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Le Marquis de Saint-Evremond

Film de Jack Conway et Robert Z. Leonard Drame, historique et romance 2 h 08 min 25 décembre 1935

Stéréotypes balourds, erreurs historiques grossières, productions simplistes voire affreusement didactiques, sont quelques-uns des maux les plus couramment rencontrés au cinéma lorsque le sujet concerne l'histoire de notre beau pays et plus particulièrement la Révolution française. Personnellement, j'ai toujours beaucoup d'appréhension avant de me glisser devant un tel film car, je vous le confesse, je conserve de douloureuses séquelles du visionnage de la fresque de Robert Enrico qui me fut "injustement" imposé durant mon cursus scolaire (comme tous ceux, j'imagine, qui ont eu la "malchance" d'être au collège ou au lycée en 1989) et qui m'a permis, essentiellement, de méditer sur les concepts du chiant et du pénible. Fort heureusement les bons films évoquant cette joyeuse période de notre histoire, où l'on coupait les têtes à tour de bras, existent et A Tale of Two Cities en est la preuve flagrante.

Avant toutes choses, il est bon de préciser que cette péloche est une production de David Selznick et dont le principal objectif est moins la précision historique que le triomphe aux Oscars. Il ne faut donc pas s'étonner de croiser de nombreux personnages caricaturaux (des nobles malfaisants qui écrasent sans vergogne le bas peuple, une populace assoiffée de haine et de vengeance ou encore des innocents que l'on condamne à la guillotine) et une dramatisation parfois excessive du contexte de la Terreur. Tout ça pour dire que A Tale of Two Cities possède le caractère démesuré et la grandiloquence des grands films hollywoodiens de l'époque mais, le plus intéressant, est qu'il jouit également d'une mise en scène remarquablement soignée : la reconstitution historique est de grande qualité et nous laisse entrevoir quelques tableaux ineffablement réalistes (ces rues étroites et boueuses où les miséreux s'abreuvent à même le sol ou encore la vision de cette place immense qui peine à accueillir tous les badauds venant profiter d'un récital morbide sur air de guillotine). Si Jack Conway se montre très appliqué dans sa réalisation, c'est bien à la seconde équipe, dirigée par Val Lewton et Jacques Tourneur, à qui l'on doit le moment fort du film, à savoir la prise de la Bastille. On a rarement vu, encore aujourd'hui, une séquence de foule si bien coordonnée et si intense... Du beau et grand spectacle !

Seulement, vous me direz, A Tale of Two Cities a beau nous en mettre plein les mirettes, si les personnages sont creux et stéréotypés, le film va vite devenir inintéressant voire pénible. Ce qui n'est pas faux, bien entendu, mais rassurez-vous car le véritable héros n'est pas le fameux Marquis nommé dans le titre français mais un personnage a priori anodin et qui va s'avérer d'une grande richesse : il s'agit de Sydney Carton, interprété par l'excellent Ronald Colman. Ce personnage désabusé, alcoolique et tourmenté, se trouve issu de la grande famille des héros de Dickens, dont le roman sert de matrice au scénario. Homme lucide, il porte un regard sans concessions sur les événements qui l'entourent, héros humaniste et romantique, il est le garant des valeurs humaines dans une période pleine de terreur.

"Perhaps I do. Perhaps in death, I receive something I never had in life - I hold a sanctuary in the hearts of those I care for."

Ça pourrait être dégoulinant de mièvrerie mais ça se contente d'être simplement émouvant, la marque des grands films.

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