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Code Geass: Lelouch of the Rebellion

Anime de Gorō Taniguchi Animation, drame, fantastique 2 saisons (terminée) MBS 25 min 6 octobre 2006

Nous sommes en 2017. Sept ans après la guerre entre le Japon et Britania, Lelouch, un étudiant, se retrouve impliqué dans le vol d'une arme chimique.

Quand j'avais 19 ans, je me repassais Code Geass en boucle. En soit, ça n'a rien d'exceptionnel. En France, le contact avec les animes "matures" se fait en général à la fin du lycée. S'ensuit un enthousiasme débridé, s'étendant en général jusqu'à 23, 24 ans, lentement remplacé par une nostalgie condescendante, voire par un déni complet. Mais durant ce petit moment de ferveur, le geek qui se respecte en aura vu un bon paquet. Et cela aura dramatiquement influencé ses goûts, ses vues et peut-être même son style vestimentaire. Je ne me suis jamais pris de ballon de basket sur le nez pour ressembler à un personnage de Code Geass, mais cet anime m'a beaucoup influencé sur ce que je considère maintenant comme une "bonne" histoire.

Code Geass est le résultat d'une série de lutte de pouvoir artistique pour déterminer le style de la série. Déchirée entre sponsors avides, nationalisme nippon et producteurs visant le public de shonen, la série porte toutes ces influences comme autant de cicatrices, lui donnant un petit côté monstre de Frankenstein. Malgré tout, les créateurs, incertains jusqu'au bout de pouvoir imposer leur vision, sont parvenus à transmettre ce qu'il voulait à travers cet anime. Ce déchirement, s'il est la source de la plupart des défauts de la série, y compris son atmosphère schizophrène et ses sous-intrigues parfois traitées à la va-vite, contribue à la rendre unique.

On parle en effet de thématiques très sérieuses, incluant terrorisme, impérialisme, extrémisme politique, angoisse existentielle, perte des repères... Qu'on traite en parallèle de concours de pizzas géante, de quasi-plans nichons gratuits, et de vie lycéenne traditionnelle des séries japonaises. Sans sombrer dans le mièvre, on entre souvent dans des aspects un peu incongru par rapport au reste, sponsorisés par Pizza Hutt. La solution de Code Geass est de compartimenter ces Slices-of-Pizza-Life en quatre épisodes répartis sur les deux saisons. Le résultat est que ces quatre fillers de l'Apocalypse tombent tellement comme un cheveu bleu sur la soupe, et sont pourtant traité avec un tel sérieux papal qu'ils en deviennent drôles. Pour venir à l'aide de ces anomalies, il faut noter que la série toute entière est extrêmement colorée et lumineuse, ce qui, assorti au design des personnages souvent extravagant, vient régulièrement contraster avec la noirceur de l'intrigue.

Parce que cette série, malgré les points que j'ai survolé jusqu'à présent, est tout de même assez sombre, et surprenamment mature. L'intrigue, pour résumer au marqueur à gros traits, tourne autour d'un prince exilé utilisant un don surnaturel sorti du chapeau pour prendre sa revanche sur l'empire qui l'a rejeté, en manipulant la rébellion à cet état totalitaire et en protégeant sa soeur, seul symbole de pureté qui lui reste. Lelouch, car c'est hélas son nom, va donc utiliser les revendications du peuple indigène japonais contre l'empire améric... hrem, britannien pour son propre compte et monter son propre groupe révolutionnaire, marqué du seau de l'idéal de la justice, les chevaliers noirs. La nuance est déjà notable ici, dans cette organisation violente au but utopiste, dirigée par un cynique se posant en parangon tout en rêvant d'un eden pour ceux qu'il aime... Mais ça ne s'arrête pas là. On va aussi avoir droit à la plus réaliste révolution que j'ai jamais vu à l'écran, avec opérations de propagande, recherche de financement, et querelle entre groupes révoltés à la clé. Cet aspect assez terre-à-terre, renforcé par un concept de méchas utilisés comme des tanks très bien incorporé à l'univers, rend plus palpable les divers questionnements pseudo-philosophiques qui s'en suivent : Peut-on changer une structure injuste de l'intérieur sans qu'elle nous corrompe ? Peut-on mener un combat sans le faire sien ? Où commence le despotisme, où s'arrête la légitimité de la lutte anticoloniale ? Peut on trouver la rédemption pour sa mauvaise nature, ou créer quelque chose de bon pour des raisons égoïste ? Et je vous jure que ce sont de vrais questions posées par l'anime, pas juste de vagues concepts que je vous sors parce que ça colle bien. On sent derrière l'écriture de Code Geass une volonté d'aller plus loin que le classique "gentils rebelles vs méchants impériaux", sans pour autant sombrer dans le relativisme facile. Ce désir va se refléter dans la psyché des personnages.

