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Love & Pop

Film de Hideaki Anno Drame 1 h 50 min 9 janvier 1998

Quatre lycéennes cèdent aux avances incessantes, rémunératrices et parfois seulement anodines d'hommes murs assouvissant ainsi leurs lubies et fantasmes...

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de Hideaki Anno pour son premier coup d'éclat dans le monde audiovisuel, un anime faisant la déconstruction de ce genre particulier qu'est l'anime de mecha (à savoir avec des robots géants protégeant le monde), y ajoutant une dose de paranoïa, de crise de l'adolescence, de psychologie et de philosophie, dans un grand maëlstrom dont tous ceux l'ayant vus ne se sont probablement pas remis : je veux, évidemment, parler de Neon Genesis Evangelion, série adulée et internationalement reconnue pour le vent d'air frais qu'elle a apporté à un milieu sclérosé par le manque d'audace. Bien que s'étant fait une réputation dans le monde de l'animation - avant Evangelion il a notamment collaboré avec Hayao Miyazaki en tant qu'animateur principal sur Nausicaä de la Vallée du vent -, la véritable passion d'Anno est le film live, et réalisera en 1998 son premier long métrage fait à base de prises de vues réelles, Love & Pop.

Adaptation du roman Topaz 2 de Ryu Murakami (que vous connaissez peut-être pour les excellents livres Les bébés de la consigne automatique ou encore Miso Soup), Love & Pop narre l'histoire de quatre adolescentes japonaises ayant des envies plus fortes que leurs moyens, et s'adonnant de fait au enjo kosai - que l'on pourrait qualifier de prostitution adolescente, mais sans qu'il n'y ait forcément de relation sexuelle à la fin. L'on s'intéressera à l'une d'entre elles en particulier, qui cherche à s'acheter une bague avant la fin de la journée : c'est une course contre la montre qui débute, et elle de chercher à rencontrer le plus de monde possible afin d'amasser le plus d'argent, quitte à rencontrer les rebuts de la société japonaise...

Love & Pop est un film surprenant à plus d'un niveau, le premier, et le plus évident, étant son utilisation audacieuse et expérimentale des caméras mini-DV : Anno semble s'être beaucoup amusé avec la petite taille de ces dernières, et les a placées à des endroits inhabituels : dans un bol de soupe tournant dans un micro-ondes, au bout d'une paire de baguettes, sur un train électrique en mouvement, emploi en vue subjective, et j'en passe... Leur emploi n'est nullement anodin, et au-delà de l'amusement que ces plans procurent, ils recèlent surtout une certaine mécanique froide (le train est sur rails, le plateau du micro-ondes tourne de manière régulière, les gestes sont répétés), symbole d'un quotidien déshumanisé qu'Anno condamne vertement. Film pessimiste, donc, plongeant de plus en plus dans les strates glauques de Tokyo, mais étonnamment léger étant donné son sujet ; à mi-chemin entre le drame et la comédie, le film alterne entre les deux genres de manière parfois relativement brutale, le personnage du Captain EO, joué par le toujours génial Tadanobu Asano, en étant un exemple frappant : au début présenté comme un simple doux dérangé mental, il révèle d'un seul coup son statut de véritable psychopathe, au terme d'un climax certes attendu, mais faisant malgré tout froid dans le dos.

Pour ceux craignant de voir un film dépressif, rassurez-vous, le film ne se finit pas mal, et reste une simple observation d'un phénomène de société, avec ses qualités et ses défauts, sans chercher à la diaboliser à tout prix : Anno semble partir de ce particulier pour critiquer le général, cette société japonaise déshumanisée et consumériste poussant les adolescentes à des pratiques les mettant en péril.

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