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Eurovision Song Contest: The Story of Fire Saga

Film de David Dobkin Comédie et musique 2 h 03 min 26 juin 2020

Avec Will Ferrell, Rachel McAdams, Dan Stevens

Lars Erickssong et Sigrit Ericksdottir, deux chanteurs islandais, se retrouvent avec l'immense chance et pression de représenter leur pays au concours de l'Eurovision.

Tout l'amour que l'on peut avoir pour les pitreries génialement débiles de Will Ferrell ne saurait masquer le fait que, sans son réalisateur fétiche Adam McKay, l'acteur a clairement perdu de sa superbe en enchaînant un lot de comédies très mineures ces dernières années (même ses retrouvailles avec son compère John C. Reilly dans "Holmes & Watson" ont donné l'impression d'un rendez-vous manqué). Alors, quand d'un peu nulle part, Netflix a sorti le teaser/clip parfaitement hilarant de "Volcano Man" où le géant comique américain, habillé en dieu nordique, chantait en duo avec la pétillante Rachel McAdams au milieu des fjords islandais, autant dire que "Eurovision Song Contest : The Story of Fire Saga" est passé illico dans le top des attentes de bonne comédie US avec la promesse d'un potentiel retour au firmament de Will Ferrell dans ce qu'il sait faire le mieux ! Tous les astres étaient alignés : le kitsch de l'Eurovision comme cadre, le format interchangeable de compétition qui a donné les greatest hits de Ferrell, une comparse idéale à l'écran avec une Rachel McAdams qui semble désormais s'éclater dans le registre de la comédie pure (elle était excellente dans "Game Night" dernièrement), le réalisateur de "Serial Noceurs" à la barre (personne n'a oublié l'apparition tonitruante de Ferrell en accro des funérailles dans ce film !) et, surtout, fait devenu rare, Will Ferrell lui-même crédité comme coscénariste de l'entreprise ! Bref, on y croyait dur comme fer... Peut-être un peu trop car, si "Eurovision Song Contest..." va être un joli plaisir coupable nostalgique pour tous les amateurs de Ferrell et sans doute sa meilleure comédie depuis un bon moment, il va aussi démontrer que les ficelles de ses plus grands films sont aujourd'hui un peu usées...

C'est probablement là que le bât blesse le plus, le film de David Dobkin tente tellement de s'appliquer à ressusciter point par point le schéma scénaristique des meilleurs Ferrell d'autrefois qu'il en devient de fait un fac-similé ne pouvant renouer avec le vent de fraîcheur comique qui accompagnait ses modèles les plus tordants. Faute d'autre ambition, "Eurovision Song Contest..." ne peut donc être qu'au mieux un sous-"Les Rois du Patin" en se contentant de répéter la même formule où l'absurde recouvre toujours des ressorts identiques : la montée en puissance de la compétition, les pseudo-vilains mettant des bâtons dans les roues, un conflit avec une figure paternelle, les va-et-vient sentimentaux (on ira quand même jusqu'à nous faire le coup de la dispute/réconciliation deux fois), la technique finale qui tue (ici, une note de musique légendaire) et, bien entendu ces deux héros losers/lunaires qui gagneront le coeur des foules quoiqu'il advienne à l'arrivée. On aurait pu aisément fermer les yeux sur le retour facile de cette vieille recette si elle-même était transcendée par la puissance d'un humour dévastateur, force est de constater que ce ne sera pas vraiment le cas. Bon, côté comique, "Eurovision Song Contest..." aura heureusement de vrais moments forts (au hasard, la manière dont le tandem passe les sélections nationales, la passion pour les elfes de McAdams, les chansons, les prestations loufoques des héros, des répliques et seconds rôles bien sentis) mais, trop souvent, à l'instar de l'énième variation du personnage égocentrique/benêt de Ferrell, le film donnera l'impression de ne prendre aucun risque ou de se reposer sur des situations et dialogues aux allures de faibles échos du meilleur de ce que Ferrell a déjà délivré par le passé.

En fait, peut-être plus que tout, ce qui gagne finalement le fan de Ferrell en découvrant ce nouveau film, c'est finalement de la tendresse. De l'affection d'abord pour l'acteur qui, peut-être conscient de s'être lui-même un peu égaré ces derniers temps, a décidé de reprendre la plume, renouer avec les ingrédients ayant établi sa renommée et les raviver dans l'esprit de son public comme pour le remercier d'être toujours à ses côtés, prêts à rire de ses délires (et ce même si les éclats de rires sont un peu moins nombreux). De la tendresse ensuite pour le film en tant que tel : on l'a dit, la recette est bien sûr connue mais, même si est elle devenue logiquement plus faible avec sa répétition dans le temps, elle n'en garde pas moins un véritable pouvoir d'attraction. Retrouver cette vision profondément innocente propre à l'univers de Ferrell et cet amour des personnages qui le sont tout autant fait office d'une tornade de bonne humeur qui semble emporter à peu près tout le monde sur son passage, des spectateurs aux interprètes (Rachel McAdams, Dan Stevens & co s'amusent comme des petits fous). D'ailleurs, ceux qui s'attendaient à une attaque en règle contre la ringardise du concours de l'Eurovision resteront forcément sur leur faim ou ne connaissent décidément pas les films précédents de Ferrell ! Certes, la dérision a toujours été bien évidemment présente dans les divers longs-métrages "de compétition" sportive traversés par l'éternel personnage de Ferrell mais elle était toujours accompagnée d'une forme de respect et d'amour pour ces différents domaines. Ainsi, il en est ici de même pour l'Eurovision, traitée dans le respect de l'institution qu'elle est (le tournage s'est en plus tenu en partie lors de l'édition 2019 du concours), ce qu'elle représente comme aboutissement pour les rêves de bon nombre d'artistes pouvant se produire devant toute l'Europe grâce à elle (le très bon passage musical avec de multiples guests issues de la compétition en sera le plus bel hommage) et donc pour ceux des deux héros dont la quête éminemment naïve est avant tout le véritable cœur du film.

Alors, oui, "Eurovision Song Contest..." ne pourra jamais avoir la prétention d'égaler les sommets de la folie "Ferrellienne" mais il suffira de voir la taille du sourire se dessiner sur notre visage durant le climax de cette Eurovision imaginaire pour en déduire que, même diminuée, il est toujours aussi difficile de ne pas y succomber. Les sourires ont peut-être trop souvent remplacé les rires, la mécanique est trop rodée pour être tout à fait honnête et la magie ressentie s'est amoindrie... mais le plaisir de retrouver ce diable de Will Ferrell dans un film qui correspond à ce pourquoi on l'aime tant est toujours aussi contagieux.

6.5/10

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