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Un homme pressé

Film de Hervé Mimran Comédie dramatique 1 h 40 min 7 novembre 2018

Avec Leila Bekhti, Fabrice Luchini, Fatima Adoum

Alain est un homme d’affaires respecté et un orateur brillant. Il court après le temps. Dans sa vie, il n’y a aucune place pour les loisirs ou la famille. Un jour, il est victime d’un accident cérébral qui le stoppe dans sa course et entraîne chez lui de profonds troubles de la parole et de la...

(Bousculade et cafouillage de remarques diverses).

Quand tu découvres que tu n'es pas du "personnel essentiel":

alors que tu répétais: "Je me reposerai quand je serai mort." et que tu finis par vomir tout jaune devant l'Arc de Triomphe.

___Etonnant de voir ce film en pleine épidémie de covid-19 (grâce à la gratuité de Canal ). A un moment où le corps social a aussi fait une sorte d'AVC. Une halte forcée, occasion de ré évaluation des capacités et priorités. Comme notre société, le héros du film est d'ailleurs aussi sauvé par son employé le moins bien payé: son chauffeur. (Je connais surtout par exemple le sort d'une Université Anglaise où la plupart des étudiants, conférenciers et administratifs "travaillent" de chez eux depuis plusieurs jours pendant que les seuls encore à plus grand risque sont les serveuses, les gardiens et la maintenance, le personnel le moins bien payé).

___La bande originale me fait découvrir le chanteur Dooley Wilson. Car le malade en convalescence (en principe) à son domicile regarde souvent Casablanca où ce Dooley Wilson chante à Ingrid Bergman.

"You must remember this, a kiss is still a kiss, a sigh is just a sigh; the fundamental things apply, as time goes by..." ( La musique du piano frappé par Dooley Wilson étant en réalité joué par un Elliot Carpenter. Ce qui fait d'ailleurs un peu écho et nous ramène au personnage joué par Fabrice Luchini: un directeur dont la "musique" dépend aussi de collaborateurs en coulisses).

___Sa moquette est décorée de mini vagues d'Okusai.

Un film sur le langage dont j'ai justement aimé plus les dialogues que les mini histoires parallèles des personnages autour du héros. Des dialogues, hommage à Pierre Repp un acteur spécialiste des l'à-peu-près et bafouillages: ___A mon vieux baccalauréat, j'avais pris l'option dessin non dommageable si ratée mais apportant les points au dessus de 10 si réussie. Parmi les sujets j'ai choisi celui d'illustrer la citation:

"La terre est bleue comme une orange" (Paul Eluard) Citation que je découvrais à cette occasion et qui m'a pour longtemps marqué. Et enfin m'a fait me poser mes premières questions sur le langage auxquelles je n'avais pas pensées avant cette citation. Par exemple, qui a décidé qu'une orange est orange? Que le bleu s'appellerait bleu? Et désignerait l'eau, le ciel et la mer? Et elle, et le tout, me sont revenus dés les tout premiers dialogues de Fabrice Luchini sur son lit d'hôpital où il découvre ses défauts d'élocution de haut vol. Il mélange des mots. Et ça devient quasi magique. Fascinant. Pourquoi "Whisky" et pas "Skywhi"? ("Psychiatre" et pas "psychopathes"). "Genève" et pas "Geneviève" (qui irait d'ailleurs bien à la ville de Lyon)?.

Viennent aussi vite à l'esprit Raymond Devos et ma jeunesse à jouer au Boggle et ScrabbleScrabble, et à découvrir Pierre Desproges et ses définitions.

___Le héros décide de "faire Compostelle". Le rêve de sa fille (...avec celui de réussir à Sciences Po). Comme voir un citron, fait saliver, les scènes de randonnées de ce film font prendre des inspirations dans notre confinement.

"It's new time, make a change" susurre la bande originale (Cat Stevens?)

Tipping point de sa crise sanitaire et le saut au-dessus d'un requin du film: Le personnage ne s'écoute pas. Pourtant intelligent et diplômé, il se croit plus fort que les menaces sur son corps. Puis il a la chance d'avoir une, puis deux, premières alertes par chance non-létales mais qu'il ignore pourtant. Il ne prend pas les mesures pour protéger son corps et prévenir l'aggravation du mal. Jusqu'au tipping point, où toutes les alarmes de ses cellules sont au maximum. Encore habillé de son gilet de costume, Il vomit même tout jaune devant l'Arc de Triomphe. Là c'est l'AVC, mais la décision d'aller aux urgences vient de la base, de sa base, de son chauffeur. Le Chef lui n'avait pas vu venir le Tipping Point. (...et ça ne semble choquer personne, et certainement pas notre directeur, que ce chauffeur sera aussi viré sans que celui à qui il a sauvé la vie ne lui offre aucun emploi). ___Les fans et experts de la série The Simpsons ont en majorité repéré et décidé du moment où dans les 30 saisons la série a commencé à péricliter. Son tipping point serait quand Homer va sauter deux requins en ski nautique! Ici, le tipping point du film pour moi est quand le lecteur d'Homère, sauve un faon en le sortant de l'eau. C'était ça où la scène du serveur à Paris "sympas" avec lequel le directeur est sensé se lier d'amitié (même si sosie de Dave Chappelle, sa sympathie y est aussi très minoritaire). Une autre scène rédhibitoire pour moi est la scène trop irréaliste de Pôle Emploi (mais elle, on peut l'attribuer à sa maladie. Il y a peu de chances que ce genre de cadres supérieurs à réseaux déments se retrouve dans un bureau ANPE).

_*A demi-mot*, on comprend qu'il est veuf d'une femme qui a été en longue maladie pendant des années (avant que lui, le soit à son tour). On comprend aussi à demi-mots, comme ceux qu'il prononce, qu'il a dû (et pu) déléguer à des aides malades les soins...dont sa fille:

qui lui dit "C'est moi qui me suis occupée de maman toute seule". "Je me suis réfugié dans mon boulot." marmonne t il.

Antispécisme?: ___De la même manière que le film tente de nous rappeler que le temps passe vite, que tout peut s'arrêter dans une minute ou changer pour le pire dans une minute; qu'à la fin personne ne gagne, "qu'aucun billet n'a encore acheté du temps en plus". Le même film nous rappelle aussi d'où vient souvent ce qu'on mange et notre sort aussi car des animaux vivants défilent dans la cuisine du mini Carlos Goshn (poules et lapins) et on les retrouve dans les plan suivants, cuits et dans des assiettes

"(…) tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière" comme on dit. (J'ai récemment redécouvert le début de cette citation et je comprends que beaucoup l'oublient et notre période actuelle va peut-être nous le rappeler): "C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris". De ton visage, pas que de celui des autres. (A ne pas mal prendre, car) "la sucetabilité est un signe de faiblesse".

___Si j'ai bien sûr aimé Fabrice Luchini en dialogues au début (moins quand en marche à la fin), j'ai aussi apprécié de retrouver Igor Gotesman. Dans Edmond, il jouait un touchant Ragueneau (mon personnage préféré dans Cyrano). Son personnage qui s'occupe de malades, m'a pris par surprise quand il se met à parler à des objets inanimés…à dialoguer avec son skate et avec un homme invisible.

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