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Wine Calling

Documentaire de Bruno Sauvard 1 h 30 min 17 octobre 2018

Avec Laurence Manya Krief, Olivier Cros, Sylvain Respaut

Depuis une dizaine d’années, le monde du vin est en pleine effervescence, bousculé par une contre-culture comme le rock a pu l’être par le punk en son temps. Un peu partout en France et plus particulièrement en Occitanie, de joyeux rebelles ont investi nos terroirs pour inventer le vin qu’ils...

Installé à Narbonne depuis plus d’une dizaine d’années, Bruno Sauvard a tôt eu envie de porter à l’écran la personnalité riche et généreuse des amis vignerons qui l’entouraient. Ayant d’abord songé à élaborer une fiction, c’est finalement, avec la complicité de son producteur, Nicolas Manuel, le projet d’un documentaire qui l’a emporté.

Il en résulte un film gouleyant, baigné de soleil, et porté par l’ardeur de quelques vignerons qui ont osé se lancer dans la culture de ce que l’on nomme, sans qu’il soit encore question de label déposé, le « vin nature » : un vin plus naturel encore que les vins biologiques ou bio-dynamiques, et ne s’autorisant aucun additif. Bruno Sauvard resserre son scénario autour des témoignages ou de la pratique de ces nouveaux viticulteurs d’Occitanie, entre lesquels le montage navigue constamment, sur une modalité très conviviale.

Se succèdent et reviennent ainsi constamment à l’écran Laurence Manya Krief, du Domaine Yoyo, à Banyuls ; Jean-François Nicq, du domaine Les Foulards Rouges, à Montesquieu des Albères ; Stéphane Morin, du Domaine Léonine, à Saint André des Albères ; Loïc Roure, du Domaine du Possible, à Lansac ; Olivier Cros et Sylvain Respaut, de La Cave Apicole, à Montner ; Céline et Michaël Georget, du domaine Le Temps Retrouvé, à Laroque des Albères ; Jean-Sébastien Gioan, du Domaine Potron Minet, à Trouillas... Et quelques autres, moins adoptés, quelques critiques en œnologie...

Tantôt filmés sur le mode d’une conversation, tantôt en voix off, alors que l’image les montre à l’ouvrage, dans leurs vignes ou leurs caves, ces propriétaires-récoltants évoquent le plaisir que leur procure ce métier, mais aussi leurs doutes (« Toujours douter ! », s’accordent-ils à prescrire...), leurs tâtonnements, leurs modestie devant le résultat obtenu, mais aussi certaines méthodes, leur fierté... Tous sont amis et se connaissaient avant de se voir réunis dans ce documentaire, tous pratiquaient déjà une entraide naturelle et un partage des outils de travail. « Si un voisin est à terre, on le relève », déclare l’un d’eux... On a le sentiment que ces hommes et ces femmes ont réussi à transporter en amont, dès la culture du raisin et l’élaboration du vin, la convivialité naturelle et heureuse qui préside généralement à son partage. Une belle prouesse sociétale, qui est pour eux un autre motif de contentement et de fierté, surtout dans le monde actuel...

Au fur et à mesure de la progression du documentaire, la parole est de plus en plus présente, mais elle cède volontiers la place à la musique. Une musique énergique, tonique, allant du blues au rock, en passant par le reggae ou le punk, et qui libère un élan communicatif, ancrant résolument ces nouvelles pratiques viticoles dans un monde moderne, voire dans l’avenir...

Un documentaire si entraînant qu’il en vient à provoquer une frustration, heureusement bien passagère. Il est vrai que le cinéma régale déjà deux de nos cinq sens : la vue et l’ouïe. On sait qu’ont existé des expériences de cinéma olfactif. Et l’on se prend à regretter que le cinéma gustatif n’ait pas encore vu le jour, et qu’aucune paille secourable ne monte jusqu’à notre gosier pour y déverser quelques gouttes des sympathiques breuvages qui s’amusent à venir agacer nos yeux... Qu’importe ! Cette satisfaction pourra venir, en différé, et ces propos passionnants nous auront déjà inspiré une nouvelle façon d’honorer Bacchus...

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