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Sorcière

Film de Neil Marshall Épouvante-Horreur 1 h 50 min 20 mai 2021 (France)

À la fin du 17e siècle, en Angleterre, la pester continue de faire des ravages mais elle est en recul. Pourtant une nouvelle pandémie fait son apparition : la chasse aux sorcières. Une jeune veuve, Grace, est prise pour cible par la folie des hommes.

Une scène en noir et blanc pour s'inscrire dans le passé, des séquences très ensoleillées pour exprimer le bonheur, des autres sous la grisaille d'une pluie diluvienne pour souligner le malheur, une héroïne miséreuse du XVIIème siècle maquillée avec la dernière gamme de produits Gemey Maybelline, un flashback gratuit de copulation pour nous dévoiler le fessier de la dame au bout d'à peine dix minutes... Pas de doute, en quelques instants, la profonde subtilité du bourrin écossais Neil Marshall fait son retour pour une bisserie située cette fois au bon vieux de temps des épidémies de peste et d'accusations de sorcellerie en tout genre !

Pour se relever du bide de son "Hellboy", Neil Marshall revient en effet à une oeuvre plus personnelle en collaborant avec sa compagne Charlotte Kirk, coscénariste et actrice principale de ce "The Reckoning". Rassurez-vous, le metteur en scène ne nous fait pas une dépression en mode "Paul W.S. Andersonoïde aigüe" en entraînant sa propre femme dans sa chute, non, il choisit plutôt de se recentrer vers les racines de la série B horrifique de ses plus gros succès et qui, ici va même s'incarner dans une plongée dans l'histoire sanguinaire de son propre pays. Bon, comme en témoigne l'introduction de cette chronique, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses qui prêtent à sourire au début de "The Reckoning". On ne va pas se mentir, le côté série B de cette affaire lorgne vers d'autres lettres de l'alphabet pour désigner le film tant certains choix esthétiques donnent un côté terriblement cheap à ce que l'on découvre à l'écran et l'approche brut de décoffrage de Marshall pour poser son contexte historique n'aide pas non plus à asseoir sa crédibilité. Niveau intrigue, la fausse accusation de sorcière dont est victime l'héroïne se fait au prix d'une accumulation de poncifs semblant sortir tout droit de contes de fée au manichéisme enfantin ou de recyclages simplistes d'autres oeuvres bien plus pointues sur le même sujet. Même lorsqu'il veut s'essayer à quelques éclairs d'intelligence comme pour, par exemple, dénoncer le caractère absurde de la vindicte populaire lors d'une scène satirique (du moins, on espère que ce ton était intentionnel sinon on nage en plein ridicule), le film en reste à des saillies sommaires qui ne font que renforcer le classicisme de cette énième histoire de chasse aux sorcières. Bref, cette première partie conduisant l'héroïne aux mains de ses bourreaux nous démontre assez vite que "The Reckoning" n'égalera jamais un "The Descent", sommet définitif de la filmographie de Marshall en termes de série B couplant l'horreur à un propos pertinent.

Puis, à notre grande surprise, il faut bien reconnaître que l'on se prend petit à petit au jeu primaire de la proposition ! Sans pour autant se défaire de l'attirail narnadesque qu'il traîne dans son sillage comme un boulet, "The Reckoning" va prendre peu à peu la saveur d'un plaisir coupable aussi régressif qu'anachronique. Comme un symbole, le hasard veut que ce sentiment s'empare de nous à peu près au moment où le personnage de Sean Pertwee, bras armé de Marshall à l'image et figure emblématique de son oeuvre, entre en scène pour soutirer des aveux imaginaires à la captive grâce aux pires instruments de torture de l'époque. Dans une violence finalement assez soft mais à la suggestion éprouvante (les plus grands éclats gores du film ne se trouvent en fait pas dans le "procès" en lui-même), le calvaire endurée par l'héroïne va en faire une figure féminine étonnamment puissante, d'une résistance à toute épreuve face à deux forces qui mettent tout en oeuvre pour la détruire. L'approche est frontale et ne s'embarrasse d'aucune velléité métaphorique (ou alors rudimentaire) pour construire la stature de ce personnage principal autrement que par l'action. Quelques part, elle fait même souffler un vent de fraîcheur face à la vague auteurisante actuelle toujours prête à superposer de multiples strates de lecture autour d'un tel sujet. Et, lorsque la mise en scène de Marshall atteint son meilleur (bien accompagnée de la bande-son de Christopher Drake) pour la mettre en valeur, "The Reckoning" offre d'ailleurs quelques vraies fulgurances, notamment dans les pics de cruauté du retour de bâton attendu pour les protagonistes humains les plus vils ou les manipulations d'un démon obsédé à l'idée de s'emparer de sa victime.

Évidemment, ce premier degré assumé et bienvenu dans le tout-venant contemporain ne saurait faire éluder à lui seul les très grandes faiblesses de cette série B complètement inconséquente mais il prouve tout de même que Neil Marshall reste encore et toujours un réalisateur adepte d'un cinéma bis capable d'offrir des instants jouissifs que l'on ne trouve pas (ou plus) chez d'autres. Pour l'heure, "The Reckoning" n'est clairement pas le synonyme de son grand retour mais il nous prouve qu'il est toujours bien présent, prêt à se salir les mains pour le plaisir de ses spectateurs.

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