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La Tendre indifférence du monde

Film de Adilkhan Yerzhanov Drame 1 h 40 min 24 octobre 2018

Avec Dinara Baktybayeva, Kuandyk Dussenbaev, Teoman Khos

La belle Saltanat et son chevalier servant Kuandyk sont amis depuis l’enfance. Criblée de dettes, la famille de Saltanat l’envoie dans la grande ville où elle est promise à un riche mariage. Escortée par Kuandyk qui veille sur elle, Saltanat quitte son village pour l’inconnu. Les deux jeunes gens...

Le conte tragique de Yerzhanov est une œuvre hybride qui commence par une fleur et du sang.

En un seul plan, le cinéaste en dit énormément :

A partir de ce moment calme et brutale (ainsi que la scène suivante) le destin des deux protagonistes que l'on ne connaît pas encore est déjà scellé par ses visuels. Yerzhanov y présente son esthétique, alliance de plan fixe et de travelling imperceptible ou certaines couleurs ressortent comme le rouge de la violence et du sang, en écho avec la robe de Saltanat, l’héroïne du film. Les couleurs chaleureuses côtoient donc une vie brutalement malheureuse, pourtant le réalisateur choisit le parti pris de rajouter aux visuels éclatant une touche d'humour et de naïveté enfantine à ses personnages pour ne pas tomber dans un drame dépressif rappelant le cinéma de Kitano.

Le ton y est à la fois léger et dur permettant d'enrichir ses visuels en compositions picturales faisant référence à l'art de Van Gogh mais aussi avec des motifs récurrents (comme celui des fenêtres, des fleurs et évidemment des tableaux) créant un aspect assez irréel à l'ensemble. De plus, il n'y a pas de musique (à l’exception d'un moment clé du film et du générique de fin) ce qui l'ancre tout de même dans une certaine réalité décalée de la nôtre.

Parmi ses personnages ne créant qu'un arrière plan pour l'univers du film, il y en a un qui se démarque, c'est celui de Kuandyk. Il paraît au premier abord insouciant, attentionné et un peu niais mais dès sa déclaration d'amour si sincère, il va prendre de l'ampleur. Le personnage va devoir faire face à des choix difficiles qui vont le modifier et le rendre davantage intéressant que Saltanat, d’où le basculement vers son côté violent d'autant plus marquant.

Le rythme peut être légèrement décousu comme son intrigue assez convenu mais le film se veut comme un conte ou c'est la manière dont le metteur en scène montre et déroule le récit qui permet de contempler l'originalité de l'oeuvre.

En effet, le réalisateur kazakhstanais s'amuse avec la comédie burlesque et le drame tout en n'oubliant pas de faire un triste constat de son pays violent et avide d'argent ou le titre ainsi que les dernières répliques (Kyunduk : «C'était un mauvais plan» - Saltanat : «Mais c'était une belle journée») du film résonnent avec le message du réalisateur qui restera longtemps après être sortie de la salle.

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