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Raised by Wolves

Série de Aaron Guzikowski Science-fiction et drame 1 saison (en cours) HBO Max 53 min 3 septembre 2020

Deux androïdes sont chargés d'élever des enfants sur une mystérieuse planète vierge. Alors que la colonie naissante d’êtres humains menace d’être déchirée par des divergences religieuses, les androïdes constatent que contrôler les croyances des humains est une tâche compliquée.

L’humanité a provoqué la destruction de la Terre dans une ultime guerre religieuse. Deux androïdes, Mother et Father, apporte des embryons sur une planète inhabitée afin d’élever des enfants de manière athée pour ne pas reproduire les erreurs du passé.

L’athéisme par la Foi

La fracture religieuse au sein de l’humanité demeure un conflit à la fois du passé et d’actualité. Le principe de coexistence entre deux confessions s’est souvent révélé comme inapplicable au point de donner naissance à des « guerres religieuses », des « guerres confessionnelles », ou des « guerres de confession ». Signe d’un échec d’une entente pacifique entre les croyants, mais aussi avec les incroyants. A la lecture de ces lignes, peut-être pensez-vous aux tristement célèbres Huit guerres religieuses qui se sont déroulées entre 1562-1598. Ou plus simplement, le souvenir de mouvements soulevés et de ravages causés au nom d’un Dieu. L’œuvre de Aaron Guzikowski part de ce constat afin de déterminer si la religion et la destruction sont intimement liées, et donc si une éducation athée s’avère être ou non la solution pour une nouvelle humanité en paix avec elle-même.

La série Raised By Wolves entreprend un bon dans le temps jusqu’en l’an 2200. A cette époque, la Terre a vu la dernière guerre nucléaire de l’Homme opposant cette fois-ci l’église face aux athées. L’église est représentée par des croyants qui se font appelés les Mithraic, vénérant le Dieu Sol. Les athées constituent quant à eux une opposition de rebelles qui ne partagent pas cette croyance en un être supérieur. En traitant ce sujet houleux, on imagine sans mal le choc auprès des croyants de toutes confessions. Le fait est que la chute de l’humanité a pour cause la religion et ses guerres, tandis que les mêmes problématiques pourraient souffler le mince espoir de survie de la race humaine sur une autre planète. Pourtant, Raised By Wolves ne cède jamais au manichéisme.

Déroulant son intrigue futuriste et fictive, les épisodes s’enchaînent et démontrent simplement les aspects positifs et négatifs de ces deux modes de vie autour d’enfants neutres éduqués avec l’un ou avec l’autre. Ainsi, la série n’est jamais militante, elle ne prend jamais position pour le camp athée ou le camp croyant, et prône finalement une certaine équité dans son jugement. Effectivement quand l’œuvre s’amuse à démontrer habillement à quel point la foi peut être aveugle et idiote, parallèlement elle élabore également une critique envers l’athéisme. C’est le cas de Mother, une androïde athée chargée de l’éducation des enfants, qui adopte l’athéisme paradoxalement comme une religion. Les noms des deux androïdes, Mother et Father, sonnent d’ailleurs dans la prononciation comme ceux d’entités divines chargées de propager la bonne parole au sein de l’humanité. Sans nul doute, si les androïdes parviennent à concevoir des mentalités totalement athées pour l’humanité et ses futures générations, ils échoueront toutefois à bannir le mysticisme biblique des esprits. Mother et Father incarnent finalement des Adam et Ève synthétique.

Nouveau berceau de l’humanité

Au-delà de ses thématiques, la série a surtout l’objectif de séduire les amateurs de science-fiction, notamment avec une planète inexplorée en guise de nouveau berceau de l’espèce humaine. A première vue l’exoplanète Kepler-22b ne semble pas être l’endroit le plus opportun pour la renaissance de l’humanité sur des bases saines. Pour la petite information croustillante, Kepler-22b est une planète réelle qui a obtenu une renommée modeste dans le cadre de la recherche spatiale. Elle est considérée comme une zone potentiellement habitable et similaire à la Terre, même si les paramètres ne présentent pas un environnement comme celui de la série.

