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Oz

Série de Tom Fontana Drame et thriller 6 saisons (terminée) HBO 55 min 12 juillet 1997

Oz. Oswald. Pénitencier de haute sécurité. Emerald city. Quartier expérimental de la prison créé par le visionnaire Tim McManus qui souhaite améliorer les conditions de vie des détenus. Mais dans cet univers clos et étouffant se recrée une société terrifiante où dominent la haine, la violence, la peur, la mort. Où tout espoir est vain, où la rédemption est impossible. Bienvenue dans l'antichambre de l'enfer.

HBO : la chaîne américaine à péage qui a diffusé plusieurs séries, se distinguant toutes par leurs qualités. Sex and the city, Les contes de la crypte, Band of brothers... Certaines de leurs séries sont allées s'inscrire tout en haut de la liste des réalisations cultes. Ces chefs d'oeuvre, ce sont des séries comme Six feet under, Les Sopranos... et Oz.

Imprévisible

Oz est le diminutif d'Oswald, nom donné à une prison de haute sécurité américaine. A l'intérieur de cette prison, une unité nommée Emerald City, dirigée par Tim MacManus. Cette enclave est une sorte de projet pédagogique, un lieu où des prisonniers tous très différents (clans et des crimes commis) se côtoient afin de préparer leur réinsertion. Bien évidemment, l'affaire ne tourne pas à l'utopie et les tensions sont très vives entre les membres des différents groupes. On trouve dans cette prison différents clans très hermétiques : les siciliens, les aryens, les latinos, les afro-américains, les musulmans, les chrétiens et les gays. A chaque communauté son leader, ces meneurs changeant parfois au fil du temps et des morts qui s'accumulent. A coté de cela, on trouve des électrons libres, qui assurent parfois eux-mêmes leur protection, les personnages les plus charismatiques, bien souvent. Oz n'est pas une série à épisodes, avec une histoire unique, dans des récits uniques et un contexte balisé qui ne bouge pas ou peu. Avec Oz, il ne fait pas bon de s'attacher aux personnages, beaucoup meurent, peu survivent. Ainsi, de la première à la sixième saison, ce ne sont pas tout à fait les mêmes visages que l'on retrouve. La mécanique est bien huilée : un prisonnier meurt, un autre fait son entrée à Em' City. Impossible de prédire quoique ce soit. Oz ne fait pas parti de ces séries qui préparent méticuleusement la mort d'un personnage principal en justifiant le décès, en l'annonçant pendant de longs épisodes jusqu'à un meurtre à l'esthétique théâtrale. Lorsqu'un prisonnier fait son apparition dans Oz, on n'a aucun moyen de dire combien de temps il va survivre. Trois saisons ? Trois épisodes ? Trois minutes ? Certains personnages voient leur mort planifiée stratégiquement, d'autres décèdent sans autre forme d'explication dans une bagarre et d'un coup de couteau "perdu". C'est ce qu'on peut, dans un sens, appeler le réalisme.

Sex and violence

Evidemment, les morts sont très rarement naturelles. On meurt poignardé, étranglé, roué de coups... Un épisode nous explique même les différents moyens qu'ont les prisonniers pour se fabriquer leurs propres poignards. Oz ne nous cache rien, et c'est là sa toute première qualité. Les séries télévisées largement diffusées font bien souvent l'impasse sur la réalité de la violence ou du sexe, au risque de devoir inscrire, en bas à droite de l'écran, le logo propre aux séries « interdites aux moins de seize ans ». De fait, pour brasser au plus large, les séries sont les plus épurées et policées possibles. Politiquement correct, comme le dit l'expression si répandue. Oz s'inscrit à l'opposé, c'est une série sans concession. Oz est un milieu d'hommes. Les réalisateurs ne se sont pas fatigués à enchaîner savamment les plans pour éviter de dévoiler le sexe des corps nus, sous la douche, dans les cellules ou au mitard. Le cadrage est naturel, et laisse bien voir l'appareil trois pièces de ces messieurs. Même schéma pour les viols, c'est tout juste si l'on ne filme pas le coït en lui-même. La violence est dévoilée dans toute son ampleur, jamais dissimulée. Du prisonnier tabassé à celui crucifié, il y a une échelle de la violence dont on ne voit jamais le bout. Pour rentrer sous la protection d'un prisonnier influent, certains nouveaux sont contraints à l'esclavage sexuel. Les clans, entre eux, luttent pour la domination et le pouvoir, qui s'extériorisent principalement par le contrôle du marché de la drogue à l'intérieur de la prison.

