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Sherlock

Série de Mark Gatiss et Steven Moffat Policier, drame et thriller 5 saisons (en cours) BBC One 1 h 30 min 25 juillet 2010

Sherlock Holmes accueille comme colocataire le docteur Watson. Grâce à ses capacités exceptionnelles, il aide Scotland Yard à résoudre des enquêtes.

J'ai la chance d'avoir découvert pour la première fois le personnage de Sherlock Holmes à travers l’œuvre originale de Sir Arthur Conan Doyle, il y a de cela bien longtemps (pas tant que ça quand même). J'ai rencontré ce grand homme sec, au visage dur, à l'intelligence acérée, à la répartie cinglante, excellent violoniste, champion de boxe, aux côtés de John Watson, aussi médusée que lui par le caractère atypique de ce génie inatteignable. C'est un homme détestable, et il ne s'en cache pas : hautain, trop intelligent pour les autres, peu patient, aussi sentimental qu'un caillou. Mais c'est un génie. Et comme Watson, le lecteur est dégoûté et fasciné par ce personnage. Son évolution presque insensible au contact de Watson, le fidèle ami par excellence, a raison de toutes les réticences du lecteur qui fini par s'attacher à cet homme pas si monstrueux que ça. Ce qui pour moi est le véritable talent de l'auteur : parvenir à nous faire apprécier un personnage détestable, notamment parce qu'il est bien plus intelligent que nous.

C'est donc un plaisir de voir le personnage revenir "à la mode" avec les films de Guy Ritchie et la série "Sherlock". Les deux ont une approche différente des histoires et des personnages, mais je suis heureuse de voir qu'elles sont à la fois fidèles et originales, et qu'elles ont du succès.

Pour être honnête, j'attendais le premier épisode de la série Sherlock avec scepticisme : pouvait-on réellement retranscrire le personnage de Holmes et ses intrigues à notre époque ? Mon frère et moi avons été conquis dès les premières minutes, car en dignes fan de Arthur Conan Doyle, nous connaissions l'intrigue de "Une étude en rouge" par cœur. La série a su rendre hommage à l'auteur pour le plaisir des lecteurs, avec de nombreux clins d’œil dans tous les épisodes (Holmes qui frappe un cadavre dans une de ses premières apparitions, qui tire dans les murs de Baker Street quand il s'ennuie, le club Diogène de Mycroft... j'en passe des centaines). Des petits détails qui font toujours plaisir. Mais la série a aussi réussi à moderniser les intrigues, et surtout surprendre ceux qui les connaissaient : si les affaires commencent toujours comme dans les nouvelles/livres, elles prennent à chaque fois un tournant inattendu qui ravit les lecteurs. Car en plus d'être une surprise ces bifurcations sont bien menées et ne dénaturent pas l'univers de l'auteur. Je ne vais pas détailler toutes les bonnes modifications qui ont été faites dans les enquêtes et les personnages, d'autres l'ont mieux fait que moi. Je veux juste souligner quelques-unes que j'ai particulièrement apprécié, et notamment l'évolution relationnelle que subit Holmes au contact de Watson (régulièrement, il lui demande discrètement si son comportement est approprié à la situation et tient compte - plus ou moins - de l'avis de son partenaire). Aussi le running gag sur l’ambiguïté de leurs relations, qui ne semble pas intéresser Holmes mais touche beaucoup la fierté de Watson, qui pourtant, désespéré, fini par ne plus s'opposer aux remarques. Un pied de nez amusant à tous ceux qui pensent dévoiler une relation homosexuelle entre les héros de Doyle, et peut-être chez l'auteur même. Les personnages secondaires sont très bien, Lestrade est sympathique (c'est toujours un personnage difficile à situer et que certains ont joué comme hostile ou trop bête, ce qui est plutôt dommage), Moriarty très surprenant et à sa façon digne héritier de tous les Moriarty qu'on a connu avant lui (ils ont tous eu un petit quelque chose). Enfin on conserve ce que j'ai toujours beaucoup aimé : la relation Holmes-Watson est une très belle histoire d'amitié et de confiance qui s'installe petit à petit, secouée par l'irritation des deux côtés. La fidélité, qui caractérise Watson, est ici parfaitement retranscrite et trouve un écho dans l'attachement que Holmes ressent pour lui sans savoir/vouloir lui dire (la scène de tentative de réconciliation dans l'épisode du chien de Baskerville est délicieuse !).

Bref, en grande fan qui aime voir les réalisateurs/scénaristes s'approprier une œuvre et la renouveler intelligemment, j'attends la saison 3 avec impatience, tout comme le troisième film au cinéma, car ces adaptations (et d'autres comme la russe, celle de Myazaki, etc) sont un coup de neuf agréable.

L'idée pour la casquette était excellente : il faut admettre qu'elle passerait difficilement aujourd'hui :)

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