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L'Angle mort

Film de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic Drame et fantastique 1 h 44 min 16 octobre 2019

Avec Jean-Christophe Folly, Isabelle Carré, Golshifteh Farahani

Dominick Brassan a le pouvoir de se rendre invisible mais ne s’en sert pas beaucoup. Il a fait de ce don un secret honteux qu’il dissimule même à sa fiancée, Viveka. Mais vient un jour où le pouvoir se détraque et échappe à son contrôle, ce qui bouleversera sa vie, ses amitiés et ses amours.

Troisième film du duo Pierre Trividic et Patrick-Mario Bernard, L’Angle Mort fait partie de ces propositions inattendues dont le cinéma français a toujours besoin. Avec peu de moyens et beaucoup d’originalité, il relit le mythe de l’homme invisible à travers le parcours de Dominick, un employé d’une boutique de guitares qui possède ce don depuis l’enfance. Un pouvoir d’invisibilité que beaucoup chériraient, mais dont il se sert peu, à part pour épier les autres. Avec l’âge, il le fait d’ailleurs de moins en moins. À quoi bon être invisible si notre présence passe déjà inaperçue aux yeux de tous ?

Dans un univers citadin taciturne sans être sinistre, le film laisse s’immiscer peu à peu le fantastique dans le réel. Des événements étranges surviennent – une vague de suicides dans le métro, précédées de réactions inexpliquées – tout en étant dépouillés de tout effet. L’anormal devient palpable dans la cadre d’un quotidien banal. La transformation du personnage s’opère à l’image de cette sobriété : pour être invisible, il doit se dénuder et respirer très fort. Souffler, vite, de plus en plus vite, pour que son reflet n’apparaisse plus dans le miroir. C’est une belle idée que celle d’avoir d’imaginé que l’accélération du rythme de vie soit le moyen de disparaître aux yeux des autres.

Le film raconte avec style et sensualité ce qui fait l’angle mort des relations humaines. S’il est à priori question d’un pouvoir, le don de Dominick est plutôt un handicap. Devenir invisible, c’est exercer un retour sur soi d’une abyssale profondeur existentielle, et prendre le risque de se détacher du réel. Le thème de l’invisibilité permet ainsi aux réalisateurs de jouer, parcimonieusement, avec l’idée de regard, d’une façon métaphorique ou très concrète. Il ramène le héros, vendeur d’origine africaine habitant en banlieue, à la place qu’il occupe dans la société, où il n’est qu’un homme parmi tant d’autres. Elle se révèle aussi dans la relation en demi-teinte qu’il entretient avec Viveka (Isabelle Carré), et gagne en pureté lors de sa rencontre avec une jeune aveugle (Golshifteh Farahani). On croyait que le titre était programmatique, mais l’ordre du visible se voit bouleversé par cette femme. La phrase « je te vois », souvent répétée, devient alors le symbole d’une promesse hautement romantique.

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