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McQueen

Documentaire de Ian Bonhôte et Peter Ettedgui Biopic 1 h 51 min 13 mars 2019

Avec Bernard Arnault, Joseph Bennett, Detmar Blow

McQUEEN est un regard personnel sur la vie, la carrière et le talent hors du commun de l’enfant terrible de la mode, Alexander McQueen. Une icône d’ascendance modeste qui a brillé comme une étoile filante… Mêlant témoignages exclusifs de sa famille et de ses proches, archives inédites, images et...

Son format classique et son ton hagiographique ni changeront rien, le documentaire de Ian Bonhôte et Peter Ettedgui fascine car son sujet est fascinant : Lee Alexander McQueen était un vrai « personnage », excessif, théâtral et iconoclaste, dont l’aura se déploya au-delà du simple cadre de la haute couture. Mais surtout, c'était un homme avant d'être un designer, exprimant ses désirs ou craintes à travers ses défilés, tentant de combler ses béances par sa créativité. C'est une donnée que le documentaire a parfaitement saisie, comme nous l'indique ce générique associant symboliquement la mort et l'art, la création et la destruction.

Structuré autour de cinq « tapes », évoquant des moments où les bouleversements du monde de la mode se confondent avec ceux de sa vie personnelle, McQueen déroule avec une extrême fluidité son fil narratif, brodant les pourtours d’une personnalité avant tout passionnée. Tandis que la première partie nous expose une créativité brute et sans doute mal canalisée, la seconde se pare de finesse et de contraste, nous laissant voir sa nature profonde et complexe. Une complexité que la forme du documentaire exprime à merveille, en mêlant astucieusement images d’archives et entretiens intimistes.

« Je veux transmettre de l’émotion. Sinon, mon travail ne sert à rien ». Tout le mérite d’Ettedgui et Bonhôte sera justement de nous faire percevoir l’émotion derrière la matière, l’intime à travers le travail artistique. Ainsi, passer en revue ses défilés, dont les titres sont pour le moins significatifs (Jack l’éventreur, Le viol de l'Écosse…), cela revient à évoquer en creux sa personnalité tourmentée : les mannequins peuvent défiler avec des cornes de bélier ou des dentelles ensanglantées, traverser un décor en feu ou un asile psychiatrique, devenir hologrammes ou objets inertes que des robots vont repeindre… à chaque fois l’élégance et la poésie côtoient la grossièreté et le grotesque, à chaque fois les représentations du désir de vie rencontrent celles de la mort.

La grande force du documentaire sera ainsi de mettre en évidence le paradoxe sur lequel Lee Alexander McQueen a échafaudé toute son existence : il est tour à tour prolo et grand artiste, révolutionnaire et traditionaliste, créateur servant la mode et marabout tentant d’exorciser ses propres démons. Un paradoxe que certaines séquences vont remarquablement creuser, comme celle où notre homme est embauché par la maison Givenchy : dans ce cadre où il détonne, sa créativité étonne fortement. Comme s’il puisait son énergie dans la confrontation, comme si l’artiste ne pouvait exister dans l’apaisement.

Bien sûr, les motifs de reproche existent, et on peut être déçu par un documentaire qui demeure, somme toute, assez convenu. Les cinéastes ont fait leurs gammes dans le monde de la publicité, et cela se ressent à l’écran avec ce recours aux images clipesques, à la musique insistante (Michaël Nyman est convoqué pratiquement à chaque séquence), et à un ton particulièrement laudatif. Malgré tout, McQueen mérite le coup d’œil pour les personnalités croisées (Lee, Isabelle Blow…), pour la représentation qui nous est faite de l’homme à travers son art.

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