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So bad it's good

Documentaire de Jean-Marie Nizan et Stéphane Bergouhnioux 55 min

Des milliers de spectateurs à travers le monde se regroupent en communautés, se réunissent et partagent leur passion pour les «nanars» et autres séries «Z». Des interviews documentées et de nombreux extraits de films expliquent ce drôle de culte.

J’étais suspicieux quant à ce documentaire de Canal , simplement décrédibilisé par sa programmation durant une "Nuit du nanar culte" où il était accompagné de… Showgirls et The disaster artist. Bien qu’étant adepte de nanars et de cinéma bis, je n’aurais probablement pas regardé si on ne m’avait pas filé ce film sans que je n’aie rien demandé.

Et donc "So bad it’s good", c’est mal structuré, mal filmé (les gros plans durant les interviews ont une zone de netteté très faible, du coup la moitié du visage est flou), l’habillage graphique est moche (c’est sûrement kitsch volontairement pour coller au sujet, mais c’est moche tout de même et parfois illisible), et éventuellement mal monté, dans le choix d’extraits randoms et pas du tout évocateurs. Je ne comprends pas à qui s’adresse ce documentaire : si c’est aux nanarophiles, on n’apprend pratiquement rien, si c’est aux néophytes, ce film explique très mal ce que sont les nanars. On y passe du coq à l’âne, les différents sujets sont mal abordés, par exemple on parle pendant 5mn de The room avant d’enfin expliquer ce que c’est que ce film. Des propos qui ne servent à rien ont été gardés au montage, genre Apatow qui explique pourquoi il joue dans The disaster artist, probablement simplement histoire de faire un peu plus la promo du film programmé après, dont on dit ici que James Franco y incarne un Tommy Wiseau touchant (non).

J’ai pas réussi à déterminer si les réalisateurs du documentaire ne savaient pas de quoi ils parlaient, ou s’ils le faisaient juste très mal. "So bad it’s good" débute plus ou moins avec The room, pour ne passer qu’ensuite à Ed Wood, et continuer avec des allers-retours hasardeux entre le passé et le présent ; à un moment on décide de raconter l’explosion des séries B avec le succès des drive-in, je pensais qu’on aurait enfin quelques explications, et soudain ça fait un lien forcé avec The Asylum pour passer à autre chose. La voix-off mélange aussi sans soucis la série B et le nanar, elle dit dans la même phrase que Roger Corman est le roi du nanar et qu’il a reçu un Oscar d’honneur ; certains spectateurs n’ont rien dû comprendre. Et en faisant comme si tout le cinéma bis était du nanar, le docu fait preuve de condescendance envers des films sympas, parlant de Troma et "ses super-héros tous pourris". C’est sans compter sur un intervenant hautement antipathique, l’air complètement aigri dès sa première apparition, qui parle de "films de merde", et qualifie le punk de "musique dégueulasse" (Stéphane Xiberras, président d’une agence de pub, de quoi se questionner aussi sur la pertinence des intervenants). Certains propos erronés des intervenants ont été conservés, notamment quand le réalisateur de Sharknado dit que c’est "the first communal movie-going experience", propos exacerbé par les sous-titres qui traduisent "la première expérience cinématographique partagée". N’importe quoi.

Le documentaire ne se concentre que sur quelques films, et je trouve leur choix mauvais. Showgirls est abordé par la voix-off avec une question bien à côté de la plaque : "Showgirls est-il un nanar volontaire ?" ; je crois que ni les détracteurs du film ni ses défenseurs ne se la posent. Ca me gonfle déjà rien que d’évoquer l’idée que l’œuvre de Verhoeven soit un nanar, parce qu’il n’y a que les Américains qui s’y raccrochent encore parce qu’ils n’ont pas de recul par rapport au film. Et évidemment ici on donne la parole au créateur des Razzie awards, qui qualifie Showgirls de "masterful piece of shit". Heureusement qu’il y a deux français pour défendre le film correctement, Jean-François Rauger et Xavier Giannoli (réalisateur de "Quand j’étais chanteur", pareil, on se demande ce qu’il fout là quand même). Le programmateur de la Cinémathèque argumente bien, rapprochant la mauvaise réception de Showgirls à celle de Starship troopers, qu’on prenait à tort pour un film fasciste. Et le ricain, il n’a rien de mieux à dire que de discréditer bêtement le public français en disant qu’on aime Jerry Lewis.

Ce documentaire aura eu pour seuls point positifs de m’avoir fait découvrir Emile Couzinet, et de m’avoir fait sourire en voyant des vidéos de la dernière nuit Nanarland et en écoutant quelques propos de passionnés… mais mêlés à d’autres qui m’ont de nouveau renfrogné. (et quand j’ai cru que ça ne pouvait être pire, Winding Refn apparaît dans les dernières minutes, et c’est à lui qu’on donne le dernier mot…)

Tout ce que Nanarland avait superbement fait avec sa web-émission Nanaroscope, qui était génial aussi bien pour les adeptes de nanars que pour ceux qui découvraient cet univers, "So bad it’s good" le rate. En fait, ce documentaire est à Nanaroscope ce que Les guerriers du Bronx est à Mad Max.

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