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Welcome to Sodom

Documentaire de Christian Krönes et Florian Weigensamer 1 h 30 min 2 août 2018

Avec Mohammed Abubakar, Awal Mohammed et Kwasi Yefter

Des centaines de milliers de téléphones portables, téléviseurs LCD, ordinateurs portables et autres deviennent inutiles et "out" relativement rapidement et se retrouvent au Ghana où des enfants et des adolescents les démontent dans une fumée toxique. Une entreprise "clean" pour certains, une...

"We are the best recyclers. [...] For them it is just waste, but I can still squeeze some money out of it. [...] One day they will send it back to us."

Sodome, c'est le surnom donné à une immense décharge de matériel informatique située dans la banlieue d'Accra, la capitale du Ghana. L'endroit est présenté comme l'un des plus toxiques sur Terre, où 6 000 personnes travaillent à trier, désosser, brûler, fondre et revendre 250 000 tonnes de déchets par an. Ordinateurs, téléphones, écrans et câbles (en ce qui concerne la section métallique) issus du monde occidental sont amassés dans ce petit coin d'Afrique, une ancienne savane bordée de marécages, pour former un horizon apocalyptique de métaux et de fumées, de plastiques et de brasiers. Bien que les réalisateurs autrichiens se gardent bien de décrire une ambiance de fin du monde, notamment en dessinant des portraits gonflés d'espoir entre démonstration de danse et rêves européens, Welcome to Sodom trouve une étrange résonance avec Leçons de ténèbres de Werner Herzog, qui s'en était allé capter une autre forme d'apocalypse en Irak au lendemain de la Première Guerre du Golfe. Pas de poésie du chaos ici, mais les colonnes de fumée alliées à des paysages irréels, noircis et mouvants, y confèrent la même dimension hallucinée. Et dans la lignée des thématiques herzogiennes, on a bien conscience du fait que le documentaire joue à la frontière entre réalité et fiction, avec quelques éléments de mise en scène par-ci et quelques assertions définitives par-là — on peut raisonnablement douter du fait qu'il s'agisse de la plus grande décharge du monde où finira de manière certaine le dernier appareil électronique que l'on a acheté. La transformation du réel pour créer une forme de vérité plus profonde : soit, selon les termes de Herzog, "fantasy not for creating a fraud, but exactly the contrary, to create a deeper form of truth, which is not fact-related. Facts hardly ever give you any truth." L'impression est là : tout ce métal fondu, expurgé de ses matières plastiques par le feu, revendu à des taux fixés par le commerce international, finira probablement dans de nouveaux appareils électroniques, amorçant un nouveau cycle avec pour point de chute potentiel une décharge dans un autre pays du tiers monde.

"I burn everything, cables, monitors, computers. I will burn it and make fresh copper. The fire is a monster, I know how to tame it. It can hurt you, it can get inside your body and make you sick. That is why I smoke ganja, it makes my body strong. I don't feel the heat."

Effectivement, la monstruosité du lieu transpire de tous ses pores, et le feu en est un des meilleurs représentants. C'est par le feu que tous les morceaux de fer, de zinc ou de cuivre sont purifiés, laissant s'échapper d'impressionnantes volutes de fumées noires qui envahissent l'atmosphère. Des métiers disparaissent quand d'autres se créent : armés de longs tisons de bois ou de fer, ces néo-ferronniers ont appris à manipuler les amas de câbles formant des virevoltants métalliques et travailler cette nouvelle matière. Ils la chauffent, la façonnent, la refroidissent, et la revendent à d'autres qui en feront par exemple des chaudrons. Au détour de certaines zones instables où le sol forme un magma ondulant de matières calcinées au-dessus d'un marécage, on imagine très facilement la terre engloutir les hommes, aux sens propre et figuré : "This whole place is built on water. [...] Sometimes the ground moves under your feet when you walk, it happens that people sink into the ground and disappear." L'image de ces sables mouvants, comme beaucoup d'autres détails du tableau, est aussi hypnotisante qu'effrayante.

"People go to Libya and are killed by criminals who take their food and their money. [...] Some drown in the sea, [...] but I will go because in this Africa there is nothing."

La population qui habite et travaille dans cette décharge semble très diversifiée, entre ceux qui sont condamnés à y errer de peur de ne pas survivre à un hypothétique exode et ceux qui y ont trouvé une forme de refuge. C'est un véritable microcosme bien structuré en apparence, avec tous ses commerces (eau et nourriture) qui circonscrivent l'activité de recyclage et de nombreux loisirs comme le foot, le golf, la musique et la danse — ces deux derniers points semblant former une caractéristique importante du lieu, d'après le fragment auquel on a accès. On a un peu de mal à le croire, mais ces conditions désastreuses d'existence peuvent constituer un abri pour certains, comme témoignera un ancien étudiant juif talentueux : "I went to university, medical school, I was top of my class. I was doing very well but eventually when the authorities found out that I was gay, my life changed from one moment to the other. [..] They say they will cut the head of homosexuals. They torture us. [...] This is why I'm hiding here." Dans ce miroir inversé des centres commerciaux occidentaux, on croise un jeune homme en attente de son passeport dans l'espoir de voyager en Europe, une jeune fille qui rêve de devenir astronaute pour contempler la Terre depuis l'espace, ou encore une veuve de 44 ans (mais qui en paraît 20 de plus) qui travaille durement pour élever son enfant. Certes, "mosquitoes are biting us every second, we have cholera, malaria, and people are shitting everywhere", mais l'espoir surgit des endroits les plus désolés, sous quelque forme que ce soit : "here it is all about money, you can say it is paradise for businessman." Et puis on croise un enfant qui raconte une croyance selon laquelle l'humanité n'aurait pas respecté son environnement, causant la colère des dieux. Mais la nature, comme le dit Herzog, est monumentalement indifférente à notre condition. "The universe couldn’t care less about us."

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