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L'Île au trésor

Documentaire de Guillaume Brac 1 h 37 min 4 juillet 2018

Un été sur une île de loisirs en région parisienne. Terrain d’aventures, de drague et de transgression pour les uns, lieu de refuge et d’évasion pour les autres. De sa plage payante à ses recoins cachés, l’exploration d’un royaume de l’enfance, en résonance avec les tumultes du monde.

L’île de loisirs de Cergy-Pontoise est le cadre choisi et le territoire exploré par Guillaume Brac pour ses deux nouveaux films. Une fiction, Contes de Juillet qui sort à la fin du mois, et donc l’île au trésor, un documentaire qu’il est revenu tourner juste après sur ce même lieu. Il y a, dans ce film lumineux, toutes les attentes que peuvent engendrer un tel titre. C’est un film Stevensonien, un film aventureux, un film d’aventurier, un film d’exploration. Il filme ce lieu fascinant non pas comme un boucanier trop ancré sur un terrain connu, mais comme un Peter Pan qui revient au Pays Imaginaire. Il y a l’île que l’on atteint en franchissant un petit pont, sa carte, sa lagune, ses plages, ses recoins ombragés et mystérieux, sa forêt, ses sirènes, ses pirates, ses indiens et ses enfants perdus. On y rencontre des gens de tout âge (enfants, ados, adultes) et de toute culture et couleur de peau. Ils se baladent, arpentent les sentiers, draguent, jouent, racontent, se remémorent, mangent, vivent, tous filmés avec une humanité et une sincérité touchante et souvent amusante. On passe d’un personnage à un autre, d’un récit à un autre, d’un bout de paysage à un autre. Cette île-monde filmée comme un petit paradis n’est toutefois jamais isolée du monde qui l’entoure. C’est un film profondément ancré dans le paysage sociétal français actuel, qui raconte aussi un peu la France d’aujourd’hui. Sa mixité culturelle, ses peurs, ses désirs, ses lois.

A travers tous ces fragments de vies et d’histoires, Guillaume Brac parle avant tout de deux choses. D’une part la façon dont l’homme, l’humain, s’approprie un territoire. Comment celui-ci investit un lieu pour en faire une partie de sa propre vie : ce que l’on y fait au moment présent, ce que l’on y a fait et qui s’est transformé en souvenir plus ou moins flottant, et ce que l’on pourrait y faire. Brac travaille l’espace et le temps. C’est l’idée même d’un territoire. Cette île de loisir n’est pas un lieu naturel, il n’existe plus en tant que tel. C’est un lieu recréé, aménagé par l’homme et remodelé au fil des années. Et comme chaque paysage, celui-ci a muté, et mute chaque seconde par des petites choses : les éléments « naturels » mais aussi la trace laissée chaque personne. Comme cette plage qui évolue, change de forme et de couleurs au fil de l’été. Brac parvient admirablement à transmettre cette idée de perception et d’appropriation. On y voit la fraicheur et l’insouciance de 2 gamins qui jouent, explorent, partent à l’aventure dans ce lieu où le moindre petit bâton transformé en épée de pirate est un trésor, où la moindre couleur stimule les sens. On y voit des adolescents qui continuent d’explorer ce territoire, d’y agir, tout en se remémorant, déjà, leurs souvenirs d’enfances. On y voit des retraités qui racontent leurs souvenirs avec nostalgie. On y voit des immigrés afghans qui cherchent dans ce paysage ce qu’ils ont dû abandonner malgré eux dans leur pays. « c’est un peu comme chez nous ». Dans ce lieu le trésor est différent pour chaque personne.

L’autre point qui relie tous ces récits, c’est la notion de règle et celle d’interdit. Il y a les briseurs de règles et ceux qui essayent de les faire respecter. L’idée du film se résume au souvenir d’un des ados du film : « dans la vie, quand on a envie de faire quelque chose, il faut le faire, même si c’est interdit, car c’est ça qui est stimulant, c’est ça qui fait que l’existence est intéressante, qui fait battre le cœur, que l’on vit ». L’aventure c’est ça, explorer un territoire inconnu et braver les interdits pour accéder à des fragments de plaisir ou de beauté. Une vie de pirate à la conquête de trésors. Alors on saute de là où l’on ne devrait pas, on escalade les grilles, on aborde des filles ou garçons inconnus, on se baigne dans des coins défendus, …. Enfreindre les règles imposées artificiellement par la société humaine pour ressentir cette fameuse adrénaline qui rend la vie moins balisée et monotone. C’est ce qui fait le sel du présent, construit les plus beaux souvenirs du passé et donne l’impulsion pour foncer vers l’avant. Le film se clôt sur une séquence sublime. Deux jeunes enfants, deux frères seuls dans le parc. Ils avancent sur les sentiers, puis à travers les broussailles, ils jouent avec ce qu’ils trouvent sur leur chemin, ils observent, écoutent. Is arpentent une colline, avec difficulté, tombent, se relèvent, retombent, s’aident, luttent, et arrivent tout en haut, pour admirer, tout autour d’eux, l’horizon magnifique d’un territoire immense à explorer et le paysage d’une vie entière à découvrir.

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