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BAC Nord

Film de Cédric Jimenez Policier et thriller 23 décembre 2020

Avec Gilles Lellouche, François Civil, Karim Leklou

2012. Les quartiers Nord de Marseille détiennent un triste record : la zone au taux de criminalité le plus élevé de France. Poussée par sa hiérarchie, la BAC Nord, brigade de terrain, cherche sans cesse à améliorer ses résultats. Dans un secteur à haut risque, les flics adaptent leurs méthodes,...

Cédric Jimenez aime composer ses plans et ça se voit en permanence dans bac nord: un film qui lorgne du côté du docu fiction tout en étant clairement pensé pour le cinéma. On ne compte plus les plans iconiques où on devine la composition: bien qu’a priori posés de manière naturelle, on remarque les effets, les jeux avec les décors qui mettent en valeur une barre d’immeuble en bord de mer, qui donnent toujours des choses à voir en arrière-plan et c’est bien agréable de se trouver face à un réalisateur dont les efforts sont continus. C’est particulièrement efficace quand on arrive dans une cité dominée par des cowboys qui jaugent de leurs promontoires ceux qui s’aventurent sur leur territoire. On pourra trouver cette façon de présenter les choses un artificielle, la maîtrise des éléments parfois inégale, être dérangé par certains passages rendus flous par les mouvements de caméra à l’épaule, mais il semble au contraire que ça participe à donner au film sa patte et son flow.

Cette mise en scène aide à se sentir portés par un sujet qui pourtant aurait tendance à donner la chair de poule. La cité est devenu le lieu qui personnifie l’échec de notre société: non seulement on a du mal à y réussir l’intégration longtemps promise, mais certaines sont devenues des endroits dans lesquels même la police n’entre pas aisément. Cet espace de non-droit où la loi de la rue prévaut, c’est une transposition moderne du western. C’est en tout cas ce qu’on ressent quand on voit comment le cinéma contemporain s’empare peu à peu du sujet: on a l’impression de découvrir film après film combien ce décor peut avoir à nous offrir.

On pense forcément à nos dernières incursions en cité: au grand frère la haine, au plus intime Deephan, et forcément à la pépite les misérables. On pense aussi à shéhérazade et sa jeunesse désenchantée, mais surtout parce qu’on est à Marseille et qu’on retrouve le bel accent de Kenza Fortas.

Le constat de ces œuvres est sans appel: on a laissé la situation s’envenimer, on est arrivé à un point où toute tentative de sortir de là semble vouée à l’échec. Les rapports entre représentants de l’ordre étatique et caïds auto proclamés sont soit conflictuels soit ambigus, et comme pour tout combat il y a ceux qui luttent dans le respect des règles et les autres, ceux qui vont ruser, qui vont contourner l’obstacle, trouver une autre faille et l’attaquer par le côté. C’est parce qu’ils ont voulu taper fort et qu’ils estiment que les moyens qu’on leur alloue ne sont pas suffisants que nos trois anti-héros optent pour une solution discutable.

Chacun jugera de la pertinence de leur entreprise, bac nord n’est pas un plaidoyer (ou alors je l’ai mal compris), c’est surtout un film d’action qui ne laisse pas beaucoup d’air au spectateur, qui arrive à faire monter la pression jusqu’à une opération “coup de poing” palpitante dans son alternance entre des courses effrénées et la tension de l’attente.

On est propulsé dans une histoire et un lieu qui nous dépassent, on peine à se dire que tout ça non seulement vient du cinéma hexagonal mais en plus est tiré de faits réels.

On pourra regretter que la scène la plus marquante soit suivie d’une conclusion qui prend son temps: alors qu’on avait été frustrés de la fin du film les misérables qui ne prenait pas de gants en stoppant au milieu d’une scène, ici on va chipoter pour 15 minutes en trop, comme quoi…

Le plaisir ressenti devant un film maîtrisé et âpre qui a su nous embarquer est vite terni par la pensée que non seulement tout cela reflète une réalité (même si elle est aménagée pour les besoins du cinéma), mais surtout qu’on ne sait pas quoi en tirer. On a beau retourner le problème dans tous les sens, il semble que ce n’est pas avec ce film, ni avec les autres qu’on saura comment le vivre ensemble peut avoir raison de situations engluées jusqu’à l’os.

Et la société en ce moment, “elle a que des problèmes” comme disaient les inconnus: qu’est-ce qui “fait société” aujourd’hui? Récemment un pays qui se tient sage dressait le portrait d’une France coupée en deux entre gilets jaunes et forces de l’ordre, bac nord se concentre sur une police rendue mafieuse par manque de moyens dans sa lutte avec des réseaux qui les dépassent et mettent la main sur des quartiers entiers, et maintenant l’actualité nous revient en pleine face avec une nouvelle entaille dans notre jolie liberté d’expression. Ajoutez à tout ça un virus mondial et des mesures pour l’endiguer qui n’emportent pas non plus une adhésion naturelle, et voilà un tableau bien noir où nos belles liberté égalité et fraternité peinent à se frayer un chemin.

Entre l’amertume de constater que le mal ronge notre société et l’idée que pour une partie de la population mal=étranger, avec son cortège de pensées nauséabondes, il a de quoi doucher le spectateur qui était content d’avoir profité d’un beau moment de cinéma mais qui en ressort plein de confusion, mais avec la certitude qu’il faut réagir et ne pas se laisser engluer dans l’idée que tout est noir. Allez vite, on a besoin d’un beau film de communion, de partage, de on s’aime tous et youplaboum la vie est belle, à défaut de pouvoir vivre “pour de vrai” de grandes fêtes populaires qui nous réunissent.

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