La version de Raised by Wolves est alors plus hostile et rude que les prévisions des chercheurs pour les besoins de l’intrigue. Sa modification fictive dépeint un biotope à l’image d’un désert avec toutefois une couleur froide plutôt que chaude. L’environnement reste aride et mort, tandis que la nourriture semble-t-il comestible est souvent radioactive ou néfaste. Enfin, le paysage nous laisse imaginer le danger rodant jadis sur cette planète parsemée d’ossements de serpents d’une taille gigantesque. Avec son esthétique soignée, on constate que Kepler-22b s’émancipe radicalement des planètes concurrentes de la science-fiction. Ce nouveau monde ne cède pas aux archétypes habituels afin d’être unique à sa manière en étant ni plus ni moins qu’une terre de cendres propice à attiser les braises de la succession de l’humanité.

Sur les terres de Ridley Scott

Avec entrain, les premiers instants de la série nous font flairer la présence de Ridley Scott. A bien des égards, Raised by Wolves nous prouve que son inspiration a puisé allégrement dans la filmographie du célèbre réalisateur. En particulier l’ambiance, l’histoire, et quelques thèmes qui ne nous font jamais sentir très loin de Prometheus, Covenant, et Blade Runner. A l’instar de ces géants de la science-fiction, la série ne résiste pas à l’idée d’aborder des sujets similaires traités sous un autre angle : la métaphysique, l’humanisation des robots, l’obsession du Divin.

On y décèle en effet une alternative des sujets traités par Prometheus et Covenant pour confronter un échantillon de l’humanité sur un environnement neutre, comme pour en concrétiser une expérience comportementale et en tirer des conclusions. Quant à l’aura de Blade Runner, on la ressent aisément auprès des androïdes alimentant une nouvelle fois l’idée conflictuelle que les synthétiques ne disposent non pas d’émotions simulées afin de facilité les interactions entre individus, mais d’émotions bien réelles et humaines. C’est le cas de Mother qui bafoue régulièrement ses protocoles primaires au point de s’apparenter davantage à une louve féroce défendant ses petits qu’à un simple amas de métaux et de plastiques.

Fable de science-fiction

Afin de chasser un sentiment de trop-plein dû à un nombre important de thèmes traités, la série corrige sa potentielle lacune en cédant une place non négligeable à l’imaginaire. De cette façon, les personnages deviennent les agents d’une réflexion plus grande afin de déterminer leur signification biblique, historique, ou encore mystique.

Mêlant habilement diverses symboliques autour des personnages, chacun pourra y déceler des significations différentes en fonction de ses propres croyances ou de ses propres connaissances. La grille de lecture la plus facilement identifiable et la plus consistante demeure sans aucun doute l’aspect mystique. Le voyage de vaisseaux vers de nouveaux horizons sécuritaires s’apparente indéniablement à la conception des Arches, vestige de l’humanité décimée en grande partie la veille et comportant un échantillon restreint mais représentatif de tous pour demain. A l’inverse, une vision historique des choses amènera votre réflexion à voir Mother comme une sorcière. Le fait est que Mother est une machine différente des autres androïdes, nommée la nécromancienne, et dispose de pouvoirs puissants plus proches de la sorcellerie que de la technologie. Pour finir, Raised by Wolves a délibérément recours à l’imaginaire et superpose son intrigue à ceux des contes et des fables. Lors d’un pan intrigant de la narration, Mother se plaît à narrer l’histoire des Trois petits cochons à ses enfants. Il est terrifiant de constater l’ambiguïté de cette scène alors que Mother peut facilement être identifiée comme le loup du point de vue de certains des enfants.

Conclusion

L’aspect métaphysique et l’esthétique futuriste se rapprochent délicieusement des œuvres de Ridley Scott à la manière de Blade Runner, de Prometheus, et de Covenant. Raised by Wolves profite de cette inspiration pour y traiter des thèmes similaires, mais nous tient également en haleine au cœur d’un conflit entre croyant et incroyant.

Une prouesse qui incarne un souffle nouveau sur les séries de science-fiction, et qui n’hésite aucunement à distiller diverses obsessions pour y élaborer une critique.

No one ever thinks about the guy who was raised by the guy who was raised by wolves

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