Psychologie et intelligence

N'imaginez pas juste de la violence en barres. Chaque épisode de Oz est brillamment construit et orchestré. Le narrateur, Augustus Hill, qui est aussi un personnage réel, un détenu, dans la série, est enfermé dans une cage de verre et raisonne, tout au long des épisodes. Au départ, son discours peut paraître flou mais le sens métaphorique apparaît ensuite comme de plus en plus flagrant. Les références culturelles sont nombreuses (la négritude, la tragédie grecque, l'histoire viking, la littérature...) et les pistes de réflexion encore plus importantes. On s'interroge sur la peine de mort, sur la nature humaine, sur l'impact de l'emprisonnement sur l'homme. Bien loin de tout conservatisme, Oz nous montre une réalité complexe et cruelle. La série développe un discours très critique sur l'emprisonnement (isolement, survie, peine de mort) et le système (politique, médias). Le gouverneur de l'état exerce une très grosse influence sur la prison d'Oswald et le sort des prisonniers est bien souvent illusoire face aux nécessités électorales. La saison quatre est la plus analytique à ce sujet, avec un directeur de prison qui se lance en politique, délaissant ainsi son travail et faisant des incartades à son code d'honneur personnel pour faire avancer sa carrière. Certains prisonniers n'ont plus rien à perdre, d'autres font tout pour se sauver du couloir de la mort ou gagner leur liberté sur parole. Les personnages principaux ont tous un profil psychologique très dense (Chris Keller, Karim Saïd, Ryan O'Reilly...). Ils évoluent, voient leur image, leur sécurité, leur influence, tour à tour s'effondrer ou exploser. Le summum relationnel de la série est très certainement le couple Keller/Beecher, une illustration de l'amour passionnel, à mille lieux de l'imagerie hétérosexuelle et rose bonbon qu'on nous renvoie souvent. Tous ces prisonniers se démènent avec leurs vices, leurs pulsions, leurs démons. Tous ces personnages, humains bien que meurtriers, vont à l'encontre du cliché et de la diabolisation des criminels. La réflexion est importante chez le spectateur, qui comprend au visionnage d'Oz que la descente aux enfers, les coups du sort, ne sont pas l'apanage des criminels de nature, et peuvent bien vous tomber sur le coin du visage, qui que vous soyez. Le personnage qui illustre le mieux cette fatalité est Tobias Beecher, un honnête homme condamné pour avoir renversé, ivre au volant, une fillette et poussé au meurtre par la survie à l'intérieur de la prison.

Western carcéral

Réaliste dans la violence, Oz n'en demeure pas moins fiction. Les morts s'entassent démesurément, faisant l'effet d'un véritable western carcéral. Si au début les multiples décès surprennent, le spectateur s'y habitue finalement, et, pour l'apothéose de la saison six, la disparition de certains personnages pourtant principaux, ne touche presque plus. Les trois dernières saisons proposent cependant un renouvellement dans le ton, avec des épisodes qui flirtent avec le mysticisme religieux. L'arrêt de la série, saison six, est un passage délicat, du fait de la nature même d'Oz. Comme expliqué plus haut, Oz est une série continue, les personnages s'enchaînent, la violence est sans fin. Le coeur de la série, ce sont les stratégies élaborées pour chacun pour survivre, une nécessité perpétuelle. Difficile, dès lors, de casser ce cycle éternel. De plus que la réalité de la prison sous-entend l'infini, à l'échelle humaine. La conclusion, par nature, ne peut pas être atteinte. La conclusion de la saison six était donc nécessaire, pour éviter de trop tourner en rond et de donner dans la folie complète, mais laisse, paradoxalement, un goût d'inachevé.

Oz : une série sans concession, violente, mais aussi réfléchie et puissamment orchestrée. Des scénarios irréprochables, un casting de rêve et une thématique richissime. Certainement à retenir comme l'une des plus brillantes réussites de série télévisée.

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