Download in HD

Annabelle : La Maison du mal

Film de Gary Dauberman Épouvante-Horreur et thriller 1 h 46 min 10 juillet 2019

Avec Mckenna Grace, Madison Iseman, Vera Farmiga

Déterminés à mettre Annabelle hors d’état de nuire, les démonologues Ed et Lorraine Warren enferment la poupée démoniaque dans leur pièce des souvenirs, en prenant soin de la placer derrière une vitre sacrée et de solliciter la bénédiction d’un prêtre. Mais Annabelle réveille les esprits...

Alors que les Warren (Patrick Wilson et Vera Farmiga) partent en week-end, leur fille Judy (Mckenna Grace) reste seule avec sa baby-sitter Mary Ellen (Madison Iseman) et son amie Daniela (Katie Sarife). Seulement, cette dernière est une incorrigible fouineuse, et c’est très logiquement qu’elle met les pieds dans la pièce interdite des Warren, salle où le couple entrepose tous les objets ayant servi à une possession démoniaque. Lorsque Daniela libère involontairement la poupée maléfique Annabelle, elle ne se doute pas qu’elle vient de lancer un appel à toutes les entités malfaisantes ayant un lien quelconque avec les objets de la pièce interdite… et de saboter tout son week-end entre amies.

Le problème des films d’horreur qui surviennent après l’ère James Wan, c’est qu’ils souffrent inévitablement de la comparaison. C’est particulièrement le cas des films de l’univers partagé Conjuring, brillamment ouvert par le réalisateur malaisien, et poursuivi de manière inégale par ses disciples. Si Annabelle premier du nom ne se démarquait que par son étonnante platitude, son préquelle Annabelle : la création du mal était une vraie réussite. Après les deux tentatives honorables mais assez vaines La Nonne et La Malédiction de la dame blanche, on pouvait craindre que le Conjuring-verse ne verse définitivement dans le côté obscur du cinéma populaire. La Malédiction de la dame blanche, particulièrement, révélait une incapacité totale de son réalisateur à se démarquer de l’influence de son modèle Wan. S’il s’est attiré une haine fort incompréhensible de la part d’une horde de cinéphiles en mal d’os à ronger là où l’indifférence aurait dû, seule, régner, il est encore plus étonnant que son successeur Annabelle : la maison du mal suscite une haine similaire de la part de gens se réclamant par ailleurs d’un amour sincère du cinéma d’horreur.

Pourtant, s’il est une qualité dont Gary Dauberman fait preuve pour sa première réalisation, c’est bien d’avoir su adopter exactement la démarche qui convient à un film d’épouvante post-Wan : puisque le degré suprême de la peur semble avoir été atteint, au lieu de simplement essayer de faire peur, il faut décaler l’angle de vue. C’est bien ce que Dauberman fait, en adoptant très clairement la position du pastiche. Ce faisant, il fait exactement ce qui manquait à La Malédiction de la dame blanche : il fait preuve d’un second degré salutaire en tous points, tout en se gardant avec intelligence d’un humour destructeur. Il semble bien difficile de faire comprendre cette notion de pastiche au spectateur contemporain, égaré dans un premier degré révélateur d’une grave carence intellectuelle. Royaume du second degré par excellence, le pastiche doit réussir à capter l’essence du modèle qu’il reprend, tout en s’en amusant, mais sans basculer dans la parodie en s’en moquant. L’essentiel est donc de trouver comment faire ce qui a toujours été fait par les modèles cités, tout en distordant juste assez les codes utilisés pour montrer qu’on est bien conscient de le faire. Et c’est précisément ce que fait Dauberman ici. On le verra donc avec jubilation s’amuser à faire passer la colorimétrie par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel comme dans le meilleur giallo (si tant est que ce ne soit pas un oxymore), à bien étirer ses scènes d’effroi encore plus que dans le pourtant liquéfiant cinéma de Wan, à introduire un loup-garou dans son histoire pour rappeler que l’horreur, c’est aussi les films de monstres à la Hammer, à multiplier les adolescents idiots parce que c’était la règle dans le cinéma des années 80… sans oublier de tout plonger dans le noir, de faire bouger les objets comme par magie, de glisser une télé possédée dans l’affaire (mention spéciale pour le caméo de l'authentique poupée Annabelle dans un jeu télévisé), de jouer avec les ombres et les reflets, parce que c'est comme ça que l'horreur a toujours fonctionné, et qu'on est justement en train de rendre hommage à 50 ans d'horreur, sinon 100... Ce qui n’en rend que plus ironique la réception au premier degré par des spectateurs incultes, reprochant au film sa manie d’en faire trop. En faire trop, c’est précisément le but que cherche à atteindre Gary Dauberman ici. On a connu des critiques plus constructives que de reprocher à un créateur d’avoir réussi à atteindre son but…

Quoiqu’il en soit, cela ne signifie malheureusement pas qu’Annabelle : La Maison du mal soit dénué de tous défauts. Le principal est sans nul doute d’attendre une heure avant de véritablement passer à l’attaque, là où une demi-heure aurait suffi à construire la même masse narrative. Pour autant, quand le récit décide de se lancer dans l’horreur, il le fait brillamment, en nous offrant une succession de scènes qui ont tout pour devenir cultes, tant leur maîtrise de l’angoisse est excellente… De plus, là où beaucoup de spectateurs reprochent au film d’éjecter les Warren du scénario, on pourra reprocher au film de les y avoir introduits, n’étant pas dans Conjuring, cette présence ayant de forts airs de décision purement commerciale. Enfin, l’exercice de style rencontre parfois ses limites dans cet aspect parfois trop patchwork, qui enchaîne les scènes d’épouvante avec un certain manque de cohérence narrative.

Malgré tout, il faudrait vraiment être de mauvaise humeur pour bouder ce film-somme, sorte de manifeste du film d’horreur contemporain qui, sans atteindre nullement la perfection, se contente d’atteindre son but avec modestie, et sans jamais se prendre trop au sérieux. Finalement, c’est tout ce qu’on lui demandait.

streaming film complet