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Foxcatcher

Film de Bennett Miller Biopic, drame et sport 2 h 14 min 14 novembre 2014

L'histoire vraie du champion de lutte Mark Schultz qui rencontre John du Pont auprès duquel il va s'entraîner.

Je dirais même plus "Ducon et Du Pont sur les traces de leur conscience, ou la lutte des classes". C'était peut-être mieux, j'avais déjà le jeux de mots avec lutte de fait. Bref. La lutte il en est évidemment question dans Foxcatcher. Mais ce n'est pas de celle qui consiste à retourner l'autre sur les épaules dans un gymnase à moitié rempli qu'il s'agit, mais bien de celle qui met aux prises deux consciences en quête de reconnaissance. L'essence même du film de Bennett Miller réside dans ce duel que se livre à distance, entre les limites foncières du terrain de Foxcatcher, deux idiots pour la reconnaissance par l'autre : l'un est le sportif beau gosse et pétri de talent que l'autre aurait aimé être qui renvoie lui-même à son tour au premier l'image d'un homme richissime, respecté et sûr de lui qu'il recherche désespérément. Presque qu'autant qu'à Hegel voire qu'à Marx, il y a un peu de L'Idiot de Dostoïevski dans ce film (et notamment quant à la fin, en tout point identique... oups je viens de te spoiler toi qui a vu le film mais pas lu le livre ou toi qui a lu le livre mais pas vu le film... mais c'est surtout à toi qui n'a pas lu le livre que je présente mes plates excuses).

Ce thème de la recherche de soi dans le regard de l'autre, Damien Chazelle l'avait déjà traité de fort belle manière dans son american drum de Whiplash (copyright) il y a quelques semaines. Visiblement le sujet sied bien aux cinéastes de l'oncle Sam. Rien d'étonnant là-dedans puisque chacun des deux films traite en filigrane du rêve américain. Celui de Chazelle nous montrait la rampe de lancement, celui de Miller nous révèle l'aboutissement, le terminus des gros cons prétentieux de Blier, l'explosion en plein vol de dizaines de mètre cubes de gasoil frelatés confinés dans la simple épaisseur d'une planche à billets... Mais sur le thème de la dialectique du maître et de l'esclave Miller va plus loin que Chazelle et oppose à la lutte que se livre Du Pont et Mark (Ducon), celle déjà perdue depuis des années par le premier face à sa mère. Il n'aura pas la reconnaissance de sa mère, il lui faudra donc celle des autres. Des lutteurs en l'occurrence avec lesquels il s'efforcera de faire ami-ami, quitte à perdre la face, comme pour entrer dans une famille qu'il lui a toujours cruellement manquée. C'est ce lourd passif maternel qui sous-tendra l'ensemble des évènements du film.

Comme dans la Dialectique, chacun est tour à tour maître puis esclave. C'est évidemment Du Pont qui endosse le premier le costume du maître. Quoi de plus normal? Entre un nigaud prolétaire et un nigaud assis sur des milliards de dollars et des siècles de domination familiale, le combat est vite plié : c'est le borgne qui sera roi au royaume des aveugles. Une situation qu'une troisième entité, loin d'être idiote celle-là, inversera rapidement. C'est le frère de Mark, Dave, champion olympique lui-aussi et véritable prophète de son art, qui viendra bousculer l'ordre établi. Si la bible de la lutte existait, elle serait sortie de l'esprit de ce gars-là. Un gars en qui Mark retrouvera l'affection et la confiance qui lui faisait défaut et mettra au pas le milliardaire dégénéré. L'esclave existe dorénavant dans l’œil du maître. La conclusion est proche, la synthèse qui voudrait que, chacun ayant glané sa reconnaissance chez l'autre, les deux consciences s'harmonisent enfin, ne devrait plus tarder à tomber pense-t-on... A moins que... A moins que quelqu'un ait maquillé son désir de reconnaissance derrière une petite dose d'intimidation et de ruse... Effectivement, ce serait aller un peu vite en besogne... le milliardaire n'a en réalité jamais gagné la sienne : il l'a imposé, la construite, la fabriquée de toute pièce, mais il n'est jamais entré dans le conflit pour la faire sienne. Il ne l'a pas pas gagné. Ni par Mark, ni par Dave et encore moins par sa mère. Mesdames et Messieurs qui croyez qu'un homme avec un gros flingue en a un petite, apprenez donc que ce cher John gare dans son écurie un char d'assaut blindé et surplombé d'une mitrailleuse...

Pour autant, toute histoire a une fin et celle-ci ne saurait déroger à la règle. Mais la synthèse de Hegel omettait l'hypothèse d'une duperie et la sienne ne sera donc pas la bonne. Le désir était bien le moteur de Mark, pas de doute la-dessus, mais ce n'était pas celui de John. Hélas non, le sien avait plus à voir avec la nécessité, avec le besoin. Et avec Marx. Alors forcément ça devait se finir dans le sang. Et dans la neige. Un film comme vous n'en verrez pas dix au cinéma dans votre vie.

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