui, tu le verras très vite, n’a ni queue ni tête (je te promets, cette phrase a une fin), je te le dis donc comme je le pense, et attention, ça va ruer dans les brancards, parce qu’est arrivé le moment où plus personne ne peut me faire taire : j’en ai marre.

Oui j’en ai marre.

Marre que l’on vive à une époque où des bien-pensants ont la prétention de nous indiquer ce dont on peut rire ou non et provoquant, par la même, un schisme (tu le sens, mon gros dico que je viens d'acheter ?) dans la comédie, distribuant les bons points et les critiques aux comédiens, comme Jésus les pains.

Marre que le rire soit hiérarchisé. On juge digne d’intérêt l’humour intellectuel, raffiné, poétique, destiné, selon les critiques et les blaireaux, à une élite cultivée et de bon goût, et on dénigre comme il se doit l’humour que d'aucuns définissent comme gras, voire lourdingue, juste bon à dérider le beauf le plus aguerri. Ne viendrait-il pas à l’idée de certains qu’on peut rire, avec le même plaisir, devant RRRrrrr!!! qu’en écoutant les délires de François Rollin, ou se gargariser du savoureux one-man-show littéraire de Fabrice Lucchini ?

Mais surtout j’en ai marre qu’il faille attendre que les acteurs comiques sortent leur Tchao Pantin pour qu’enfin, on daigne leur reconnaître du talent. Il a fallu à Coluche un rôle dramatique, « sérieux » pour qu’on se rende compte, que, « mon dieu, c’est un véritable acteur ». Il a fallu à Poelvoorde interpréter un vétérinaire pas rassurant pour s'apercevoir qu’il y a de la qualité derrière Monsieur Manatane. Et il aura donc fallu The Truman Show et surtout Eternal Sunshine of the spotless mind pour que Jim Carrey soit reconnu pour ce qu’il est : un comédien hors pair. Alors quoi ? Tout ceci sous-entendrait que faire rire, c’est facile et à la portée du premier abruti venu ? Ou pire : que faire rire n’est pas digne d’intérêt et qu’on ne juge que sur le drame et la capacité à émouvoir et faire pleurer dans les chaumières (ou dans les cabanes, tout dépend où tu vis) ? Comme disait l’autre con qui n’a en commun avec les allemands que son amour pour les bretzels et les petits fours, « ça m’éneeeeerve ».

Attendre que Jim Carrey inonde les écrans de sa grandeur avec son interprétation remarquable d’Andy Kaufman, ce Man on the moon, pour percuter qu'il y a du génie chez ce gars ... comment est-ce possible ! A moins d'être dépourvu du moindre bon sens et en possession d'un détecteur de talent défectueux. Je ne vois que ça. Absurde, loufoque, parfois grotesque, surtout cartoonesque, le bon Jim fait partie de cette race d'artistes autour desquels un film est monté. Pas toujours (souvent) de grands films, mais ça fonctionne. Parce qu’ils font le taff et qu’ils le font bien.

Ace Ventura, Pet Detective, est de ces longs métrages construits sur la virtuosité de son interprète principal. Un scénario minimaliste, sorte d’hommage aux films noirs, des seconds rôles présents uniquement parce que ça n’est pas un muet et qu’il faut bien un minimum de dialogues, notamment la harceleuse sexuelle Sean Young (parole de Kevin Costner et d’Harrison Ford) et l’insipide Courtney Cox qui aurait mieux fait de rester avachie dans le canapé du Central Perk. Et Jim, donc. Le grand dégingandé, plus souple qu’une Nadia Comaneci auréolée d’or, enchaîne les situations insensées, les gags visuels, les répliques absurdes et les scènes parodiques débiles. Ace Ventura, c'est du Jim Carrey, par Jim Carrey, pour Jim Carrey et les fans de Jim Carrey. Pas de doute là-dessus.

Et moi j’aime Jim Carrey et j’aime ses comédies. J’ai vu Dumb & Dumber au bas mot une vingtaine de fois, je connais Menteur Menteur par coeur, Fous d’Irène, Bruce tout-puissant repassent régulièrement et j’ai même aimé Mr Popper et ses Pingouins. Et si ça fait de moi une beauf, je veux bien même être le porte-drapeau de cette communauté qui ne rougira jamais d’aimer le rire, qu'elle qu'en soit sa forme. Parce qu’il est peut-être Space, Jim, entre ses retraites spirituelles régulières, durant lesquelles il prie Buddha, Jésus, Yahve et tous ceux susceptibles de tendre l’oreille, et ses longs moments de solitude, enfermé dans son atelier à peindre des toiles de 5 x 4 m, si laides pour certaines, qu’on n’en voudrait même pas dans notre garage. Mais Jim, c'est l'bon gars :

Le but de ma vie a toujours été de libérer les gens de leurs préoccupations … J’ai appelé ma nouvelle dévotion « l’Eglise de la délivrance de l’inquiétude ».

En conclusion : Attention ! Qu'on ne vienne pas me faire dire ce que je n'ai pas dit. Je ne déplore pas qu'on n'aime pas l'humour Carrey. Les comédies estampillées Carrey, c'est particulier. Faut pas forcément en attendre grand chose et on a le droit de rester aussi froid qu'un banana split devant Yes man ! Si, si ! Mais lire pour la centième fois, ici ou ailleurs, en parcourant une critique de son interprétation de Joel Barish : "Jim Carrey prouve ENFIN qu'il est un grand acteur" me fait m'arracher les cheveux par poignée. Et je vous jure que le résultat n'est pas brillant. Ce qui entraîne une inévitable question : est-il possible de reconnaître du talent à un acteur lorsqu'il joue dans un film que l'on n'aime pas ? Peut-on avoir le recul suffisant et l'objectivité nécessaire pour apporter une réponse valable à cette question ? Non parce que je ne sais plus si je vous l’ai dit, mais ça m’énerve vraiment que … Oh et pis merde tiens ! Je vais me faire un coup de What is love. Y’a qu’ça pour me calmer !!

(PS : vous ne viendrez pas dire que je ne vous avais pas prévenus ...)

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