Download in HD

Une femme disparaît

Film de Alfred Hitchcock Thriller 1 h 36 min 1 novembre 1938

Une avalanche force un groupe de voyageurs à passer la nuit dans un petit hôtel. Parmi eux Iris, une jeune femme qui doit prochainement se marier.

À force de ne voir en lui que le maître du suspense, on en oublierait presque la légèreté et l'humour "so british" qui parcourent allègrement son œuvre, notamment durant ses premières années . Ainsi des films comme Rich and Strange, The 39 Steps ou encore Mr and Mrs. Smith, viennent témoigner de cette veine caustique ou ludique qui a contribué à faire d'Alfred Hitchcock un cinéaste populaire. Seulement, ne nous méprenons pas : si dans The Lady Vanishes l'humour prédomine, celui-ci n'est jamais gratuit et sert à mettre en évidence une réalité beaucoup plus sombre qui se trame alors au cœur de la vieille Europe. D'ailleurs, si l'intrigue quitte la terre britannique pour prendre la direction de l'est, dans un pays fictif qui plus est, ce n'est pas un hasard car c'est là où sommeil un danger que personne ne semble remarquer. Un peu comme dans ce train, où l'héroïne sera la seule à tirer la sonnette d'alarme lorsqu'une femme subit le sort qui sera bientôt réservé à la paix, à savoir disparaître.

Avant de s'exiler au pays de l'oncle Sam, et de donner une nouvelle dimension à son cinéma, Hitchcock fait de The Lady Vanishes le film somme de sa période Britannique. L'intrigue ou les personnages ne font pas partie des priorités, comme la vraisemblance d'ailleurs, toute l'attention étant mise sur le dynamisme, le rythme et l'efficacité, que ce soit en matière d'humour ou de suspense. Dès l'entame, le ton est donné et le réalisme est immédiatement mis à mal avec cette contrée étrange, répondant au doux nom de Bandrika, ou avec ces artifices à peine dissimulés (maquette de train notamment). Le mouvement, quant à lui, est beaucoup parlant que ce soit pour délivrer de l'humour (dans l'hôtel, les Anglais tournent en rond et se transforment en caricature risible), du suspense (Miss Froy s'enfuit dans la forêt et disparaît dans le paysage) ou pour se doter d'une dimension éminemment symbolique : comme le trajet effectué par ce train, qui part d'un état de quiétude pour arriver à un état de siège !

Mais avant que les armes ne sortent, c'est l'ironie qui fuse et les sujets de sa gracieuse majesté en sont les premières victimes. Le début du film, qui voit un groupe de voyageur coincé dans un hôtel perdu en pays inconnu, est l'occasion pour Hitchcock de croquer l'état d'une Europe où la confusion et la cacophonie règnent en maîtres : la vie de l'hôtel est perturbée, les cuisines se vident, les chambres sont surchargées, on se perd, on se disperse, on se parle sans se comprendre et, au milieu de ce fatras généralisé, lorsque l'on porte enfin son attention sur quelque chose, c'est le futile que l'on remarque (le chant de la sérénade) mais pas le drame qui se joue (l'assassinat).

Si le cosmopolitisme est tourné en ridicule, les Anglais, quant à eux, sont désignés comme des mal-voyants pathologiques. Ils sont représentés, tour à tour, comme étant hautains, incrédules et surtout indifférents à l'égard de ces "étranges étrangers". La caricature est un peu forcée mais elle demeure efficace, comme avec ces deux snobinards, délicieusement interprétés par Basil Radford et Naunton Wayne, qui sont tellement préoccupés par un match de cricket qu'ils ne remarquent pas cette fameuse disparition.

On s'amuse forcément de cette anglicité qui tourne au grotesque mais le rire est jaune car le malaise gagne rapidement l'écran. Avec l'évaporation de Miss Froy, c'est la paranoïa qui s'installe et Hitchcock se fait un malin plaisir de multiplier les fausses pistes et les faux-semblants. À l'instar des diplomates, fervent adeptes du double discours, les passagers du train vont soit mentir pour protéger leurs petits intérêts (le couple adultérin) ou se taire pour les mêmes raisons (comme nos fans de cricket). La vérité ne semble intéresser qu'Iris, la "clairvoyante", qui aura bien du mal à retrouver une femme dont l'existence semble être niée par tous. Le jeu de piste auquel se livre la jeune femme est d'autant plus palpitant que les rebondissements sont nombreux et le duo qu'elle forme avec Michael Redgrave est des plus savoureux.

Mais le plus clairvoyant dans l'histoire semble être Hitchcock lui-même qui, juste avant les accords de Munich, dresse un portrait pour le moins éloquent de la situation internationale : les Anglais, à l'instar de Chamberlain, ne veulent pas voir, la léthargie est omniprésente et le danger s'annonce. La métaphore est remarquablement explicite : le MacGuffin, une chanson codée traduisant un pacte entre deux pays Européens, en circulant de l'Italien Doppo au germanique Hartz évoque clairement le rapprochement Rome-Berlin. Malin, le cinéaste rend l'ombre de la guerre de plus en plus présente à l'écran, disséminant çà et là salut nazi, clairon militaire et personnages aux allures inquiétantes, rendant ainsi l'atmosphère progressivement anxiogène.

Moins intense et plus légère que les principales œuvres du maître, The Lady Vanishes demeure une belle réussite qui a notamment le mérite de faire la part belle aux femmes : Iris et Miss Froy sont les seules à défendre la vérité dans un univers d'homme au bord du chaos.

streaming film complet