C'est la critique que je déteste le plus par rapport à cette série : "c'est pompé sur Death Note". Certes, c'est l'histoire d'un brillant jeune homme qui se trouve en position d'un pouvoir surnaturel grâce à une entité étrange avec qui il fait un pacte, et qui décide de partir dans une quête mégalo et immorale pour changer le monde en bien, mais va se retrouver face à une série d'adversaire contre lesquels il va devoir se livrer à des duels d'échecs mentaux, et... D'accord, superficiellement, ça fait beaucoup de ressemblance. Mais Light est, une fois que tout est dit, juste un sociopathe. Son personnage est vite résumé, parce que l'auteur abandonne toute idée de le développer dès les débuts de son oeuvre. Lelouch est différent. C'est un personnage torturé dans la plus pure tradition des héros romantiques du XIXème. Passionné, talentueux, arrogant, et répétitivement collé au pied du mur, il incarne très bien, à travers ses dilemmes, tout ce que la série veut aborder. Personnage qui se veut sans scrupules, se révèle souvent sensible, et se trouve d'autant plus infect du fait de son humanité, ses réactions dramatiques à tout évènements un peu intense en font un parfait relai pour le spectateur. Et chacune de ses relations renforce ses failles et ses aspérités, le rendant plus complexe et plus attachant. Sa rivalité avec son meilleur ami/opposé complet, Suzaku, paladin suicidaire, est l'une des plus complexe et touchante que j'ai pu voir en fiction. Ses relations avec ses trois love interest potentiels (oui, ça fait beaucoup) étaient toutes bien développées et laissaient de la place aux développement desdits personnages féminins. Chaque antagonistes, adjuvants, second couteaux ou héros d'arrière plan aura d'ailleurs droit à sa petite trame indépendante, et peut être à une orange pour aller avec.

Cette occasionnelle légèreté nanardesque, cette rigueur du détail et cette attention portée à l'humain s'unissent pour emporter l'attention, et, à long terme, l'investissement du spectateur. Si vous êtes du genre à avoir un peu d'empathie pour les personnages imaginaires, disons que cette série se regarde à fleur de peau. Ca va dans tout les sens, du n'importe quoi à l'action à la branlette sociologique jusqu'aux pleurs inélégants. Tout ça pour culminer dans une fin largement reconnu comme l'une des meilleures jamais réalisée, pour sa cruauté, son optimisme et la bravoure de demander si ça vaut le coup de mourir puceau pour le bien de l'humanité. Mais j'en ai trop dit.

Est ce que je vous vend une série parfaite ? Bien sûr que non. Les personnages ont tous l'air anorexiques, Clamp oblige, certaines sous-intrigues sont sabrées faute de temps, quelques passages sont trop croquignolets pour passer en bonne société, et il y a parfois quelque creux dus à la production troublée. Code Geass n'est pas sans défaut, mais ils ne font que souligner l'exploit achevé par le reste de l'anime. Des thèmes bien pensés, de l'émotion soulignée par de la bonne musique, des personnages souvent assez attachants pour être haïssables, un monde assez fouillé pour être crédible. Et tout ça uni, vaille que vaille, pour former une histoire, une histoire cacophonique, une histoire dont on voit les sutures, mais une de ces histoires qui vous marquent assez pour vous servir de repère quand vous jugez les autres, même après des années. Orange ? Mouahahaha. C'est le nom de mon obsession.

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